Le symptôme des travailleurs français serait-il la glandouille ?

Publié le par www.placedelagauche.org

chomeur-president.jpgPar fahd_pdlg*

*L’Association «Place de la Gauche» est un groupe de réflexion politique, d’action et d’intervention dont l’objectif est la définition, la mise au débat public et la promotion de propositions et de réflexions contribuant à renouveler l’offre politique de la gauche.


Depuis 19 ans maintenant, la Commission européenne publie un rapport annuel sur la situation de l’emploi dans l’Union européenne. La dernière édition de ce rapport a été publiée fin novembre dernier, et cette édition a le grand mérite de remettre quelques pendules à l’heure concernant certaines idées fallacieuses volontairement colportées par certains sur le marché du travail en France.

Première information de taille : le taux de chômage de la France est de 9,4 % pour 2006, soit le plus élevé de l’Europe des quinze !

On se souvient de la polémique qui était née lors de la campagne présidentielle sur ce chiffre et le report de la publication par l’Insee du même chiffre. Or aujourd’hui, l’Insee, et le gouvernement avec, nous assurent que le taux de chômage en France serait de 8,1 % aujourd’hui (et 8,8 % en moyenne pour 2006 cf. http://www.insee.fr/fr/ffc/ficdoc_frame.asp ?ref_id=ip1164). Cherchez l’erreur, car l’écart est conséquent, et ne permet pas en tout état de cause de continuer à entretenir le mythe, ni de dire que nous serions en train de « gagner la bataille de l’emploi ». C’est en effet entre 160 000 et 350 000 travailleurs qui manquent à l’appel... autant de personnes qui cotiseraient à notre système de protection sociale que l’on soupçonne par ailleurs d’être en faillite.

Deuxième information étonnante : les travailleurs français travaillent autant que leurs homologues européens.

On comprend mal dès lors qu’ils soient soupçonnés d’excès de fainéantise, de pratiquer la glandouille dès que l’occasion se présente, ou même qu’ils aient à travailler plus pour améliorer leur pouvoir d’achat. En effet, la Commission européenne montre dans son rapport que pour les travailleurs français à temps plein comme à temps partiel, que l’on décompte ou pas les jours de grève, les congés de maternité pour les femmes, ou encore les heures supplémentaires effectuées, la durée du travail hebdomadaire en France reste dans la moyenne européenne, et est très proche de celle de son voisin allemand (cf. tableau ci-dessous).

 

Nombre moyen d’heures travaillées par semaine

 

Pays

 

Emplois à temps plein

 

Emplois à temps plein et à temps partiel

 

Allemagne

 

41,5

 

35,7

 

Espagne

 

42,3

 

39,4

 

France

 

41,0

 

38,0

 

Italie

 

41,2

 

38,6

 

Royaume-Uni

 

43,2

 

37,0

 

UE-15

 

41,8

 

37,3

 

 

Source Eurostat, données 2005


sarko-et-le-social.jpgPourquoi donc la droite et le patronat cherchent-ils à faire croire par tous les moyens que les Français ne travailleraient pas assez ? Aujourd’hui d’ailleurs rares sont les responsables politiques de gauche assez courageux pour s’élever contre le démantèlement des lois sur la réduction du temps de travail. Le mythe semble donc être devenu une réalité... sauf pour les travailleurs !

Il y a là un véritable paradoxe. Pour pouvoir augmenter le nombre d’heures travaillées ou racheter des jours de RTT, les entreprises doivent avoir de quoi payer ces heures nouvelles et donc avoir un carnet de commandes bien rempli. Comment les entreprises pourraient-elles proposer à leurs salariés de travailler plus si, d’une part, le travail se fait rare et reste difficile à trouver et que, d’autre part, les travailleurs effectuent déjà des horaires hebdomadaires élevés, et qu’enfin les perspectives de croissance pour 2007 et 2008 sont revues à la baisse (par la Commission européenne, l’OCDE, la BCE ou le FMI, sauf le gouvernement...) ?

Dans ces conditions, la seule solution pour que cela soit possible reste la modération salariale, et donc la baisse du pouvoir d’achat des gens à qui l’on fait croire qu’en travaillant plus, on gagnera plus. Il y a aujourd’hui un fossé incroyable, et qui continue de se creuser, entre ce que vivent les travailleurs chaque jour, et ce que leur demandent les employeurs ou ce que leur propose le gouvernement.

Alors que faut-il faire ? S’agit-il, comme le propose une grande partie des mesures que le Parti socialiste avance aujourd’hui, de distribuer du pouvoir d’achat, comme si cela se décrétait, et sans se poser la question du financement par nos deniers publics ? La gauche devrait, au contraire, réfléchir à la capacité de l’économie à créer des richesses, et par conséquent rechercher des propositions visant à relancer l’offre, plutôt que la demande, pour parler en termes économiques.

En effet, le diagnostic ne peut être plus clair : la croissance de la demande interne est plus forte en France, depuis cinq ans, que celle du PIB. C’était le contraire en 1997. Dans ce contexte, des politiques de stimulation de la demande sont inefficaces, et le sont d’autant plus si elles s’inscrivent dans une logique de soutien à des personnes à très hauts revenus.

Des réformes comme celles sur la réduction du temps de travail ou la proposition d’une hausse du Smic à 1 500 euros ne sont pas irréalistes dans l’absolu. Mais elles le deviennent à partir du moment où aucune proposition visant à améliorer la compétitivité économique de nos entreprises n’est avancée en parallèle.

La gauche doit faire progresser l’activité économique sur ses deux jambes ! Lorsqu’elle ne le fait pas, elle n’est plus crédible sur ses propositions phares (RTT, Smic, services à la personne), et se fige dans l’incapacité face aux attaques de la droite à défendre notre modèle social, celui de la justice et de la cohésion sociale.

Evidemment, le processus plus long par lequel l’amélioration de l’offre compétitive est possible ne permet pas dans un temps très court de répondre aux revendications immédiates. Mais c’est une forte responsabilité politique que de s’engager à dire la vérité dans cette discussion autour du pouvoir d’achat. Car c’est ainsi qu’à l’horizon se profilera une véritable hausse durable du pouvoir d’achat !

Alors voici quelques propositions concrètes que la gauche devrait avancer pour soutenir la création de richesses dans le pays :

 

Accroître l’effort public sur l’enseignement supérieur et la recherche (la dépense totale public et privé en France dans l’enseignement supérieur et la recherche reste très insuffisante, comparée aux pays développés), élargir les possibilités de financement privé, recentrer les formations proposées. Cet effort supplémentaire devra être sélectif. Ainsi l’engagement de l’Etat devra être pluriannuel (notamment auprès des PME en création ou en difficultés), et ne pas s’inscrire dans la logique actuelle de saupoudrage de l’intervention publique (multiplicité des pôles de compétitivité notamment)

 

 

Supprimer la plupart des mécanismes d’aide aux entreprises innovantes, qui constituent dans la plupart des cas des effets d’aubaine purs, et stabiliser en revanche les dispositifs fiscaux en faveur du capital-développement et du capital-risque.

 

Concernant le droit du travail, il est nécessaire de l’assouplir. Cela signifie rendre plus aisé les embauches et les licenciements, mais aussi au sein même de l’entreprise, aménager le temps de travail et l’organisation interne (travail en équipe, rotation) de manière plus souple.

Les contreparties indispensables à cette flexicurité sont, d’une part, le renforcement et la refondation du dialogue social (renforcement de la négociation collective par accords majoritaires d’entreprises, encadré par des accords de branches et des accords interprofessionnels). D’autre part, un fort soutien aux politiques de Formation professionnelle continue (FPC) financée par les entreprises, dans la mesure où elle favorise la mobilité professionnelle (dans l’entreprise, entre entreprises, évolution de carrière...). Un soutien clair aux politiques de FPC pourrait permettre de :

1) améliorer l’employabilité et le niveau des qualifications, et donc essayer de réduire les inégalités de revenu ;

2) aider à maintenir les travailleurs âgés sur le marché du travail ;

3) dynamiser les marchés intérieurs du travail, les décloisonner, et sécuriser les évolutions de carrière dans le même temps ;

4) accompagner les salariés dans l’évolution rapide et l’actualisation nécessaire des connaissances, et donc contribuer à améliorer la compétitivité des entreprises.

Place de la Gauche

Publié dans Divers

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