Pervenche Berès : "Il faut coordonner les choix économiques de la zone euro"

Publié le par Philippe Ricard - Le Monde.fr

Vous êtes proche de Laurent Fabius, que pensez-vous des débats sur la Banque centrale européenne (BCE) et "l'euro fort" à l'aube de la campagne présidentielle en France ?
Il faut parler de ces sujets. La question du fonctionnement de l'union économique a joué un rôle dans le vote contre la Constitution en France. Au moment du traité de Maastricht, si je me rappelle les affiches du Parti socialiste, on a vendu l'union économique et monétaire aux Français selon le thème : "L'euro pour une Europe forte", et "l'euro pour une Europe de croissance et d'emploi". Or, la situation de la zone n'est pas optimale.

L'hypothèse d'une réforme du mandat de la BCE, telle que demandée par Ségolène Royal ou Dominique de Villepin, est-elle réaliste dans l'Union à Vingt-Cinq ?
La question n'est pas là. Il faut surtout coordonner nos politiques économiques et tenter de progresser sur les terrains sociaux et fiscaux. Il s'agit d'avoir un interlocuteur politique en situation de parler fortement face à la BCE, qui est seule habilitée à fixer les taux d'intérêt. Le président de la Banque centrale, Jean-Claude Trichet, dit ce qu'il dit, car il est seul.

Si en face nous avions un Jean-Claude Juncker (président de l'Eurogroupe) doté d'un vrai mandat pour discuter avec lui, ce serait différent. C'est ce qui se passe aux Etats-Unis entre le président de la Réserve fédérale, qui est l'organisme le plus indépendant qui soit, et le gouvernement.


Faut-il s'inquiéter de l'euro fort ?

Il est important de disposer d'une certaine stabilité et d'un équilibre entre les devises. Quand les responsables d'EADS envisagent, au nom de l'euro fort, de délocaliser leur production en zone dollar, il y a un problème. Il ne faudrait pas cependant que l'euro fort cache l'absence de capacité du gouvernement actuel d'optimiser la croissance en France.

Au niveau européen, je m'inquiète par ailleurs de ce que nous ne soyons pas capables de répondre de façon concertée à cette situation. La récente tentative en ce sens de Thierry Breton a échoué. Le traité n'est pas suffisamment utilisé dans ce domaine : c'est à la BCE, mais aussi au conseil, d'exercer leur responsabilité.


Faut-il institutionnaliser l'Eurogroupe, comme le suggère Joaquin Almunia, commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, afin d'améliorer la gouvernance de la zone ? En dépit de l'ambiance de club au sein de l'Eurogroupe, il n'a pas encore atteint un degré très élevé de complicité et de jeu collectif. L'actualité récente plaide pourtant pour davantage de coordination, en particulier à propos des divergences croissantes au sein de la zone. MM. Trichet et Juncker en parlent sans dramatiser la situation, mais il s'agit d'une préoccupation grandissante.
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où chaque Etat membre subit ces divergences. Les réponses que les uns et les autres apportent ne sont absolument pas concertées. L'Allemagne décide sans concertation d'augmenter de trois points la TVA, alors que cela risque d'avoir un impact majeur sur la croissance de ses voisins.

La présidence stable de l'Eurogroupe n'a donc pas suffi ?
La réalité est que nous nous trouvons à un moment de transition. M. Juncker a fait son premier mandat de deux ans sur le thème de la réforme du pacte. Cela a permis au pacte de trouver un second souffle, même si l'on peut penser que celui-ci, même révisé, n'est pas un outil suffisant pour optimiser la gouvernance de la zone euro.
Il faut donner un vrai mandat à M. Juncker après sa réélection, afin qu'il puisse être dans la situation de Jacques Delors au moment de la mise en place du marché intérieur. A l'époque, le président de la commission était l'intermédiaire entre les Etats membres, en particulier la France et l'Allemagne.

Publié dans Divers

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