Les jeunes s'intéressent à la politique mais condamnent sa représentation

Publié le par IPSOS.com

L'enquête Ipsos-Graine de citoyens réalisée auprès des 18-24 ans montre à quel point les jeunes sont éloignés des schémas politiques traditionnels. Ils se déclarent majoritairement proches "d'aucun parti", ont une mauvaise image des responsables politiques, qu'ils considèrent comme peu représentatifs de la société actuelle, et sourds à leurs préoccupations. La majorité déclare pourtant s'intéresser à la politique, et presque tous disent qu'ils iront voter.

Le sondage

Les principaux enseignements de l’enquête

Les jeunes ont une piètre image des hommes politiques et ont le sentiment de ne pas être suffisamment écoutés par ces derniers

79% des jeunes âgés de 18 à 25 ans ont une mauvaise image des hommes et femmes politiques, contre seulement 21% qui en ont une bonne image. Ce sentiment est partagé par l’ensemble des jeunes, quel que soit leur sexe, leur âge, leur niveau d’étude ou leur origine sociale. Ce déficit d’image s’accompagne d’un manque de légitimité. En effet, les jeunes se révèlent également très critiques à l’égard du système représentatif actuel et considèrent largement (79%) que « les personnes qui sont élues pour représenter les Français ne sont pas à l’image de la société actuelle ».

Jugés peu représentatifs de la société, les hommes et femmes politiques sont également massivement perçus (87%) par les 18-25 ans comme sourds à leurs préoccupations. Un jeune sur trois (32%) l’affirme avec certitude. Le sentiment d’être tenu à l’écart du débat occasionné par l’élection présidentielle est également très prégnant au sein de la jeune génération. Ainsi, les trois quarts d’entre eux (73%) estiment que la place accordée aux jeunes dans les programmes et prises de position des candidats potentiels n’est « pas assez importante », contre seulement 26% qui la jugent suffisante ou trop importante. Dans ce contexte et parmi les personnalités potentiellement candidates à l’élection présidentielle, les personnalités politiques qui leur semblent les plus à même de répondre à leurs préoccupations sont Ségolène Royal (56%) et dans une moindre mesure Nicolas Sarkozy (44%) mais on soulignera que dans cette enquête, les jeunes se sont déclarés plus à gauche qu’à droite. Dès lors, il est logique que la candidate socialiste arrive devant le leader de l’UMP, qui fait le plein auprès des jeunes proches de la droite (81%). En dehors de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, Olivier Besancenot apparaît comme la personnalité la plus à l’écoute de leurs préoccupations (34%).

Un intérêt modéré pour la politique et un scepticisme sur l’impact réel de la future élection présidentielle

Une petite majorité de jeunes dit s’intéresser à la politique (57%), mais sans grand enthousiasme : seuls 16% s’y intéressent « tout à fait ». A l’inverse, 43% des 18-25 ans avouent ne pas s’y intéresser, dont 9% « pas du tout ». Notons que l’intérêt pour la politique croît avec l’âge (seuls 50% des 18-20 ans sont intéressés par ce sujet contre 62% des 24-25 ans) et le niveau d’études (41% des jeunes ayant atteint un niveau d’étude d’enseignement technique ou professionnel, contre 73% de ceux qui ont un diplôme universitaire de 2e ou 3e cycle)./p>

Certes, les jeunes sont largement dépassionnés à l’égard de la politique mais ils ne s’en sont néanmoins pas détachés de manière absolue, et s’ils se montrent critiques à l’égard du système, ils ne le rejettent pas en bloc. Ainsi, même si près d’un jeune sur deux ne se dit proche d’aucun parti (42%), une grande majorité d’entre eux (79%) estime que « les partis politiques sont indispensables dans une démocratie », dont 26% qui sont « tout à fait d’accord » avec cette assertion. Là encore, cette opinion est plus affirmée auprès des plus âgés et des plus diplômés mais s’avère majoritairement admise par toutes les catégories de jeunes.

Par ailleurs, 75% des jeunes inscrits sur les listes électorales ou ayant l’intention de s’inscrire d’ici le 31 décembre affirment être tout à fait certains d’aller voter à l’élection présidentielle de 2007. Il faut toutefois prendre ses chiffres avec prudence dans la mesure où il ne s’agit que de déclarations d’intentions. Lors des élections passées, les jeunes ne se sont pas déplacés massivement dans les urnes. Ainsi, le 21 avril 2002, la participation officielle était de 73% mais seuls 63% des 18-24 ans déclaraient être allés voter>

S’ils expriment, au moins dans leur discours, leur ferme intention d’aller voter, ils demeurent néanmoins assez sceptiques sur l’impact réel de l’élection présidentielle. Ainsi, ils sont très largement convaincus qu’aujourd’hui, « les responsables économiques ont plus de pouvoir que les responsables politiques dans notre société » (75% dont 21% qui sont « tout à fait d’accord ») et sont très partagés sur la question de savoir si le résultat de l’élection changera réellement quelque chose : 50% estiment que « le résultat de l’élection sera déterminant pour l’avenir et selon la personne qui sera élue, les choses n’évolueront pas de la même manière en France », mais 50% pensent à l’inverse que « quel que soit le résultat de l’élection, les choses ne changeront pas vraiment en France ».

Quoi qu’il en soit, le souvenir du 21 avril est peut-être encore dans les esprits et ils semblent se méfier du Front national. Ainsi, une grande majorité de jeunes estime que le Front national représente un danger pour la démocratie (72%), mais une minorité non négligeable considère toutefois que ce n’est pas un danger (28%). Les hommes (34% contre 21% des femmes), les ouvriers (36%) et les jeunes dont le niveau d’étude est l’enseignement professionnel ou technique (33%) sont plus nombreux à affirmer que le FN ne représente pas un danger pour la démocratie.

Un président au profil « atypique » ne serait pas sans susciter une certaine gêne chez les jeunes

Interrogés sur le profil du prochain président de la République, les jeunes se montrent assez réservés sur certaines caractéristiques. Ainsi, ils seraient massivement gênés (80%) que le futur président n’ait pas d’expérience gouvernementale, ce qui tend à montrer que les jeunes s’inscrivent dans un schéma de carrière classique dans leur manière d’appréhender la fonction présidentielle. En revanche, ils ne seraient majoritairement (62%) « pas du tout » gênés si le président n’était pas désigné par un parti politique. Concernant des caractéristiques plus personnelles, si le fait d’être une femme ne suscite plus guère de gêne (14%), le fait que le président soit juif (29%), homosexuel (30%), d’origine immigrée (44%) susciterait les réticences d’une minorité non négligeable de jeunes, voire d’une majorité s’il était musulman (51%).

Quel que soit son profil, le prochain président devra, du point de vue des jeunes, s’atteler en priorité à lutter contre le chômage (45%) et à augmenter le niveau de vie (36%), ce en quoi ils se distinguent peu du reste de la population. La sécurité des biens et des personnes (19%) ne leur apparaît pas comme un domaine prioritaire (alors qu’il s’agit traditionnellement de la principale préoccupation des Français avec le chômage), du moins pas autant que la défense de l’environnement (31%), la lutte contre la précarité (28%) ou l’avenir des retraites (22%).

Interview de Chrystelle Craplet par Constance Baudry pour Le Monde.fr

Publié dans Divers

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