Ségolène Royal : "le bon choix " d'Oscar Temaru

Publié le par TahitiPresse.pf


L'intégralité de la lettre d'Oscar Temaru à Ségolène Royal.

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"Dès ce premier contact, j'ai su que le choix proposé aux Polynésiens de te soutenir dans ton projet pour la France un mois plus tôt, était le bon", écrit le président de la Polynésie à la candidate, désormais officielle, du parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007. Dans un long courrier commençant par "Chère Ségolène", Oscar Temaru rappelle à Mme Royal ce qu'il attend d'elle.

Le premier point abordé par le président est celui de la démocratie. Faisant référence au "Taui" (changement) qui l'a porté au pouvoir, Oscar Temaru encourage Ségolène Royal dans la réalisation de son propre Taui: "Tes désirs de rénover le débat politique, d'être à l'écoute des citoyens les plus fragiles, de répondre aux questions de l'éducation et de l'École, de réformer sans briser, de promouvoir l'ordre et la justice, de repenser la performance économique et la sécurisation du travail et de faire participer les citoyens à la gestion publique, tous ces désirs d'avenir sont de nature à réconcilier les Français avec l'action politique."

Oscar Temaru explique aussi que le Taui polynésien a besoin du soutien d'un État français rénové.
Tout d'abord pour tourner définitivement la page sur "ce système corrompu, dénoncé par les différents rapports de la juridiction financière de la Chambre Territoriale des Comptes, (qui) a perduré pendant de trop nombreuses années grâce à la complaisance de fonctionnaires d'un État encore marqué par le colonialisme, aux ordres des plus hauts responsables politiques de la France."


"S'il est établi que l'État français a failli..."

Le président veut aussi "que les douloureux contentieux de l'ère coloniale et néocoloniale soient définitivement apurés, que les Polynésiens de toutes origines puissent se réapproprier leur Histoire, se familiariser avec leur mémoire commune et connaître enfin, en toute transparence, les conséquences des essais nucléaires sur leur santé et sur leur environnement !

"Pour cela nous demandons de faciliter la tâche des chercheurs en ouvrant toutes les archives de la Nation, tout particulièrement, celles qui concernent l'épisode de l'incarcération et du bannissement de Pouvanaa a Oopa et celles qui concernent les expérimentations nucléaires dont nos îles ont été le théâtre" précise Oscar Temaru. "S'il est établi que l'État français a failli à sa mission de respect des Droits de l'Homme, dans l'un comme dans l'autre cas, je demande solennellement au nom du Pays une juste réparation."


"Le peuple polynésien existe"

Reconnaissant aussi ce que la Polynésie doit à la France, "tout à la fois la pire des injustices par le fait colonial et la plus belle des espérances par les idées d'émancipation", Oscar Temaru attend aussi de celle qui est à ses yeux la future présidente de la République française, la reconnaissance que "le peuple polynésien existe".

"Nous sommes les héritiers d'une grande civilisation de l'Océan, éparpillée sur l'ensemble du bassin Pacifique. Dans l'immense triangle géographique dont la Nouvelle-Zélande, l'île de Pâques et les îles Hawaii constituent les extrémités, une même langue nous rapproche, une même culture nous lie.
Parce que notre Pays fut le centre de dissémination de la culture maohi, par-delà les obstacles des entités étatiques héritées de l'ère coloniale, il est capital que nous puissions rétablir les communications avec les nations grandes et petites de la zone, sans complexe et sans arrogance.

C'est pourquoi, nous nous attachons malgré le contexte économique mondial, à ce que les rapports avec nos voisins reposent désormais sur les valeurs d'échange et de partage qui ont fondé les sociétés du grand Océan, en recherchant la coopération et la complémentarité, plutôt que la concurrence et la compétition."


"Nouer de nouveaux liens librement consentis "

Le président polynésien revient aussi sur "le combat de plusieurs générations de Polynésiens pour reconquérir le pouvoir local". Depuis "la loi cadre du 23 juin 1956, dite loi Deferre, (qui) répondait beaucoup mieux au désir d'autonomie et d'émancipation des Polynésiens..." jusqu'au statut de 2004 "qui prétendait donner davantage d'autonomie aux Polynésiens (et) fut imposé, sans concertation, au profit du pouvoir d'un seul homme".

C'est pourquoi Oscar Temaru souhaite un nouveau statut qui soit le résultat d'un "large débat démocratique (qui) devra se nourrir des apports des uns et des autres pour aboutir à une lecture partagée de l'Histoire et du devenir institutionnel, économique, social et culturel de notre Pays. C'est ce que j'ai appelé les 'accords de Tahiti Nui'. Une fois signés au plan local, ces accords serviront de base aux négociations qui s'ouvriront avec l'État en vue d'un véritable partenariat sur le court, moyen et long terme pour nouer de nouveaux liens librement consentis entre la France et la Polynésie."


Éducation et référendum

Enfin, après avoir exposé son souci de faire émerger en Polynésie "un système éducatif original, fondé sur le désir d'école des parents, le désir d'apprendre des enfants et le désir de former des maîtres qui prendra en compte notre immersion dans le contexte régional anglophone", Oscar Temaru expose à Ségolène Royal la nécessité, à ses yeux, d'organiser un référendum sur la question de l'indépendance :

"Tu connais, chère Ségolène, la volonté des Polynésiens de se prononcer sur la question de la pleine souveraineté, en toute connaissance de cause, le moment venu, sans oublier le chemin que nous avons parcouru ensemble pendant près de deux siècles.

Ainsi, tout en faisant revivre notre Histoire et nos traditions, nous souhaitons rompre avec la soumission à un seul modèle de société qui conduit au repli sur soi.

Au contraire, nous voulons créer un modèle économique et social original, qui emprunte ce qu'il y a de mieux chez nos partenaires proches ou lointains, pour que notre Pays devienne un exemple de démocratie au service des Polynésiens qui ont trop longtemps été privés du droit de choisir, en conscience, leur avenir."

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