Ségolène Royal et l'Université d'été du PS : témoignages

Publié le par Désirs d'avenir 09

sego-la-rochelle-2007.jpg
Lu sur  www.betapolitique.fr


Ségolène Royal sur le pont

2 septembre 2007 | Par Maud PIERRON, à La Rochelle.

Ségolène Royal a marqué de sa présence le premier jour de l’université d’été du PS à La Rochelle. Débutant sa journée par un apéritif sur le bateau France 1, où elle a confié son envie toute simple d’être là pour "travailler, apprendre et comprendre", elle a ensuite prononcé le discours d’ouverture de l’événement. François Hollande s’est quant à lui fait discret.


Rentrée sous tension au PSL’auditorium de l’ancienne criée aux poissons est bondé, comme rarement selon des militants, chacun joue des coudes pour "la" voir. Ségolène Royal qui, à en jugé par l’accueil qui lui est réservé, a gardé sa cote de popularité. "Je sens un nouveau vent sur La Rochelle, peut-être parce que nous somme près de l’océan . Veste bleue, chignon serré, elle a continué sous les applaudissement très fournis d’une partie de la salle : "Quelque chose est en train de refleurir, ici", lance-t-elle. De fait, alors qu’à Paris règne un climat détestable au dessus du Parti socialiste, entre règlements de comptes et batailles pour orienter l’axe de la rénovation, à La Rochelle, c’est le calme plat. La mer d’huile. Chacun s’est passé le mot : l’heure est à l’apaisement et au travail, loin des "enjeux de pouvoir".

Derrière son pupitre, la présidente de la région Poitou-Charente a fait florès en se disant "optimiste" pour son parti que d’aucuns, comme l’ancien socialiste Claude Alègre, imaginent dans l’opposition pour une quinzaine d’année. Pour elle, la reconstruction du PS "ira plus vite que prévu". Appellant à la "rénovation profonde des comportements personnels", au "respect sans faille du vote des militants", elle a suscité l’assentiment des encartés, las des querelles de personnes. Pour parvenir à cette refondation, l’ex-candidate du PS a lancé quelques pistes : "Il n’y aura pas de socialisme du 21e siècle si la question écologique n’est pas totalement intégrée. Les socialistes ne doivent plus sous-traiter ces questions". Avant de conclure sur une incantation dont elle est coutumière : "Les Français ont besoin de nous, de voir que nous nous sommes remis en question. Je nous appelle à travailler ensemble pour préparer des lendemains dont nous seront fiers", a-t-elle dit, très droite derrière son pupitre, sous les vivats d’une salle dont une partie s’est levée.

"Une posture de travail"

Un discours introductif somme toute prévisible, dans le même ton que celui prononcé à Melle la semaine dernière et durant lequel François Hollande a passé une courte tête, pour marquer sa présence, avant de repartir. Premier acte rochelais du jeu du chat et de la souris auquel l’ex-couple star du PS se livre.

Optimiste, rassembleuse et apaisée... Voilà comment Royal est apparue ce vendredi. C’est l’image qu’elle avait voulu faire passer à la presse lors de l’apéritif organisé sur un bateau musée amarré en face de l’espace Encan, avant l’ouverture de l’université d’été. Au menu : huîtres et vin blanc de Charente-Maritime mais également le mot qui est sur toutes les bouches depuis le 6 mai : le travail de la rénovation. Le travail surtout, valeur phare de la campagne présidentielle de Ségolène Royal. "La Rochelle est une étape très importante de la rénovation. Les problématiques essentielles vont être posées. C’est le lieu de lancement de la réflexion collective", assure-t-elle, souriante et visiblement détendue devant un parterre de journalistes. Celle qui devrait assister à deux ou trois ateliers fait tout pour banaliser sa présence d’ex-candidate objet de toutes les attentions. Pour se fondre dans le "collectif". "Je suis là pour apprendre, pour comprendre. Nous avons la chance d’avoir des experts de très haut niveau. C’est la posture que j’ai choisie d’avoir, une posture de travail". Et elle le martèle. Elle sera "studieuse".

Quant aux absents, ils n’ont pas forcément tort. "Cela ne me choque pas, dit-elle simplement. De même que certains se regroupent par affinités pour discuter ne me choque pas. Bien au contraire. D’une certaine manière je fonctionne aussi comme ça. Mais cela ne m’empêche pas de travailler avec tout le monde", continue-t-elle. Pas un mot donc pour les absents, une pirouette pour ceux qui la ciblent particulièrement dans leurs ouvrages, les Alègre et autres Lienemann. "J’ai été la cible, je continue à l’être, mais paradoxalement c’est sans doute à moi de faire le plus gros effort pour dire aux autres : ’vous arrêtez, vous mettez votre intelligence au service du collectif’".

" Deconnecter la vie politique et la vie personnelle"

Un rayon de soleil pointe son nez quand vient l’heure d’évoquer sa présence ou non au discours de clôture de son ex-compagnon, dimanche. Silence et moue chez Ségolène qui se réfugie derrière "un agenda personnel" avant de lâcher qu’elle quittera La Rochelle samedi. Et d’enchaîner, d’une voix calme, "il faut déconnecter la vie politique et la vie personnelle. Il y a des enjeux considérables dans ce pays qui méritent d’autre commentaires que ceux sur la vie de deux personnes ou l’absence d’untel", assène-t-elle. Fermez le ban.

Si elle a été contrainte de renoncer à "prendre" le parti rapidement, l’ex-candidate du PS ne manque pas de détermination pour le faire changer. "Je veux que mon parti échange, bouge, qu’il redevienne le lieu de l’imagination, qu’on puisse débattre sans qu’il y ait de froissements, qu’il soit à l’image des Français. Et si elle répète à loisir vouloir travailler avec tout le monde à cet objectf, elle "ne (s)’interdit pas de rencontrer des gens en dehors du parti". "J’ai du temps devant moi, je vais prendre mon temps. Nous sommes dans les échéances de la discussion, pas dans celles d’un congrès", balayant ainsi toute allégation sur sa volonté de se faire élire Premier secrétaire. Répondant à une question sur le nombre de ses soutiens au sein du PS, elle botte en touche : "Ce n’est pas le moment. Le PS n’est pas l’armée", conclut-t-elle sous l’oeil vigilant de son lieutenant, "général", rectifie-telle en plaisantant, Jean-Louis Bianco.




Lu sur www.segolene-royal.org

"I have a dream"... Celui de Ségolène Royal est de voir le PS retrouver de sa superbe, de le voir "admiré des Français", qu'il "redevienne un lieu d'attraction des meilleurs" chercheurs et intellectuels, "un lieu d'excellence". C'est pour ces raisons qu'elle est "là", à l'université d'été du PS, à La Rochelle, "pour que mon parti change et redevienne attractif". "Voilà le rêve que je fais pour le PS." C'est ce qu'a confié aux journaliste la Présidente de région en prélude à son discours à la séance d'ouverture de cette 15e édition centrée sur la "rénovation", en tant que présidente du Poitou-Charente.

Pour en arriver à ce "rêve", Ségolène Royal a promis de s'investir pleinement dans "la réflexion collective" de ce week-end et a dit sa "disponibilité studieuse" (elle assistera à 3 des 18 ateliers prévus d'ici à samedi soir). La séance n'avait pas commencé, mais elle y avait déjà décelé "une ambiance nouvelle" à La Rochelle en dépit des "inquiétudes" exprimées ici ou là sur le PS. "Quelque chose se passe à l'université d'été", a-t-elle soutenu, insistant sur la "soif très profonde" des militants de "se remettre au travail". "La responsabilité des dirigeants est d'être bien conscients de cette aspiration des militants", a-t-elle ajouté. Affichant son "optimisme" malgré "la difficulté à reconstruire" le PS, elle assure même que "les choses iront plus vite que prévu".

"Il n'y a pas longtemps, ça le faisait ricaner"

Puis est venu le discours, qu'elle a voulu sans "grandes envolées théoriques" car on "n'est plus en campagne". Elle a préféré livrer deux pistes de réflexions aux socialistes en crise, après avoir souligné, là encore, le constat qu'elle a fait dans les rangs socialistes : "une lassitude du passé et une volonté de tourner une page".

Premier volet donc : le social (le chômage des plus de 50 ans, la séparation à l'amiable dans l'entreprise évoquée par Nicolas Sarkozy, le pouvoir d'achat...). Sur le pouvoir d'achat, elle en a profité pour ironiser sur les propos de la veille du président. "J'entendais hier Nicolas Sarkozy réclamer une réforme de l'indice des prix, ça ne vous rappelle pas quelque chose ?! (...) Il n'y a pas longtemps, ça le faisait ricaner"... Deuxième piste de réflexion qu'elle a lancée pour le week-end : l'environnement. "Il n'y aura pas de projet politique socialiste si la question de l'environnement n'est pas vigoureusement intégrée (...) Les socialistes ne doivent plus sous-traiter cette question à d'autres", a-t-elle lancé.



Lu sur www.bigbangblog.net


 

"Alors, vous en pensez quoi, de l’absence des éléphants ?"

 
Quelques mots à deux lycéens socialistes, rencontrés à La Rochelle


Tel que vous me voyez, je rentre de La Rochelle.

 

Eh oui, pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui voyagent.

 

A moi le "terrain", maintenant, et ses surprises, et ses rudes interpellations.

 

J’y étais invité par le Mouvement des Jeunes Socialistes à débattre des "medias dans la démocratie", avec un ancien membre (socialiste) du CSA, Jospeh Daniel, et un journaliste de Rue 89, Julien Martin (lui, je ne sais pas s’il est socialiste, mais comme il a dit dans le débat que 100% de Rue 89 l’était, il doit l’être un peu aussi).

 

Mon souvenir le plus fort ? Deux jeunes socialistes de la Sarthe, 17 ans tous les deux, qui m’ont interpellé après le débat. Ils découvrent le comportement de la presse. Ils m’ont raconté. Alors qu’ils faisaient la queue pour avoir leur badge, les télés leur tombent dessus : "dîtes, que pensez-vous de l’absence des éléphants à La Rochelle ?"

 

Perplexité des deux lycéens.

 

A-priori, ils n’en pensaient rien, de l’absence des éléphants. Ils venaient discuter de la Sécu, des salaires, des retraites, de la réforme des Universités, de plein d’autres sujets. Pas de l’absence des éléphants. Le temps d’expliquer tout ça aux télés, les équipes étaient parties chercher plus loin de la chair plus tendre à micro-trottoirs.

 

Je n’ai pas eu le temps, et je n’y ai pas pensé, mais j’aurais aimé leur dire ceci, aux deux lycéens de la Sarthe. Eh oui les jeunes, faudra vous y faire. Ce que vous voyez au 20 Heures, ce n’est évidemment pas la réalité. C’est ce que les journalistes du 20 Heures ont décidé que vous verriez. Et ils ont décidé que l’événement du premier jour de La Rochelle, c’était "l’absence des éléphants". Comme ils ont décidé que l’événement du dernier jour, c’était "Delanoë sera peut-être candidat à la succession de Hollande, mais c’est pas encore sûr".

 

Pourquoi ils ont décidé ça ?

 

Et surtout, pourquoi ils décident tous la même chose ?

 

C’est un des grands mystères des medias. Je crois qu’y entre pour beaucoup la peur d’avoir l’air ridicule, ou de rater quelque chose, si on ne traite pas le même sujet que les copains. Un peu comme au lycée, si on ne porte pas les mêmes habits, de la même marque, que les copains et les copines de la classe. C’est du même ordre.

 

Et d’ailleurs ce n’est pas nouveau. Ecoutez Rocard, par exemple, très applaudi lorsqu’il se plaint justement de ce comportement des médias focalisés sur les éléphants et la recherche d’un chef (la video, justement mise en ligne par Julien Martin, qui a bossé comme un fou, dure deux minutes trente).

 
Université d’été du PS : Rocard attaque les médias
 


C’est drôle, non ? C’est bien dit, n’est-ce pas ? Eh bien, chers jeunes amis, j’ai le plaisir de vous apprendre que le même Rocard disait exactement la même chose, avec les mêmes mots, quand je couvrais moi-même les congrès du PS pour Le Monde, ce qui nous rajeunit d’une bonne vingtaine d’années.

 

Il interpellait les medias, tout pareil. Il se plaignait de la "dictature des petites phrases", tout pareil. La salle l’applaudissait, tout pareil.

 

Alors ?

 

Alors si ça dure, chers jeunes amis, il faut bien s’avouer quelque chose : ce n’est pas seulement de la faute des méchants journalistes avides de sensationnel.

 

C’est aussi parce que les éléphants socialistes qui, aujourd’hui comme hier, se tordent la trompe pour le pouvoir, le font avec le concours des medias. Loin des projecteurs, évidemment. Dans les "apéros", les "diners", les "pots" où ils se retrouvent en petit comité avec les journalistes. Et là, vas-y que je te dégomme le rival, et que je te balance des petites phrases, justement pour être repris dans les medias.

 

C’est un jeu pervers, où tout le monde joue : les politiques et les journalistes. Et Rocard, hier, n’était pas le dernier.

 

Et j’ajoute même, parce que les choses sont compliquées, que pour un journaliste politique, traiter de la lutte pour le pouvoir au sein d’un parti, ne me semble pas totalement hors-sujet.

 

Bien sûr, qu’un parti, c’est un projet, des propositions.

 

Mais un parti, c’est aussi des hommes et des femmes qui se bagarrent pour le pouvoir.

 

Encore faut-il ne pas tout réduire à ça. L’idéal est de parvenir à traiter les deux à la fois.

 

Voilà. Sinon, le débat proprement dit sur "les medias et la démocratie", a été, à mon sens, plutôt plus intéressant que son titre.

 

Si vous voulez écouter mon topo liminaire, il y a un blogueur, Nicolas Voisin, qui m’a fait l’honneur de le filmer, et qui annonce la mise en ligne d’une video. Mais ne vous sentez pas obligés. C’est long (quinze minutes), et surtout, j’ai l’air assez ridicule, quand je me plante sur l’histoire de la grenouille. J’aurais mieux fait de parler des éléphants.



Lu sur www.rue89.com

La social-démocratie toujours en débat au PS


Quelle attitude adopter face à l'économie de marché ?
A l'université d'été du parti, la question divise toujours les ténors.


Benoît Hamon et Michel Rocard à l'université d'été du PS (Audrey Cerdan/Rue89).


Il est certainement trop tôt, mais aucun début de consensus ne s'est encore dégagé entre la gauche du parti et son courant social-démocrate, dimanche, jour de clôture de l'université d'été du PS.
 

L'opposition avait déjà ressurgi au cours de la dernière campagne présidentielle, Dominique Strauss-Kahn polarisant sur sa personne les critiques des défenseurs d'une économie davantage contrôlée. Prônant une "économie sociale de marché", DSK se voyait reprocher une trop grande adhésion aux mécanismes de la libre concurrence.

 

Si les attaques se sont révélées feutrées à La Rochelle, chacun des deux camps a affirmé que le PS ne pouvait envisager l'avenir sans tendre dans leur direction respective. En l'absence de Strauss-Kahn (pour cause de course à la direction du Fonds monétaire international), Michel Rocard a repris le rôle de porte-drapeau de la social-démocratie, appelée "rocardisme" lorsqu'il était Premier ministre de 1988 à 1991.

 

Aujourd'hui, il dit voir de nouveau "une vaste progression militante" vers la social-démocratie. Progression qui, espère Rocard, permettra de conjurer "l'incapacité interne" du parti à prendre le pouvoir :



Ex-rocardien -"par obligation quand on commence à militer au PS à la fin des années 80"-, Benoît Hamon est désormais présenté comme le chantre de la gauche du parti. S'il "ne doute pas qu'on est en économie de marché" et "ne propose pas d'en sortir", il refuse que des socialistes aillent jusqu'à rejoindre la droite, dans la théorie ou dans la pratique.

 

Il s'étonne des arguments des sociaux-démocrates français: "Il faudrait s'aligner sur une doctrine qui ne dirige que trois pays [Grande-Bretagne, Espagne et Portugal, ndlr] sur vingt-sept dans l'Union européenne? Et de quelle façon en plus..." Le député européen n'en démord pas, l'unique moyen de reprendre les rênes du pays, face à une droite décomplexée, est d'ancrer le PS à gauche :



Acceptée par tous les socialistes, l'économie de marché fait pourtant toujours débat. Le Premier secrétaire François Hollande a une nouvelle fois tenté de mettre fin à la polémique en conclusion de l'université d'été: "Ce n'est pas le marché qui pose problème aujourd'hui, c'est la mondialisation." Avant de rappeler l'objectif à venir du PS, dessiné durant ces trois jours de "diagnostic pour la rénovation" :

"Les socialistes vivent depuis trop longtemps sous une double pression: celle de l'extrême gauche, qui lui fait le procès de la trahison, et celle des bien-pensants, qui voudraient que le parti socialiste abjure ses idées redistributives. On ne mobilise pas sur une contradiction. Il faut donc réaffirmer franchement notre identité. Et sans rien perdre de nos valeurs."

Pour y parvenir avant que le parti ne soit définitivement gangrené par cette "contradiction", trois forums de débats d'idées seront organisés d'ici mi-2008. En préambule du congrès de l'été 2008. François Hollande y passera la main. Les tenants des deux courants ont un an pour tenter d'imposer un leader.

 


Photos : Benoît Hamon, Michel Rocard et François Hollande à l'université d'été du PS (Audrey Cerdan/Rue89)

 

François Hollande, Premier secrétaire du PS sur le départ (Audrey Cerdan/Rue89).

Publié dans Divers

Commenter cet article