Candidatures à la présidentielle au Sénégal : Pourquoi les femmes sont aux abonnés absents

Publié le par Nettali - Journal du Sénégal

L’élection présidentielle, qui est prévue le dimanche 25 février prochain, risque, une fois de plus, d’être une affaire d’hommes, si l’on sait qu’à moins de trois mois de cette échéance, aucune candidature féminine n’a encore été enregistrée. Qu’est-ce qui explique cet état de fait ? Des femmes responsables politiques et le journaliste-politologue Babacar Justin Ndiaye tentent d’apporter une réponse à la question. Source : Le Populaire

En 2000, Marième Wane Ly du Parti pour la renaissance africaine (Parena) avait créé la sensation, en présentant sa candidature à la présidentielle. Elle s’était finalement retirée, sous le prétexte qu’elle redoutait des fraudes massives. Aussi, beaucoup d’observateurs de la scène politique croyaient que Mme Ly allait récidiver en 2007. Mais cette dernière ne sera pas sur la ligne de départ, sa formation politique ayant décidé de soutenir la candidature du Secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (Pds), le Président Wade. C’est dire que les femmes risquent, encore une fois, d’être les grandes absentes de ces dites joutes, dans la mesure où aucune candidature féminine n’a été pour le moment enregistrée. Pourquoi les femmes hésitent-elles à se jeter à l’eau ? Cet état de fait est-il dû à un manque d’ambitions ou à un réalisme politique ? Répondant à ces interrogations, la présidente des femmes du Parti socialiste (Ps), Aminata Mbengue Ndiaye, indique : « J’ai toujours dit que les Sénégalais ne sont pas prêts à élire une femme. Mais cela ne veut pas dire que les femmes ne sont pas prêtes à briguer leurs suffrages. Il y a suffisamment de femmes d’expérience pour diriger ce pays. Je suis sûre qu’on y arrivera dans un proche avenir. Pour le moment, nous sommes en train de nous battre pour d’autres combats, en faisant notamment un vaste plaidoyer sur la parité ». Même son de cloche du côté de Haoua Dia Thiam du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (And-Jëf/Pads). La députée « folliste » estime en effet que « les femmes ne manquent pas d’ambitions. Quand on fait de la politique, c’est parce qu’on a des ambitions. Nous assistons à une recomposition politique. La question de leadership n’est plus à prouver. Il faudrait que les femmes pensent à être candidates. Ce serait une bonne chose ». Toutefois, elle pense que le manque de moyens et le fait que les principaux chefs de parti sont des hommes pourraient expliquer l’hésitation des femmes à se présenter à l’élection présidentielle.

« Pourtant, le syndrome Ségolène Royal devrait normalement opérer » Hélène Tine de l’Alliance des forces de progrès (Afp) abonde dans le même sens : « Nous ne manquons pas d’ambitions et nous sommes représentatives. Je pense également que nous sommes en mesure de convaincre l’électorat. Il y a des femmes d’envergure qui peuvent avoir pour le Sénégal un bon projet. Il se pose tout simplement un problème de moyens. Les élections demandent beaucoup de moyens ». Le journaliste-politologue Babacar Justin Ndiaye souligne pour sa part que « les femmes ne manquent pas d’ambitions. Elles sont favorisées par les combats menés autour du genre et de la parité. Bref, elles ont le vent en poupe ». Mais, tempère-t-il, « la politique, c’est la guerre. Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Et cet argent est entre les mains des hommes qui sont les principaux chefs de parti ». M. Ndiaye poursuit son propos en indiquant : « Pourtant, le syndrome Ségolène Royal devrait normalement opérer dans un pays aussi mentalement et historiquement lié à la France que le Sénégal. On a une femme, en l’occurrence Me Aïssata Tall Sall, qui est de la même obédience socialiste et présentant quelques traits physiques communs avec la candidate du Ps en Hexagone. Cela dit, il y a incontestablement depuis l’Alternance une certaine poussée des femmes dans les hautes sphères de l’Etat et des partis. Mais, la parité et le genre n’étant pas synonymes de capacités financières, les candidatures féminines à la présidentielle sont encore loin devant nous, parce que justement hypothéquées par l’équation budgétaire ». Selon lui, « c’est dû moins au réalisme politique qu’aux problèmes de trésorerie que posent les coûteuses batailles électorales. Chez les hommes, il a fallu parfois détourner les deniers publics pour se constituer un trésor de guerre. Et puisqu’en matière de détournements, les hommes sont plus champions que les femmes, il va sans dire que sur la ligne de départ des candidatures, les hommes sont forcément plus nombreux ».

Publié dans Divers

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