La droite met en oeuvre une stratégie de la dette

Publié le par Désirs d'avenir 09

LA STRATEGIE DE LA DETTE, ou comment la droite organise le retrait de l'Etat

 


Selon le projet de loi de finances pour 2007, la gestion de la dette publique représente cette année une dépense de 39,2 milliards soit 15 % des dépenses du budget de l'Etat contre 10 % en 1990.
Le rapport commandé par Thierry Breton à Michel Pébereau, président d'une commission rassemblant des économistes de tous horizons, de droite et de gauche, a établi un constat qui fait l'unanimité et affirmé la nécessité de " Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale" (pour lire ce rapport: http://www.amipublic.com/rapportdette.pdf).

En effet, dans un pays comme la France, la charge d'intérêts de la dette versés chaque année aux rentiers et aux intermédiaires financiers représente l'équivalent du budget de l'Education nationale (Thomas Piketty). Aussi le rapport Pébereau affirme-t-il que " remettre en ordre nos finances publiques en maîtrisant nos dépenses et en les orientant mieux doit donc être notre objectif pour les 5 prochaines années."
Ségolène Royal, consciente de la nécessité de réduire le poids de la dette, qui fait qu'une part croissante des impôts des Français sert à payer les intérêts et à rembourser les dépenses passées, en avait fait un objectif dès le discours de Villepinte de février 2007. Le choix de la gauche est bien de préparer l'avenir, par la recherche, l'éducation, l'excellence environnementale, tout en poursuivant la réduction de la dette .

Sarkozy, alors candidat, filait au contraire le thème d'une gauche incompétente en matière d'économie et seulement capable de creuser les déficits par l'augmentation inconsidére des dépenses... Rappelons seulement que le passage de Sarkozy au ministère du budget sous le gouvernement Balladur fut la période, au cours des vingt dernières années, pendant laquelle la dette publique connut sa progression la plus rapide: entre 1993 et 1995 la dette a augmenté de 121 milliards d'euros.

Et que fait aujourd'hui la droite au pouvoir, qui prétendait hier s'attaquer au problème de la dette ? Eric Woerth, le nouveau ministre du budget, vient d'annoncer " une pause dans la baisse des déficits". Les multiples cadeaux fiscaux correspondant à cette pause - déduction des intérêts d'emprunt pour l'achat de la résidence principale, suppression des droits de succession...- sont autant de dépenses qui devront être financées. Or le Gouvernement ne peut avoir aucune assurance sur les gains qu'il entend tirer des "gains de productivité dans la dépense publique".

Ce qui réapparaît aujourd'hui, c'est donc bien la stratégie de la dette
. Comme l'explique Thomas Piketty, " à une époque où les dépenses publiques ont atteint ou dépassé 40 %-50 % du PIB dans la plupart des pays, l'endettement public est devenu une stratégie visant à réduire le poids de l'Etat, et non plus à l'accroître. Hier, on creusait les déficits en augmentant les dépenses. Aujourd'hui, on les creuse en réduisant les impôts, de façon à contraindre les gouvernements futurs à sabrer dans les dépenses."

"Cette nouvelle stratégie a été inaugurée en fanfare par Reagan dans les années 80, et elle se poursuit actuellement sous Bush. Au cours des années 90, les démocrates avaient accumulé des excédents budgétaires afin de garantir le financement à long terme du système public de retraites. Ces excédents sont aujourd'hui dilapidés par les républicains, qui, en abaissant massivement les impôts (essentiellement pour les plus fortunés) et en creusant les déficits, espèrent remettre en cause la viabilité du maigre welfare state américain ."

La droite française applique aujourd'hui la stratégie américaine, pour "libérer" les forces du marché, en remettant en cause les politiques qui apportent une sécurité minimale aux plus faibles, mais en faisant des cadeaux fiscaux aux plus riches...
On ne saurait pourtant préparer l'avenir en construisant une économie de la rente.

 

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