Ségolène Royal revendique "la crédibilité" sur l'écologie

Publié le par Isabelle Mandraud - Le Monde.fr

Arrivé devant le bureau de Ségolène Royal à l'Assemblée nationale, mardi 12 décembre, Nicolas Hulot a pris un petit air contrarié devant le nombre de journalistes qui l'attendaient au bas de l'immeuble. "C'est une séance de travail qui avait vocation à se faire dans la discrétion. C'est un peu raté... Je suis surpris de vous voir...", a-t-il déclaré. A la sortie, après un entretien d'une heure avec la candidate socialiste à l'élection présidentielle, l'animateur de télévision ne s'est pas montré plus bavard : "Je repars avec un certain nombre de propositions et de points qui méritent d'être retravaillés." Mme Royal s'est engagée à signer le Pacte écologique que M. Hulot présente à tous les candidats et prochainement à Nicolas Sarkozy. Mais, se présentant seule devant la presse, elle a souhaité aller plus loin en apportant des "compléments".

DIVERGENCE

"Je revendique la crédibilité en matière d'environnement", a souligné d'emblée la candidate en excipant de son expérience de ministre de l'environnement en 1992-1993 et des décisions prises dans sa région, "exemplaire", de Poitou-Charentes. "Pas hostile" à la création d'un poste de vice-premier ministre chargé du développement durable, qui figure en tête des priorités du pacte de M. Hulot, Mme Royal estime cependant qu'"il ne faut pas tomber dans la démagogie". "S'il y en a un pour l'environnement, alors il y aura un vice-premier ministre chargé de l'emploi et du social", a-t-elle affirmé. La création d'une taxe sur les émissions de dioxyde de carbone est apparue en revanche comme une source de divergence avec l'animateur. Sur ce point, Mme Royal prône plutôt une fiscalité incitative, "encourageante" et non "punitive". "Je ne suis pas d'accord pour augmenter systématiquement les impôts sur les énergies fossiles parce que les gens souvent n'ont pas le choix, a-t-elle expliqué. Je pense qu'au contraire on peut baisser les impôts, baisser par exemple la TVA sur toutes les énergies renouvelables, l'énergie solaire, les matériaux économes en énergie, les voitures propres, le transport collectif, les travaux d'isolation."

La candidate socialiste, qui a déjà promis de faire de la France le pays de l'"excellence environnementale", a pris l'engagement nouveau, si elle était élue, d'imposer, pour tous les permis de construire, l'obligation d'intégrer des installations d'énergies renouvelables (énergie solaire, filière bois, eco-matériaux...). "Je le dis maintenant au secteur du BTP pour qu'il anticipe, a-t-elle souligné. Ce n'est pas possible qu'il n'y ait aucune entreprise de fabrication de panneaux solaires en France. Nous importons tout, y compris les éoliennes !" Autre promesse, celle de créer un plan national de grands travaux sur l'isolation des bâtiments anciens, source de "40 % d'énergie gaspillée". Ces deux chantiers permettraient, selon Mme Royal, de créer chacun 450 000 emplois. Au plan européen, après avoir redit son intention de réorienter la politique agricole commune, notamment en faveur de l'agriculture biologique, Mme Royal s'est prononcée pour la création d'une "communauté européenne des énergies et des énergies renouvelables", sur le modèle de l'ex-CECA consacrée au charbon.

En avançant ces propositions, Mme Royal compte bien ne pas laisser ce terrain à la droite et à Jacques Chirac, qui a reçu la veille M. Hulot, et dont elle a fustigé la "contradiction choquante" entre les "beaux discours et la réalité". Les Verts ne sont pas mieux lotis : "Ils ne m'ont pas demandé mon avis sur l'environnement", a tranché Mme Royal.

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