Et si les militants s'invitaient au bal des éléphants ?

Publié le par SOLON

 

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Les législatives passées, la danse des éléphants a repris dans un ballet lugubre, suivant la chorégraphie des ambitions et des rancoeurs. Cette situation n'est sans doute pas la plus propice à la mobilisation des énergies créatrices... Non que nous soyons hostiles aux éléphants. Nous y sommes au contraire très attachés. Mais il s'agit de faire en sorte que les plus anciens, dont le pas lourd fait trembler les murs de Solférino, n'étouffent pas les appels à la rénovation lancés par les plus jeunes.


Trois constats simples peuvent aujourd'hui être dressés. D'abord, la responsabilité du résultat atteint lors de l'élection présidentielle est collective. Tous les membres de la direction du PS en sont comptables et l'ouverture d'une distribution de bons et de mauvais points aux uns et autres ne ferait que prolonger l'affaiblissement de la gauche. Ce n'est que dans le rassemblement que le parti pourra effectuer sa refondation. Toutes les énergies seront nécessaires.

Ensuite, à ceux qui prétendent aujourd'hui que Ségolène Royal n'aurait été désignée comme candidate à l'élection présidentielle que parce qu'elle bénéficiait des meilleurs résultats dans les sondages d'opinion, rappelons que ce n'est pas le thermomètre qui explique la fièvre; il ne fait que la mesurer. Si Ségolène Royal a été désignée dès le premier tour par 60 % des militants, c'est parce qu'elle incarnait une aspiration profonde au renouvellement des idées et des personnes. Cette aspiration demeure et sera une force essentielle de la refondation du parti.

Enfin, comme l'a relevé Thomas Piketty (Le Monde, 8 mai 2007), lors de la campagne pour l'élection présidentielle, les socialistes ne se sont pas heurtés à une erreur de casting, mais à un problème de timing. Désignée trop tardivement, la candidate n'a pas eu le temps de présenter un projet rassembleur et crédible, face à un candidat qui se préparait depuis cinq ans.

Dès lors, si la direction du parti tardait à lancer cette refondation, alors les militants devraient peut-être eux-mêmes déclencher le mouvement pour faire émerger une gauche moderne et décomplexée. Ils pourraient utiliser à cette fin le droit d'initiative que leur reconnaissent les statuts du PS.

En effet, l'article 6.11 de ces statuts, relatif à la Consultation directe des adhérents prévoit que: "Sur proposition du (de la) premier(e) secrétaire du Parti, du bureau national, de 35 fédérations ou à la demande d'au moins 15 % des adhérents (par rapport au nombre arrêté au 31 décembre de l'année précédente), le conseil national peut décider, après en avoir débattu sur le fond et à la majorité qualifiée des deux tiers de ses membres, d'organiser une consultation directe des adhérents en leur soumettant une question rédigée simplement. Le conseil national fixe les modalités de discussion collective et d'organisation des votes en découlant."

La lecture de cet article montre d'ailleurs que notre parti pourrait encore faire quelques efforts pour permettre à l'énergie militante de s'exprimer, puisque la procédure reste entièrement dans les mains du conseil national. Toutefois, il est permis de penser que si une telle demande de consultation directe émanait d'une proportion importante des adhérents, le conseil national ne pourrait que lui donner suite.

Les adhérents pourraient ainsi demander au conseil national de poser aux militants une question sur le calendrier de la désignation du (de la) premier(e) secrétaire du parti et du candidat ou la candidate aux prochaines élections présidentielles. Ce candidat ou cette candidate, entouré du premier secrétaire (à moins qu'il ne s'agisse d'une seule et même personne), et d'une équipe représentant tous les courants, pourrait ensuite travailler à la refondation du parti, de ses idées, de ses propositions, afin d'être en mesure de proposer aux Français une alternance de gauche en 2012.

Désigné tôt, le candidat ou la candidate n'en sera que plus légitime et mieux préparé. La refondation sera un travail de plusieurs années, au cours duquel une nouvelle génération devra se faire entendre du parti. Or, il n'est pas certain que les éléphants soient aujourd'hui très enclins à écouter cette nouvelle génération, parce que nombre d'entre eux conservent avant tout l'espoir d'un destin personnel. Il nous faut penser un destin collectif, et non repousser les échéances et affaiblir encore le parti.


Retrouvez Solon sur son blog : http://democratie-segolene.blogspot.com/

Publié dans Divers

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