Nicolas Sarkozy est-il vraiment "le président du pouvoir d'achat" ?

Publié le par Julien Martin - Rue 89

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Sarkozy et le pouvoir d'achat, acte II. Après l'adoption du "paquet fiscal" cet été, le chef de l'Etat vient d'annoncer un cocktail de mesures destinées à relancer la consommation. Il avait promis d'être "le président de l'augmentation du pouvoir d'achat" pendant la campagne présidentielle. Promesse tenue? (Voir la vidéo.)


Affirmant ne pas être le "Père Noël", Nicolas Sarkozy a d'emblée annoncé la couleur jeudi, pour sa première intervention télévisée depuis le 20 septembre: les Français "savent parfaitement bien qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses. (...) La seule façon de répondre à cette question, c'est de permettre aux gens de travailler plus et de gagner plus."

 

Fidèle à son maître slogan, il a dû cependant concocter une série de propositions innovantes pour répondre à la grogne sociale de ces dernières semaines. Au premier rang desquelles, un nouvel assouplissement des 35 heures, avec la généralisation du rachat des RTT.

 

Deux autres annonces phare du Président vont également être intégrées à un projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres dès le 12 décembre: le déblocage de la participation et la possibilité pour les entreprises de moins de 50 salariés d'accorder une prime de 1 000 euros exonérée de cotisations sociales à leurs employés.

 

"C'est une bonne nouvelle qu'on se mette au travail"

 

Nicolas Sarkozy veut aller vite. Et même plus vite que vite. Le texte passera devant le Parlement selon la procédure d'urgence (une seule lecture devant chaque chambre). Il ne devrait pas pouvoir être adopté avant la mi-janvier, mais la loi aura un effet rétroactif, pour pouvoir s'appliquer dès le premier jour de l'année 2008.

 

Des idées jugées efficaces par une majorité de Français. Selon un sondage LH2 pour Libération, publié mardi, 59% des personnes interrogées à se disent favorables à la suppression des 35 heures en cas d'accord majoritaire dans les entreprises, et 56% sont prêtes à accepter la transformation en salaire de leurs jours de RTT.

 

Estampillé "Monsieur pouvoir d'achat" de l'UMP, le député Frédéric Lefebvre se réjouit de cette tendance sondagière:

"C'est plutôt une bonne nouvelle pour les Français que le président de la République, le gouvernement, la majorité et, j'espère sur un certain nombre de points, les socialistes, se mettent au travail pour répondre rapidement aux attentes des Français sur ces questions."

Les socialistes, justement, souvent tancés pour un manque d'activité, ont grillé la politesse au chef de l'Etat en diffusant deux jours avant dix propositions. Au programme, une augmentation nette des salaires, la baisse des prix dans la grande distribution par la suppression des marges entre fournisseurs et distributeurs, ou encore le rétablissement de la TIPP flottante.

 

"Sens de la communication" et "mesures hypothétiques"

 

Mise à part l'indexation des loyers sur l'inflation et non plus sur l'indice des prix à la construction, le gouvernement n'a repris aucune de ces propositions. Ce qui fait dire au président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, que Nicolas Sarkozy joue encore de son "sens de la communication" pour annoncer des "mesures hypothétiques".

 

Comme le député Verts Yves Cochet, il souligne que certaines catégories de la population sont oubliées: jeunes, salariés à temps partiels ou retraités.

 

Des voix discordantes se font également entendre au sein de la majorité. S'il approuve certaines mesures, Georges Tron, chef de file des députés villepinistes, estime que d'autres sont "difficilement compréhensibles":

"Un milliard et demi d'euros pour racheter les heures supplémentaires et monétiser les comptes épargne temps, c'est le montant d'un point d'indice, qu'on refuse aux fonctionnaires par ailleurs. Comment expliquer d'un côté qu'on ne le donne pas sur le point d'indice, mais qu'on va le donner sur les CET et les RTT?"

Le PS ne manquera pas en tout cas de souligner les carences éventuelles des annonces présidentielles, comme il l'a fait la semaine dernière avec le paquet fiscal. Michel Sapin, secrétaire national du parti à l'économie et à la fiscalité, n'a pas hésité à affirmer qu'il n'avait simplement "eu aucun effet sur le pouvoir d'achat."

 

Publié dans Divers

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