Témoignage : Les socialistes Haut-Marnais ont voté pour Ségolène Royal plus massivement qu'au niveau national

Publié le par Michel Tanner

La désignation de Ségolène Royal comme candidate PS à l'élection présidentielle, ses différentes prises de positions et, surtout, le score très important de la candidate socialiste au sein de sa formation politique suscitent bien des réactions à gauche.

Cette candidature, va-t-elle diviser la gauche ? Rassembler les autres composantes de gauche vers une candidature qui se présenterait comme une alternative au programme du PS ? Une union de la gauche, avec le PS, est-elle encore envisageable ?

Déjà, dans notre région, la LCR de Champagne-Ardenne a fait connaître sa position, pas franchement enthousiaste quant à s'allier avec le PS.

Eric Loiselet, 1er secrétaire fédéral du PS de Haute-marne, a accepté de répondre à mes questions. Il fait le bilan du vote des militants socialistes en Haute-Marne et lance un appel aux autres partis de gauche.


Michel Tanner : Avez-vous les chiffres concernant les résultats en Haute-Marne

Eric Loiselet : La participation des adhérents PS de Haute-Marne a atteint 83%, légèrement supérieure à la participation nationale qui s'élève à 82,3%. C'est un excellent taux de participation, voisin de ceux rencontrés à l'occasion des investitures aux législatives (juin 2006), à la désignation du 1er secrétaire fédéral (novembre 2006) et au vote des motions avant le Congrès du Mans (octobre 2005).

La candidature de Ségolène Royal recueille 73% des suffrages exprimés par les militants (pour une moyenne de 61% au niveau national). Le choix des militants (nouveaux adhérents) haut-marnais est clair, aussi clair que celui de nombre de fédérations rurales, petites ou moyennes. Les nouveaux adhérents semblent avoir fortement contribué à ce résultat très élevé. Dominique Strauss-Kahn atteint 16% des suffrages et Laurent Fabius 11%.

M. Tanner : Avez-vous un commentaire à faire concernant le score, au niveau national de Ségolène Royal ?

E. Loiselet : Le score de Ségolène Royal, atteint dès le 1er tour, lui permet d'envisager sa campagne libérée du frein qu'aurait constitué un résultat atteint au second tour ou dépassant à peine les 50% au 1er tour. Nul doute que dans ce cas, elle aurait immédiatement subi les procès en "illégitimité" de la part de la droite comme de l'extrême-droite.

Le choix très net des militants et militantes lui offre une large marge de manœuvre et un socle solide pour construire sa dynamique de campagne. Ce résultat est visiblement apprécié des sympathisants de gauche et semble même recueillir l'assentiment de français de tous bords.

Cette fois-ci, les adhérents du PS ont entendu les sympathisants et plus largement leurs concitoyens dont la demande explicite au PS était et demeure la suivante : régénérez-vous pour tourner la sombre page d'avril 2002, donnez-nous une candidature de gauche et qui renouvelle profondément le système politique français.

Le parler vrai de Ségolène Royal n'a pas constitué le handicap que certains commentateurs et même certains responsables socialistes lui trouvaient.

M. Tanner : Ce chiffre (61%) signifie-t-il un marquage profond à la doite du PS ?

E. Loiselet : Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question. L'aile droite, et assumée comme telle dans le PS, était incarnée dans cette primaire par la candidature de Dominique Strauss-Kahn.

Le résultat de la candidature Royal ne saurait être interprété comme un marquage "à droite" du PS, et encore moins comme un marquage profond. Sauf bien entendu à adopter la position des organisations d'extrême-gauche, qui toutes ont déjà annoncé le nom de leur propre candidat à la présidentielle.

Ségolène Royal présente une double caractéristique : un ancrage réel dans la gauche du réel et un renouvellement incontestable.

Elle seule, au sein du PS, a su fédérer des partisans du OUI comme du NON au TCE (Traité établissant la Constitution européenne). C'est ainsi le cas en Haute-marne, où comme vous le savez, les militants avaient opté pour le NON.

Elle seule, contrairement à ses deux autres compétiteurs, représente une réelle attraction pour une partie de l'électorat populaire qui avait tant manqué au PS en 2002.

Et puis Ségolène Royal est la seule des candidats de cette primaire à avoir abordé les sujets qui fâchent, dans les domaines de la sécurité, de l'éducation, de la démocratie, du social et même des questions internationales.

Enfin, elle est authentiquement "anti-libérale" et il se trouve qu'elle a des réalisations et des actes politiques à son actif. ce qui n'est pas le cas, et je le déplore, de nombre de ses critiques. Ségolène Royal propose un socialisme de la preuve.

Enfin, et c'est encore plus important ici en Haute-Marne, elle est la seule des trois candidats de cette primaire à s'être prononcée clairement et nettement contre l'enfouissement des déchets radioactifs en couche géologique profonde comme le prévoit de fait le gouvernement de droite, avec la complicité aveugle de ses parlementaires.

M. Tanner : Ne craignez-vous pas des difficultés pour rassembler les autres voix de gauche qui seront à priori nécessaires pour une victoire à l'élection présidentielle ?

E. Loiselet : J'aimerai que vous m'indiquiez quelles difficultés pourraient surgir ?

Bien sûr l'union est un combat. Mais pour envisager l'union, il faut d'abord savoir deux choses :

    * Si les autres organisations politiques de gauche sont en mesure de se fédérer entre elles pour présenter un candidat où si elles iront en ordre dispersé, peut-être pour des raisons d'intérêt d'appareil;

    * Quelles organisations sont en mesure d'envisager un accord de gouvernement avec ou sans participation, mais soutien au Parlement.

Il va nous falloir patienter quelques semaines encore pour avancer sur ces deux questions clés.

Pour notre part nous mènerons une campagne fondée sur nos valeurs, notre identité et nos propositions. Nous la conduirons de manière décentralisée et participative. Nous ferons campagne contre la droite et l'extrême droite, pour faire gagner la gauche. Nous ne ferons pas campagne "contre" les Verts, le PCF, les organisations d'extrême gauche, ou contre le ou la candidat des "collectifs unitaires". Nous serons en compétition, bien sûr, mais nous - pour notre part - nous garderons à l'esprit un objectif : celui de coopérer ensemble pour vaincre la droite et l'extrême-droite.

Nul n'a le monopole de l'anti libéralisme, ou de la volonté de transformation sociale. Ce qui importe c'est de ne pas se tromper d'adversaire. Nous espérons que les autres forces de gauche feront de bons choix, que ce soit dès le 1er tour de la présidentielle ou au second. Il faut parfois être unitaire pour deux ou plusieurs.

Et enfin, permettez-moi une remarque de fond : la séparation des socialistes en deux partis concurrents : la SFIO et le PCF date du "Congrès de Tours" en 1920. Les circonstances historiques qui ont présidé à cette scission, ont désormais disparu, depuis une quinzaine d'année. Ne serait-il pas temps de construire une gauche unifiée pour aborder les questions de la société française d'aujourd'hui. Pour ma part j'appelle à construire l'unité de ce siècle. Je suis conscient que pour la réaliser il faut être au moins deux. Nous attendrons que nos partenaires (nos compétiteurs) y soient prêts à leur tour...

 

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