Travailler plus pour gagner plus

Publié le par Désirs d'avenir 09

recherche.gifUne comparaison internationale très intéressante sur 3 variables : la durée individuelle du temps de travail, le taux d'emploi, et la productivité du travail.

3 conclusions essentielles
:

- La stratégie consistant à augmenter la durée annuelle du travail n'a pas été retenue par les pays riches. Pour devenir riche, il paraît plus pertinent d'augmenter la productivité et le taux d'emploi, ce dernier restant passablement trop bas en France.

- Les pays qui ont fait le choix du "travailler tous" ont une richesse par habitant plus élevée, preuve que la réduction du temps de travail ne conduit pas à la ruine.

- Les données de l'OCDE sur les vingt-huit pays montrent en outre qu'il existe un lien négatif entre la durée individuelle du travail et le nombre de personnes qui travaillent : plus la quantité de travail se concentre sur certains, moins d'individus ont un emploi. En plus de rater sa cible sur le pouvoir d'achat, on peut donc également craindre que le "travailler plus pour gagner plus" produise surtout de nouveaux exclus du marché du travail.

 

 




Travailler plus pour gagner plus : quelques leçons tirées de l'étranger
 
Le Monde, Article paru dans l'édition du 05.06.07
 

La comparaison des données de 28 pays sur la productivité horaire, le nombre d'actifs et le nombre d'heures travaillées montre les limites de l'adage présidentiel
 

"Travailler plus pour gagner plus" est devenu le nouvel adage de la politique économique. Quelle est la validité de cette théorie ? Que se passe-t-il dans les pays où l'on travaille effectivement plus ? Et quel lien y a-t-il entre le fait de davantage travailler individuellement et le chômage de masse qui est une préoccupation aussi centrale, sinon plus, que le pouvoir d'achat ?
 

La richesse créée dans un pays dépend d'une certaine quantité et d'une certaine qualité de travail. La qualité de travail correspond à la productivité horaire. Dans les pays développés, cette productivité est élevée, puisqu'une heure de travail produit environ 40 dollars de richesse.
 

La quantité de travail comprend, d'une part, le nombre de personnes qui travaillent, d'autre part, le nombre d'heures que chacun réalise au cours d'une année. Le taux d'emploi mesure le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15-64 ans, il est de l'ordre de 68 % dans les pays développés. Le nombre d'heures travaillées est aux alentours de 1 700 heures par an et par travailleur, cette mesure tenant compte des personnes ayant un emploi à temps partiel, qui font baisser la moyenne.
 

C'est bien la productivité horaire, le nombre de travailleurs et le nombre d'heures travaillées qui déterminent la richesse créée dans un pays. Si 10 personnes travaillent 1 700 heures et ont une productivité horaire de 40 dollars, alors le produit intérieur brut (PIB) sera de 10 × 1 700 × 40, soit 680 000 dollars. Les données de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) sur 28 grands pays développés permettent de regarder comment ces trois facteurs contribuent au PIB de chaque Etat.
 

Il s'avère ainsi que des niveaux élevés de taux d'emploi et de productivité horaire sont les vrais facteurs de richesse pour un pays. Par contre, le nombre d'heures travaillées n'est pas un facteur de richesse, au contraire. On constate que les pays où l'on travaille le plus (Pologne, Mexique, Turquie, Corée, République tchèque, Hongrie, Grèce, Italie) se classent aux dernières places en termes de richesse par habitant. Et dans les pays où l'on gagne le plus, on a tendance à moins travailler, c'est particulièrement le cas aux Pays-Bas, au Danemark, en Suisse, en Norvège et en Autriche. Ces résultats nous invitent à penser que la France sera plus riche si elle améliore d'abord son taux d'emploi et sa productivité. Le levier du "travailler plus" ne mérite pas l'importance qui lui a été donnée.
 

Certains pays ont privilégié le "travailler plus", d'autres le "travailler tous". Il est rare qu'un pays parvienne à tenir ces deux stratégies à la fois, avec un léger bémol néanmoins pour certains pays anglo-saxons.
 

Les pays qui ont fait le choix du << travailler tous >> sont la Norvège, la Suisse, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède. Dans ces pays, on travaille en moyenne 1 490 heures par an et 75 % de la population en âge de travailler a un emploi. A l'inverse, les adeptes du "travailler plus" sont l'Italie, la Grèce, la Corée, la Hongrie, la Pologne, le Mexique et la Turquie. Dans ces pays, on travaille en moyenne 2 050 heures par an, mais seulement 55 % de la population en âge de travailler a un emploi.
 

Sur le plan arithmétique, remarquons que 1 490 × 75 % est presque égal à 2 050 × 55 %, ce qui montre que ces pays produisent globalement la même quantité de travail. Par ailleurs, les pays qui ont fait le choix du "travailler tous" ont une richesse par habitant plus élevée, preuve que la réduction du temps de travail ne conduit pas à la ruine.
 

Prenons l'exemple des Pays-Bas et de l'Italie. 34 % des emplois néerlandais sont à temps partiel contre 12 % en Italie (la France est à 14 %). Cette différence explique le nombre d'heures travaillées par individu : 1 338 heures pour un Néerlandais et 1 828 heures pour un Italien. Cette stratégie permet aux Pays-Bas d'avoir un taux d'emploi parmi les plus élevés des pays développés, 73 %, contre 56 % en Italie. Au final, les Pays-Bas s'en tirent mieux puisqu'ils ont un PIB par habitant assez nettement supérieur à celui de l'Italie.
 

En conclusion, la stratégie consistant à augmenter la durée annuelle du travail n'a pas été retenue par les pays riches. Pour devenir riche, il paraît plus pertinent d'augmenter la productivité et le taux d'emploi, ce dernier restant passablement trop bas en France. Le slogan "travailler plus pour gagner plus" semble donc inadapté à notre situation : le bon diagnostic serait plutôt de "travailler tous et mieux pour gagner plus". Les données de l'OCDE sur les vingt-huit pays montrent en outre qu'il existe un lien négatif entre la durée individuelle du travail et le nombre de personnes qui travaillent : plus la quantité de travail se concentre sur certains, moins d'individus ont un emploi. En plus de rater sa cible sur le pouvoir d'achat, on peut donc également craindre que le "travailler plus pour gagner plus" produise surtout de nouveaux exclus du marché du travail.
 

BRIEUC BOUGNOUX
,  Economiste, Directeur du cabinet Reverdy

Publié dans Divers

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