Gaston Tong Sang élu président de la Polynésie française

Publié le par TahitiPresse.pf

Au deuxième tour de scrutin, Gaston Tong Sang a été élu président du pays par 31 voix contre 26 après un premier tour serré lui donnant 27 voix contre 26 à Oscar Temaru. Les quatre élus qui se sont abstenu au premier tour ont donc choisi le camp de la "plate-forme autonomiste".

Ambiance solennelle et tendue, ce matin à l'Assemblée, au vu de l'enjeu de l'ordre du jour: l'élection du président du Pays après la motion de censure qui a mis fin au gouvernement Temaru 2. Si le hall extérieur laissait passer les expressions parfois bruyantes des supporters de deux camps, les élus ont fait montre de réserve et de respect du processus en cours, chacun affichant jusqu'au bout sa "sérénité".

À noter d'ailleurs que quasiment tous les membres du gouvernement sortant étaient présents, soit dans l'hémicycle, pour ceux qui avaient été élus sur la liste de l'UPLD, soit dans les travées réservées au public.
Après les rappels d'usage du président Philip Schyle expliquant les textes régissant la réglementation du vote, les deux candidats en lice, Oscar Temaru et Gaston Tong Sang, ont eu la parole pour présenter leur programme de gouvernement. Le tirage au sort ayant désigné Oscar Temaru, le président sortant a pris la parole en premier.

Oscar Temaru: "Parodie de démocratie"

C'est concentré qu'Oscar Temaru est monté à la tribune, pour une intervention qui aurait pu durer une heure et demie, mais qu'il a volontairement abrégée, s'exprimant d'ailleurs en majeure partie en tahitien.

Savait-il les jeux faits? Toujours est-il que le président sortant n'a pas hésité à parler de "mascarade" et de "parodie de démocratie" à propos de ce scrutin et a anticipé sur une éventuelle défaite: "Ce n'est qu'une bataille, la guerre n'est pas finie !".
Oscar Temaru a également voulu rappeler les "barrages téléguidés" et toutes les interventions organisées pour déstabiliser son gouvernement dont, pour lui, le vote de censure n'a été que le dernier épisode constituant "un attentat contre la démocratie".
Revenant sur les principales raisons de cette motion de censure, et notamment ses déclarations sur l'indépendance "que certains s'emploient à diaboliser", ce sont "des prétextes" a-t-il répété.

"La Polynésie aux Polynésiens, qu'est-ce qu'il ya de mal à ça ?", s'est-il exclamé en rappelant qu'il ne faisait que "souhaiter que les dispositions de la Constitution puissent un jour s'appliquer à notre Pays". Aux critiques qui ont été faites à son gouvernement de ne pas avoir engagé de dialogue constructif avec l'Etat: "C'est de l'Etat UMP que nous ne voulons plus", a répondu le chef de l'ancienne majorité UPLD.

Soutien à Ségolène Royal

Oscar Temaru s'est aussi exprimé en tant que leader du Tavini Huiraatira pour annoncer que "pour la première fois de notre histoire", il appellerait à soutenir un candidat, en l'occurrence Ségolène Royal, aux présidentielles car "il y a encore beaucoup de travail à faire pour la démocratie en France". Se disant "de gauche", il a rappelé les accords de Matignon et de Nouméa, résultat de l'effort des socialistes au profit de la Nouvelle Calédonie, exprimant qu'il y avait "un long chemin à faire avec la France, mais une France plus juste, plus généreuse et plus démocratique".
Son discours officiel, dont il n'a effleuré dans les faits que certains thèmes – présumant sans doute que le résultat du vote n'en dépendait pas – dresse un bilan de l'action de son gouvernement en matière d'économie et d'emplois, de justice sociale, présentant des chiffres qui, selon lui, contredisent "la faillite annoncée pour justifier la censure du gouvernement qui veille à maintenir l'activité économique pour remplir ses engagements en matière sociale auprès des plus démunis".

Gaston Tong Sang: "Majorité autonomiste"

Le candidat de la "plate-forme autonomiste" a d'emblée voulu répondre aux "habituels donneurs de leçons" et, reprenant l'expression d'"attentat contre la démocratie" pour caractériser la motion de censure, a voulu rappeler que "la démocratie, c'est avant tout le respect du suffrage populaire". Avec cette explication, faisant référence aux votes des 23 mai 2004 et 13 février 2005: "Les représentants, issus des partis autonomistes, portent la majorité absolue des voix des électeurs dans notre assemblée".
Il est ensuite revenu sur "la dérive de plus en plus importante du gouvernement qui vient d'être censuré (...) son obsession d'entraîner notre pays sur la voie de la rupture avec l'État et avec la France", pour justifier le rassemblement des autonomistes, "qui travaillaient jusqu'alors en ordre dispersé". Des autonomistes qui "ont jugé qu'il était temps de surmonter leurs divisions, les querelles de personnes, et de renouer le dialogue" afin de constituer une plate-forme "qui est un gage de stabilité pour l'avenir du pays".

Priorité à la modification du mode de scrutin

Néanmoins, constatant la situation de majorité délicate issue du vote populaire, le maire de Bora Bora est revenu sur "la modification du mode d'élection des représentants, étape préalable d'un retour devant les électeurs", rappelant qu'"Il nous appartient (...) de dégager le consensus nécessaire exigé par le gouvernement central pour que le Parlement soit saisi d'une demande de modification de notre loi électorale". Une "priorité" pour Gaston Tong Sang, priorité qui lui semble "de nature à pacifier les relations difficiles que nous avons connues au sein de notre assemblée" et qui lui apparaît également "être un gage de retour à la confiance des Polynésiens dans leur classe politique".
Il est s'est ensuite dit attaché à "des relations apaisées et de confiance avec l'Etat, partenaire naturel de notre développement (...) après les errances et les provocations de ces derniers mois " et a promis d'apporter "des réponses concrètes aux attentes légitimes des Polynésiens". A ce titre, le candidat de la plate-forme autonomiste a expliqué que "la question de la revalorisation du pouvoir d'achat de nos compatriotes, les plus vulnérables économiquement, doit être appréhendée de manière globale, et non pas de manière sectorielle", avant de développer son programme, expliquant que "le moteur de la prospérité pour tout un chacun, c'est d'abord le moteur du développement et de la croissance économiques".

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