![]() Désirs d'avenir 09 - Ariège Comité de réflexion pour la rénovation du Parti Socialiste |
Certains n’ont peut-être pas encore lu la nouvelle. Personnellement, je n’étais pas au courant et pourtant cela a été voté en 2007, mais voilà, les décrets d’applications vont bientôt paraître.
Je l’ai lu ici.
Si cela ne vous ennuie pas, je vais vous raconter un peu mon histoire.
J’étais commerçant, enfin commerçant ambulant. Je vendais des chaussures avec ma femme Janine. On n’est pas trop de deux pour ce genre de métier, on se soutenait l’hiver quand il fallait démarrer à 5 heures du matin pour être à l’heure au marché. Plus de vingt ans qu’on faisait ce boulot !
Le problème, c’est que je suis tombé malade, genre maladie longue durée, vous connaissez ? Très dur pour Janine, elle m’a épaulé tant qu’elle a pu : "Non, Rémi, ce matin, tu restes couché, je vais bien me débrouiller toute seule !" Seulement, elle n’arrivait plus à faire tout, toute seule, aller se fournir en marchandise, les marchés tous les matins, les enfants (on a deux ados à la maison, 14 et 16 ans), tout gérer, le boulot et la maison, c’était trop. Elle n’en pouvait plus ! Et petit à petit, on n’arrivait plus à payer les charges sociales, on commençait à avoir les huissiers à la maison, un coup pour l’URSSAF, un coup l’Organic, et aussi les impôts, nous avons été obligés d’arrêter l’activité. Les dettes, on les a toujours, ils ont bien voulu échelonner, c’est tout.
On s’est renseigné, Janine a pensé reprendre une formation, elle n’a que 40 ans, elle n’a pas de diplôme, mais aide-soignante, on lui a dit qu’il y avait du boulot,
elle a commencé à préparer le concours pour rentrer à l’école de formation. Le problème, c’est qu’on n’a droit à rien. Eh oui, quand on est commerçant, pas droit à l’erreur, pas d’assedics, rien
de versé après fermeture.
Et le petit pécule qu’on avait en banque a commencé à fondre comme un glaçon dans le whisky.
Restait plus qu’à demander le RMI, comme nous l’a conseillé une assistante sociale, pas de gaieté de coeur, oh non. Moi, qui avait dénigré les rmistes, fut un temps, je n’étais pas fier. Mais la
faim fait sortir le loup de la honte, et puis la maladie aussi, ça m’a fait voir les choses autrement, avec moins d’importance.
Quoi qu’il en soit, nous voilà avec les aides de la CAF, ça nous aide à ne pas mourir de faim et à payer certaines choses. Oh pas tout, certes, la petite de 16 ans
donne quelques cours de math (eh oui elle est douée en math, 18/20 de moyenne, on n’est pas peu fier, c’est pour ça que je le dis) à des collégiens, ça lui paye son portable et quelques cinés. Et
si Janine ne revendait pas la fin du stock de chaussures sur Ebay, on serait obligé de vendre la voiture et la maison pour payer les huissiers et se retrouver à la rue. Cela ne va pas tarder
d’ailleurs, parce que nous n’avons plus de chaussures à vendre. Janine dit qu’elle ira faire des ménages. Le RMI, c’est vraiment l’aide nécessaire mais non suffisante pour vivre ; avec les
allocations pour les enfants, on a presque 1000 euros par mois. C’est sûr, si je vais mieux, je vais rechercher du boulot, mais j’ai 48 ans, malade, ça va être dur ! Janine dit de ne pas
désespérer, elle va réussir le concours.
Quand même le RMI, c’est une bonne chose, ça permet de passer des caps difficiles, alors quand j’ai su qu’ils allaient évaluer le train de vie des rmistes, cela m’a tout retourné !
Apparemment, voila ce qu’ils vont évaluer :
"Un quart de valeur locative annuelle de logement détenu ou occupé par l’allocataire, 80% du montant des dépenses de travaux, charges et frais d’entretien des immeubles, 80% des dépenses en personnels et services domestiques, 6,25% de la valeur vénale d’une voiture si elle dépasse 10 000 euros, 0,75% de la valeur des objets d’art, bijoux et métaux précieux, 80% des dépenses de voyages ou de clubs de sport." L’évaluation pourra être demandée par l’organisme payeur (principalement les Caisses d’allocations familiales), "après croisement de fichiers entre services sociaux, par exemple", explique le quotidien. Néanmoins, "la suppression des prestations ne sera pas automatique, le directeur de la CAF conservant une marge de manoeuvre en cas de ’circonstances exceptionnelles’ liées à la situation économique et sociale du foyer".
Et ils pourront supprimer le RMI : "Le droit au RMI sera ainsi remis en cause lorsque le montant de l’évaluation atteindra ou dépassera la moitié du montant annuel du revenu minimum."
Notre maison, on l’a achetée à crédit en 1980, aujourd’hui elle a fini d’être payée. C’est un pavillon de 120 m2 en banlieue sympa, pas trop loin de Bordeaux, 3
chambres, un grand salon et une cuisine où on peut manger dedans. Nous avons même un jardin et un garage. C’est sûr, aujourd’hui, impossible de me payer une baraque pareille. S’ils comptent un
quart de la valeur locative, on est presque foutu ! C’est 800 euros par mois une baraque comme la nôtre actuellement.
Ben, il n’y a plus qu’à espérer que le directeur de la CAF soit sympa.
Je vois d’ici la tête de l’inspecteur s’il vient à la maison.
"Oh, mais vous avez une jolie maison, et une belle voiture avec ça !" (C’est le monospace qu’on a mis cinq ans à payer, on avait privilégié cet achat pour
remplacer le vieux camion du marché quand il était en panne et au garage, on pouvait toujours déballer un peu.)
Je me vois penaud, regardant mes chaussures et disant embarrassé :
"Heu, oui, monsieur l’inspecteur de la CAF, mais nous avons mis 15 ans à nous la payer cette maison, nous avons beaucoup travaillé pour ça" en tentant de me
justifier.
Et s’il voit les deux bagues de ma femme ? L’alliance en or et la bague de sa grand-mère, une belle émeraude entourée de brillants. Il va les compter aussi ?
Et les meubles anciens de mon grand-père ? Les travaux, on a quand même refait toute l’électricité l’année dernière, ça devenait dangereux, ils vont les compter aussi ? Parce que là, on
va y arriver à la moitié du montant, faut pas grand-chose en plus... Qu’est-ce qu’ils veulent, qu’on vende tout, qu’on se retrouve à la rue, qu’on soit bien bien pauvre, au bout du rouleau,
misérables, à genoux pour faire l’aumône ! Qu’on puisse plus se relever, quoi !
Nicolas Sarkozy devait présenter ses voeux à la presse, c’était l’objet du discours d’hier. Les "voeux" sont en fait arrivés à la toute dernière phrase et de façon pour le moins coutournée. Techniquement, si on lit mot à mot les dernières phrases de son discours, il n’a tout simplement pas souhaité la bonne année à la presse. Citation : "Je m’aperçois que je ne vous ai pas présenté de voeux. Ce n’est pas parce que je ne les pense pas. Mais je vous vois si heureux et si épanouis dans les commentaires qui sont les vôtres que je me suis dit que c’était inutile de leur présenter des voeux... enfin quand même à la fin de mon petit propos, je voulais vous dire que malgré tout, ils sont sincères." Bon, c’est technique d’accord. Là où ça devient gênant, c’est que cette phrase a simplement disparu de la version officielle disponible sur le site de l’Elysée, dans laquelle il n’est plus du tout question de voeux à la presse. Bizarre...
Durant tout son discours, Sarkozy n’a pas cessé de taper sur tout le monde, ses prédécesseurs, l’opposition, la presse, les membres du G8... Et les réponses aux questions des journalistes ont été particulièrement dures. Laurent Joffrin en sait quelque chose, qui a osé parler de "monarchie" et de "pouvoir personnel". Cette passe d’armes, avec un peu de recul, a quelque chose d’intéressant. Certes, un ricanement de fond s’est fait entendre quand Sarkozy a sermonné Joffrin. Mais aujourd’hui, l’affaire Joffrin prend une nouvelle tournure. Jusqu’à présent, les discours de Sarkozy n’étaient réellement disséqués que par le Canard enchaîné. Vous rappelez-vous le fameux "Dites-moi quels engagements je ne pourrai pas tenir" en direct ? Aucun retour, ni le lendemain, ni le surlendemain, ni dans la presse écrite, ni à la télévision, nulle part. Mais aujourd’hui, des tribunes sont ouvertes à Joffrin un peu partout. Un droit de réponse qui lui a été refusé en direct. Reprenant l’affirmation du président, "je mets au défi quiconque de trouver le mot collaborateur dans un seul de mes écrits ou une seule de mes déclarations", les médias ont répondu au défi et ont trouvé... En même temps, ce n’était pas très difficile. Sous couvert de droit de réponse bien sûr, mais tout de même. Libération (évidemment), Le Canard enchaîné (bien sûr), France Info, Canal +, L’Express, RMC... il doit y en avoir d’autres, je n’ai que deux oreilles et deux yeux.
Et ça c’est vraiment nouveau. Alors peut-être que la prochaine fois, on aura droit à de vraies questions ? Par exemple, "Est-il vrai que vous avez touché votre salaire de ministre de l’Intérieur jusqu’en décembre 2007 ?", ou encore : "Si les 35 heures sont remises en cause, alors la monétisation des RTT et la non-imposition des heures supplémentaires tombent à l’eau ?", ou encore : "Pourquoi n’avoir pas annoncé que vous aviez des problèmes de santé alors que vous aviez promis de faire de votre médecin une vedette pendant la campagne ?", ou encore : "La commission d’enquête sur la libération des infirmières bulgares montre clairement qu’il y a bien eu des contreparties, pourquoi avez-vous dit le contraire ?", ou encore : "Le pouvoir d’achat des retraités a encore reculé cette année. Qu’en-est-il de la promesse du candidat Sarkozy de revaloriser les petites pensions de retraite ?", ou enfin : "Pendant la campagne, vous aviez dit que vous ne toucheriez pas aux 35 heures, il y a un mois, vous les aviez qualifiées d’acquis social, et aujourd’hui, vous voulez les supprimer. Qu’en est-il vraiment ?"
A énerver les journalistes, à force, ils vont finir par poser des vraies questions... Attention ! La postérité retiendra qu’il a osé s’allonger devant un 15 tonnes en état évident d’excès de vitesse et que rien n’arrête, même pas la vérité. Pourvu qu’il ne soit pas en plus sous l’effet de psychotropes...
Pour paraphraser Nicolas Sarkozy, les mots ont un sens... Mais finalement, on s’en fout ?
Ce mardi 8 janvier, j’ai écouté pendant deux heures BFM, où fut radiodiffusée la conférence de presse de Sarkozy, visiblement à l’aise dans cet exercice débuté par un discours d’une heure assez dense et comme on dit dans le jargon politicien, volontariste. Puis, les questions de la salle et visiblement, on sentait notre président d’attaque et prêt à en découdre avec une profession qu’il dit respecter mais qu’il méprise au fond et dont il faisait le vœu d’une défaite après ce combat somme toute assez inégal. Quoiqu’un Sarkozy colérique ait quelque peu transparu, à l’oreille fine, sur le final... Les journaux ne manqueront pas de mentionner son développement de sa conception d’une politique de civilisation où l’on apprendra qu’il a reçu la veille Edgar Morin. Mais admettons que son idée de politique de civilisation présentée dans les vœux soit passée inaperçue, aurait-on eu droit à cette longue mise au point de Sarkozy et parlerait-on de Morin dans les journaux ? Tout ceci traduit ce que j’avais appelé la réacratie, un jeu politique où l’opposition, la presse, réagit et inversement pour la présidence qui réagit à ce que commente la presse. Un mécanisme bien huilé et bien rodé. De cet ensemble, conférence ajoutée aux questions, il sera difficile de dégager une synthèse. Juste un avis personnel. Sarkozy aimerait jouer les sénateurs romains, voir l’empereur, mais visiblement, il n’est pas taillé pour habiter le costume de Cicéron.
De cet épisode classique de la vie politique, on retiendra le style et la méthode Sarkozy employés pour « répondre », ou plutôt « répliquer », aux questions des journalistes. Le fait d’avoir écouté sans les images a permis de capter cette ambiance de combat, de mise sous tension, de pression que Sarkozy, en Rocky de la rhétorique, essaie de faire monter, attirant les questions provocatrices pour ensuite en découdre, jouer à déminer le contenu en quelques écrans de sophistique mais aussi d’ironie virant à la moquerie, voire au mépris et même un zeste de plaisir à humilier. On est loin de l’humour gentleman de Chirac ou de l’ironie stylée, discrète et parfois cinglante de Mitterrand. Sarkozy sort ses gros sabots et joue des ficelles du bon sens qu’on aurait dit qu’il avait pris Bigard comme répétiteur !
Un moment à retenir. Quand Laurent Joffrin de Libération demande au président s’il n’a pas fait de la France une monarchie élective. Et Sarkozy d’ironiser en faisant valoir qu’il n’est pas l’héritier d’un quelconque roi, comme dans le cas de l’Ancien Régime, pas plus qu’il n’a été adoubé comme successeur par son prédécesseur Chirac. Et Sarkozy d’y aller carrément et de se moquer de la culture d’un Joffrin qu’il se permet de narguer à la fin en fustigeant une gauche jugée comme politiquement stérile. Le problème, c’est que Sarkozy ferait mieux de réviser ses notions de politique car la monarchie désigne en premier lieu le gouvernement d’un seul. C’est donc un régime parmi d’autres, comme l’aristocratie, gouvernement d’une élite, et la démocratie, gouvernement du peuple. Et chaque type de gouvernement a ses règles de fonctionnement. La monarchie n’est pas uniquement héréditaire, comme l’a clamé Sarkozy et c’est bien l’inculture du président qui s’est affichée car Joffrin a été précis, il a bien évoqué une monarchie élective, autrement dit, la gouvernance d’un seul, mais qui a été élu. Et c’était bien une question de fond au vu des tendances actuelles où notre président décide de tout, donnant des lettres de mission sur les thèmes qu’il choisit, des feuilles de route aux ministres, invitant tout le monde, experts, Nobel, hommes de gauche, de droite, de France et de Navarre, à participer à un grand champ de réflexion au bout duquel c’est lui qui tranche. Si ce n’est pas une tendance monarchique ! Qui transparaîtra avec cette formule.
La présidence de Sarkozy est un perpétuel Grenelle de la réflexion doublé d’un Versailles de la décision !
Quant au discours de Sarkozy, ce fut un discours de politique générale qui aurait fait bonne figure à l’Assemblée nationale mais n’est-ce pas le lieu où rêve de s’exprimer notre président ? Au niveau du contenu, il ne fait aucun doute que la notion de politique de civilisation a fait l’objet d’un soin particulier, sans qu’on sache s’il y a une authentique sincérité de la part du président ou bien une astuce médiatique visant à donner un os à ronger à une presse qui a montré son intérêt pour jouer à la baballe après les vœux du 31 décembre. Terrible à dire mais les journalistes sont allés chercher la baballe logée dans un coin de Morin ; alors notre président, en bon maître, a renvoyé la balle. Sur le fond, la notion de politique de civilisation apparaît vide de contenu et même, c’est une manière d’enrober sous du papier scintillant quelques règles de gouvernance des plus prosaïques qui soient. Sarkozy met dans la politique de civilisation le bien-être, la politesse, le respect, le pouvoir d’achat, la réorganisation des services de l’Etat, bref, aucun lien avec la transcendance. Du prosaïque, des évidences du sens commun, sorte d’épicurisme post-moderne et technoscientifique. Mais sur le principe, une vieille recette sur la bonne gouvernance dont on trouverait l’origine dans un traité de Guillaume de la Perrière paru en 1567 (Foucault, cours du 1er février 1978 au Collège de France). Autant clore le débat sur ce gadget bien trop ordinaire pour en faire un thème de réflexion philosophique. A noter également l’importance de l’architecture pour Sarkozy. Ce n’est pas avec des bâtiments qu’on fonde une civilisation. Un peu court, surfait, déjà appliqué par les mairies qui se sont penchées sur la question et c’est leur domaine sur lequel Sarkozy affiche des prétentions bien mégalopathes (j’emprunte le terme à Sloterdijk). L’essentiel étant de savoir comment on vit et existe dans une ville (à Bordeaux on attend un Zénith). A noter aussi cette réflexion sur le Grand Paris, comme si c’était une priorité et que cette mégalopole représentait l’archétype de la civilisation et le terreau de son progrès, et en plus, cette sollicitude ne colle pas à un président qui se clame comme serviteur de tous les Français à égalité, mais comme dirait Coluche, les Franciliens sont plus égaux que les autres.
Examinons d’autres propositions pour le moins inconséquentes, pour ne pas dire absurdes. Comme l’interdiction de la publicité sur les chaînes publiques et un financement par des taxes sur la publicité des chaînes privées. D’un point de vue comptable, c’est irréalisable. Un simple collégien verrait ce qui cloche. Quant à faire financer les chaînes publiques par une taxe sur l’Internet, ce n’est pas très intelligent et injuste. Un lycéen comprendrait pourquoi. Et cette allusion à des hôpitaux qu’il faudrait utiliser pour accueillir des personnes âgées, alors qu’il faudrait d’autres dispositifs d’accompagnement, la vieillesse n’étant pas une maladie, monsieur Sarkozy ! Que dire de ces gadgets constitutionnels visant à ajouter quelques bonnes formules dans une Constitution déjà bien fournie tout en mobilisant une ancienne grande dame de la politique ? Et cette mission confiée à des prix Nobel d’économie pour redéfinir les critères de la croissance. Comme si ce type de réflexion n’existait pas déjà. Sarkozy n’a rien d’un visionnaire. Il a juste une vision quelque peu troublée des réalités, comme quand il s’imagine qu’en France, on vénère l’échec et on n’aime pas la réussite. Sarkozy se trompe de cible. Ce que certains n’apprécient pas en France, c’est plutôt la réussite ostentatoire le plus souvent acquise à la faveur de réseaux, en affichant de plus un luxe de parvenu.
Revenons quand même sur cette idée de réunir Amartya Sen et Joseph Stieglitz, deux Nobel d’économie, pour réfléchir à des critères plus qualitatifs permettant d’apprécier la croissance. Encore la lubie de l’évaluation qui transparaît, comme pour les ministres. Culture du résultat, tout mesurer, jauger, évaluer. Pour quoi faire ? Parvenir à trouver un indice montrant que la qualité de croissance est convenable et mesurer l’économie française avec un système de règles qui pourrait la rendre plus présentable ? Ne serait-il pas plus raisonnable de trouver les causes de l’inégalité et de penser des alternatives économiques ? Les chiffres sont connus. Certains ont très peu dans l’assiette et dans la poche. Mais c’est sûr qu’avec quelques chiffres bien interprétés, les pauvres pourraient être évalués au paradis, ici en France ! Alors que se dessine l’image d’un Sarkozy manipulateur qui par on ne sait quel magnétisme parvient à attirer force personnalités des mondes médiatique, politique, scientifique, et même de stature internationale, pour les insérer dans un jeu dont on ne sait si la civilisation, au moins la française, sera gagnante ou perdante. Pour l’instant, les médias et même les intellectuels se font blouser et la France broie du blues.
Au final, l’aisance d’un président habile à l’oral se traduit par une impression plus que mitigée si on passe la totalité de la prestation au crible de la critique. Tout n’est pas à jeter. De bonnes intentions ont été formulées. Des résolutions sincères, notamment sur la place de l’éducation. Mais trop d’incohérences, de gadgets et d’approximations sur la civilisation font de cette prestation un moment de trompe-l’œil, doublé d’une défaite des journalistes (d’ailleurs J-M Aphatie l’a reconnu sur Canal+), tout en dévoilant Sarkozy comme préoccupé par les résultats et l’image de la France.
Laurent Joffrin a évoqué la crise des médias, et notamment celle de la PQN. Un retard “relatif à la France” selon lui. “L’Espagne a été le premier pays ou les quotidiens proposaient
des biens culturels avec leurs éditions” explique-t-il. Le journal en lui-même, son contenu, et aussi son prix qui revient vite sur le devant de la scène. “Je ne peux pas baisser le prix
de mon journal”. Au centre, le syndicat du livre, accusé (à raison) de verrouiller les phases de diffusion / impression. Notre presse est deux fois plus chère qu’outre-Manche.
Laurent Joffrin a ensuite mené un exposé assez intéressant lié à la perception que nous avons des médias. “Les gens ont à l’esprit qu’il s’agit d’un système manipulateur”. Et là, c’est l’expérience, les références historiques récentes qui constituent le propos. Il est question des partis politiques qui critiquent les médias.
Voilà qui m’évoque le livre de Pierre Rimbert : Libération de Sartre à Rothschild.
Critique à l’égard de Libération, journal accusé de “dissimuler son conformisme économique derrière un rideau d’audaces culturelles”. J’y ai pensé à cette phrase de Pierre
Rimbert lorsque Laurent Joffrin parlait, et j’ai entendu : “Le journal où on fume des pétards et où on lève le poing, ce Libération-là
s’est arrêté en 1981. Depuis, Libération défend une idée de gauche réaliste” explique Laurent Joffrin.
Je l’avoue, je l’ai aimé ce Laurent Joffrin. Visage peu expressif, une “gueule” comme on dit, mais il m’a séduit dans son pragmatisme, surtout lorsqu’il faut évoquer l’avenir des médias.
Et c’est pourquoi Laurent Joffrin parle souvent du web. Du glissement des investissements publicitaires vers ce support (qui assèche donc la presse),
mais aussi le glissement du lectorat. Partant de ce constat de glissement, il est logique que les journalistes aussi mutent. “A l’avenir un journaliste doit être capable de
faire de la photo, des interviews sonores, de la vidéo.” Réalisme. J’apprécie. “Libération est un atelier de création, nous
faisons des podcasts, de la vidéo...”
Belle conférence, dont, si je devais ne retenir qu’une phrase, j’extrairai : “A Libération, nous devons défendre l’idée d’une presse engagée mais honnête
intellectuellement.” Une beau verbatim, un brin racoleur jugeront certains. Mais ce Laurent Joffrin-là, on en redemande.
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