Les formations politiques prennent position sur l’avenir du syndicalisme

Publié le par P. M. - L'Humanité

Le monde politique se penche sur l’utilité de revitaliser la démocratie sociale.

Le projet de loi sur le dialogue social, qui oblige à consulter les partenaires sociaux avant toute réforme concernant le droit du travail, sera soumis au débat des députés le 4 décembre. « Dans la mesure où le législateur envisage de moderniser les conditions du dialogue social en donnant plus de place à la négociation collective interprofessionnelle, la question de la validité des accords comme celle de la légitimité des acteurs peuvent, en effet, se poser de façon plus pressante », suggère Jean Gautier, un des rapporteurs de l’avis du Conseil économique et social. La CGT, la CFDT et l’UNSA souhaiteraient une intégration immédiate de changements plus profonds. Mais d’autres freinent des quatre fers, arguant qu’une évaluation de la réforme Fillon du dialogue social du 4 mai 2004 est prévue pour la fin 2007.

Quoi qu’il en soit, les partis politiques se saisissent aujourd’hui des questions liées à la démocratie sociale. L’ampleur de la crise sociale provoquée par le passage en force du gouvernement sur le contrat première embauche a relancé le débat. Tout le paradoxe de la situation française est apparu en pleine lumière : lanterne rouge pour le nombre de salariés adhérents, les syndicats sont capables de contribuer à mettre dans la rue des millions de mécontents. Les crispations arrivent le plus souvent quand le dialogue est en panne. Le monde politique prend conscience qu’il est nécessaire de le revitaliser, mais tous les partis n’y mettent pas la même finalité.

« Le problème de la France n’est pas d’avoir des syndicats trop puissants mais pas assez puissants », martelait Nicolas Sarkozy, président de l’UMP lors de l’université d’été du MEDEF à la fin d’août. Dans son discours « Pour une France plus juste », il livrait en mars dernier son souhait de « syndicats plus responsables », le moyen, selon lui, de « sortir d’une culture de la grève ». Nicolas Sarkozy conditionne une « rénovation du dialogue social » à la promotion d’une culture syndicale policée et consensuelle, qui assume d’« endosser » les réformes. Sur ce point, la droite est unie. Jacques Chirac, lors d’un discours au Conseil économique et social le 10 octobre dernier, appelait les syndicats à « se libérer d’une ancienne tradition protestataire qui débouche trop souvent sur l’affrontement et, au bout du compte, sur le conservatisme ».

Ségolène Royal, qui ne cesse de répéter vouloir « un syndicalisme de masse », est aussi fortement tentée d’instaurer une séparation entre ce qui relève de la négociation et ce qui tient du rapport des forces, divorce souvent pratiqué par la CFDT qui n’hésite pas à « négocier à froid », mais que refuse absolument la CGT pour qui en général l’un ne va pas sans l’autre. Le « modèle nordique » sert de référence. En Suède, 80 % des salariés sont syndiqués, moins par conviction que par pragmatisme car, pour bénéficier des mesures d’un accord, en principe il faut être adhérent du syndicat qui l’a ratifié. En France, seule la CFE-CGC ose prôner ce type de syndicalisme qui contredit la culture de liberté d’engagement inscrite dans la Constitution. La candidate socialiste fait en tout cas du syndicalisme un des débats ouverts sur son blog. Sur France Inter, le 13 novembre, elle affirmait que « lorsque le taux de syndicalisation est bas, les syndicats sont repliés sur une forme de marginalité contestataire », propos qui ont immédiatement attiré les foudres de son propre camp. Un certain nombre de syndicalistes de diverses organisations syndicales, engagés aux côtés de Laurent Fabius, ont jugé dans un communiqué que « l’augmentation du taux de syndicalisation des salariés français ne peut résulter de la seule invocation du "syndicalisme de masse", et encore moins d’une "syndicalisation obligatoire" ».

Peu à peu, l’ensemble des forces de gauche adoptent l’idée de fonder la représentativité syndicale sur le vote et d’aller vers l’instauration des accords majoritaires. Le Parti socialiste, timidement : « L’accord majoritaire, oui, mais lequel ? Majorité réelle ou d’opposition ? » s’interrogeait François Hollande lors d’un débat avec les syndicats, fin septembre. Le camp des antilibéraux, plus franchement : le PCF, la LCR ou encore les collectifs antilibéraux préconisent même d’aller plus loin en accordant « des nouveaux droits d’intervention » aux salariés dans les entreprises, notamment pour tout ce qui touche aux décisions stratégiques des entreprises.

Publié dans Divers

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