Algérie : Sarkozy ménage tout le monde et ne convainc personne

Publié le par Zineb Dryef - Rue 89

sarkozy-algerie.jpgLu sur Rue89

A peine rentré de sa visite officielle de trois jours en Algérie au cours de laquelle il a fustigé la "colonisation", Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi que la France devait "réparation" à "tous les harkis envers qui la France a une dette." Une déclaration qui a déçu les commentateurs algériens.

 

"Ce n’est pas une franche réussite." Dans son blog, Pierre Moscovici est largement revenu sur une visite en Algérie qu’il tient pour un échec. Estimant que Nicolas Sarkozy aurait pu aller plus loin dans sa condamnation de la colonisation, le député PS a invoqué son histoire personnelle:

"J'ai sur cette question un vécu, presque une génétique, puisque ma mère fut une des signataires de l’appel des 121 contre la guerre d’Algérie. Il faut un discours fort sur cette guerre, dénonçant la colonisation, l’oppression, l’injustice, la torture: ce fut une sale guerre, menée salement."

Une déception partagée par le blog Delugio : "Ayant frustré les Algériens en campant sur sa posture 'antirepentante', le Président français, au retour d’Alger, a frustré les Harkis." Et le blogueur d’analyser la déclaration présidentielle, intervenue le 5 décembre, journée consacrée depuis 2003 aux hommages nationaux pour les 'morts pour la France' pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie:

"Si une telle reconnaissance, reçue comme insuffisante, est incontestablement un moment heureux, la coïncidence pourra le faire percevoir comme un moment d’excuses à l'égard des antirepentants pour la concession faite [quelques jours avant, ndlr] à Alger: 'Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité' ."

Le blogueur conclut, désabusé, qu’il faut attendre, "comme il a fallu, au temps de Mitterrand, attendre la présidence suivante… "

 

Une analyse bien vue. Le quotidien El Watan, sévère sur la visite du président français, a lui aussi remis en cause l’hommage rendu aux harkis:

"En tout état de cause, le bilan que l’on pourrait tirer du discours et de la visite du président français en Algérie indique clairement, encore une fois, que les deux pays ont raté une occasion sérieuse de dépasser les clivages historiques qui pèsent sur leurs relations et que l’Algérie demeure frustrée du fait que Sarkozy n’a présenté aucune excuse sur les crimes commis par le colonialisme.

"Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy a, dès son retour en France, hier, rendu hommage aux harkis. "

En titrant "Sur un goût d’inachevé", El Watan regrette l’ "étrange" argumentation du président français:

"Si l’on suit son 'raisonnement ', ce système colonial n’aurait rien à voir avec la France, et ce serait une chose abstraite, sinon des extraterrestres, qui l’auraient instauré!

"En faisant des éloges sur le passé de Constantine, de son cosmopolitisme à travers l’histoire, il en vient à évoquer la résistance de Constantine en 1837, et à relever 'cette journée terrible du 20 août 1955, où chacun fit couler le sang pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime'.

"Nuance, un seul côté a fait couler le sang des Algériens au stade de Skikda (Phillipeville), ce fut le massacre à ciel ouvert!"

Globalement, la presse algérienne porte un regard sceptique sur cette visite. A l’exception de La Liberté. Dans un reportage consacré au discours de Constantine, le journaliste note que "le temps s’est carrément suspendu, tels les six ponts toujours en place de la citadelle, dans l’attente du déroulement de la visite présidentielle la plus attendue depuis 1943."

 

Des acclamations, des applaudissements, des officiels qui hochent la tête "comme pour lui dire 'merci, vous nous avez compris'." Bref, un discours "aussi important que celui tenu, il y a cinquante-sept ans de cela, ici même, par le général de Gaulle". Cinglant pour Chirac, l’article relève que cette visite est loin de "l’accueil de désespoir réservé à un Chirac potentiel donneur de visas".

 

Un succès que les journalistes de La Tribune nuancent. La journaliste fait état des analyses de ses consoeurs françaises:

"Une dizaine de minutes avant que Nicolas Sarkozy ne prenne la parole, la consœur d’un grand hebdomadaire français nous confiait: 'Contrairement à celui, très carré, prononcé à Alger face aux patrons, celui d’aujourd’hui va être plus ronflant dans la mesure où il espère que le vrai message qu’il veut adresser à l’Algérie tout entière le sera à partir de Constantine.'

"Pour preuve, elle nous confirmera que l’adresse aux étudiants de Constantine en particulier et à tous ceux d’Algérie a été préparée par C. Guaino, considéré outre-mer comme le gourou du président français."

Un gourou qui avait valu à Nicolas Sarkozy de se mettre à dos les auditeurs africains du fameux discours de Dakar. Moins polémique, le discours de Constantine a agacé cette fois-ci par son manque d’engagement. Quinze minutes à s’extasier sur la beauté de Constantine, une autre partie à s’enthousiasmer pour son histoire religieuse ("au point qu’un commentateur de la chaîne LCI a eu cette appréciation: 'J’ai cru entendre un prédicateur', raconte L’Expression). Et un malheureux équilibre des crimes algériens et français, comme le rappelle La Tribune:

"Le président français qui préfère s’en tenir, s’agissant des abominations et autres atrocités perpétrées par le colonialisme, à un solde des comptes partagés."

La journaliste révèle également qu’un sommet des pays arabes se tiendra en France. Une information délivrée par "une consoeur faisant partie de la délégation".

 

Publié dans Divers

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LOUANCHI 22/05/2013 12:11


HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE:

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


 


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


 


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net