Jouer avec les mots

Publié le par Georges Benne - Temoignages.re

La grande habileté des politiciens, cela est bien connu, c’est de jouer avec les mots, qui perdent ainsi à l’usage, et au fil du temps, le sens qu’ils avaient à l’origine. Adolescent, j’avais des querelles incessantes avec des camarades de lycée, justement autour d’un mot dont ils ne partageaient pas avec moi le même sens. Par exemple ‘‘travailleurs’’, que j’employais, selon eux, de façon restrictive. Car à leurs yeux, tout le monde était des travailleurs, y compris les gros propriétaires, et même celles et ceux qui vivaient uniquement de leurs rentes, lesquels ne pouvaient passer leur temps à ne rien faire. De la même façon, ils récusaient le terme ‘‘capitaliste’’ qu’ils trouvaient déplacé, voire exagéré, presque infâmant.

Les choses ont bien changé depuis. ‘‘Libéral’’, qui signifiait généreux, le cœur sur la main, prêt à tout donner, à tout partager, a pris aujourd’hui un sens complètement opposé, et le libéralisme est devenu, en matière économique, politique et sociale, une doctrine dont chacun d’entre nous peut mesurer les effets à travers la situation intolérable faite à notre planète avec ses 5 milliards de pauvres sur ses 6 milliards d’habitants ! Justement, la ‘‘mondialisation’’ montre de plus en plus son vrai visage : elle n’est plus pour tout économiste averti que la ‘‘globalisation’’ capitaliste. Il y aurait bien d’autres mots encore comme ‘‘républicain’’ ou ‘‘démocrate’’ qui se trouvent totalement vidés de leur sens.

À la suite des précédentes campagnes pour l’élection à la présidence de la République française, que restera-t-il de tous ces discours aussi creux que ronflants ? Même si on s’évertue à décocher le mot le plus percutant, la formule qui fera mouche. Quand Ségolène Royal lance « démocratie participative », elle est aussitôt critiquée, à droite comme à gauche. Entre autres par Dominique de Villepin qui, tout en la brocardant, propose le plus sérieusement du monde « démocratie consultative » avec cette explication : que « l’on puisse, préalablement à une décision, engager les consultations qui éclairent ». Qu’elle vienne à parler de « jurys populaires », après les avoir jugés « d’un autre âge » parce que « cela » (le) « ramène » aux « comités de salut public », notre Premier ministre avance néanmoins sa grande idée : à la question “Faudra-t-il un jour envisager qu’un Conseil des ministres soit télévisé et que les Français puissent voir fonctionner en direct leur instance démocratique ?”, il répond tout de go : « J’y suis favorable ». Ce qui lui vaut une volée de bois vert de la part de son président, de la lointaine Chine où il était en voyage. Mais dans ce vaste concert, plus ou moins discordant, la palme ne revient-elle pas à Nicolas Sarkozy ? Car après la « force tranquille » qui a fait la fortune politique de François Mitterrand, le voilà qui innove avec sa « rupture tranquille » ! Quant aux forums organisés à l’imitation des débats télévisés des candidats socialistes qui, de l’avis unanime, ont connu un vif succès, ils traînent en longueur et d’ennui.

Publié dans Divers

Commenter cet article