Retraites : méfions-nous des idées reçues

Publié le par Philippe Gailhardis

35heures.jpgQuel dommage que l'on ne puisse ressusciter Flaubert pour qu'il ajoute un article à son dictionnaire des idées reçues :

Retraites : Avec le vieillissement de la population, il va falloir travailler plus longtemps. Sinon, il n'y aura plus assez d'actifs pour les payer. Critiquer l'égoïsme des bénéficiaires de régimes spéciaux et le manque de courage de la gauche qui refuse de les dénoncer.

Ce raisonnement est un magnifique exemple de faux bon sens, comme lorsqu'on disait : la terre ne peut être ronde car, dans le cas contraire, les habitants des antipodes auraient la tête en bas et basculeraient dans le vide.

Au Moyen-âge, il fallait neuf paysans pour nourrir un noble ou un citadin. Avec un raisonnement semblable, un paysan médiéval transplanté à notre époque serait horrifié de découvrir la désertification rurale. Il penserait que nous sommes condamnés à mourrir de faim et n'arriverait pas à comprendre pourquoi la PAC recommande qu'il  y ait encore moins de paysans.

Ce n'est pas le rôle de la gauche, sous couvert de modernisme et de parler vrai, de répéter ces sophismes en choeur avec la droite. L'équité dans les régimes de retraite fait partie de nos valeurs. Mais ce ne peut être sous le signe d'un nivellement par le bas. Notre rôle n'est-il pas plutôt d'aller contre la pensée unique et d'expliquer que nous voulons un autre modèle de société ?

Pourquoi est-il si urgent de réformer les régimes spéciaux ? Parce qu'ils coûtent cher ? Moins cher que les cadeaux fiscaux aux plus riches, y compris ceux accordés par un certain DSK sous le gouvernement d'un certain Jospin.

Cette réforme présentée comme juste ne serait-elle pas plutôt la première étape nécessaire à un nouveau rallongement des cotisations pour tous les salariés et, cerise sur le gâteau, à une privatisation de la SNCF ? Au nom de la modernité, bien sûr.

La vérité, c'est que les progrès de productivité ont transformé le travail en bien rare. Le rallongement des durées de cotisation pour tous les salariés ne va pas permettre aux gens de travailler plus longtemps. Cela va seulement réduire le niveau de leurs pensions. Et augmenter par là les bénéfices des actionnaires, en particulier des... bénéficiaires de fonds de pension. Ce que nous sommes en train d'organiser docilement, c'est un transfert de ressources de la France vers les pays exportateurs de capitaux comme les USA, le Japon ou les pétro-monarchies...

Publié dans Divers

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