Suisse: une femme au sommet

Publié le par Axel Gyldén - L'Express.fr

Nouvelle présidente de la Confédération helvétique depuis le 1er janvier 2007, la socialiste Micheline Calmy-Rey séduit par son inhabituelle liberté de ton


Il y a quelque chose de Ségolène Royal chez Micheline Calmy-Rey, 61 ans, socialiste genevoise, féministe tirée à quatre épingles et mère de deux enfants, devenue le 1er janvier le nouveau «chef de l'Etat» suisse. Pour un an seulement car, conformément à la règle de «la présidence tournante», ce pays change de président chaque année: le 1er janvier, l'un des sept ministres du Conseil fédéral (gouvernement collégial au sein duquel toutes les sensibilités et les principaux partis politiques sont représentés) occupe pour douze mois la fonction suprême.

Ministre des Affaires étrangères depuis 2003 - elle conserve son portefeuille pendant sa présidence - cette brunette piquante au parler vrai est devenue, selon les sondages, le membre du gouvernement le plus populaire du pays. Son principal succès est d'avoir transformé le thème quasi tabou de la politique étrangère en sujet d'intérêt national. «Autrefois, l'on considérait qu'un bon chef de la diplomatie était celui qui savait ne pas prendre position et se taire dans les quatre langues nationales. Eh bien, je ne partage pas cet avis!» proteste cette avocate de la «neutralité active». Selon elle, il revient à la Suisse d'utiliser sa position de pays neutre pour peser sur la prévention, la médiation et la résolution des conflits dans le monde. Cela suppose une certaine prise de risque qui n'effraie pas l'intéressée. L'été dernier, lors du conflit entre Israël et le Hezbollah, Micheline Calmy-Rey a ainsi été la première personnalité européenne à qualifier officiellement de «réaction disproportionnée» l'action des forces militaires israéliennes au Liban.

Bonne connaisseuse du Proche-Orient, la nouvelle présidente suisse y a d'ailleurs remporté un beau succès, fin 2005. C'est elle qui a permis l'accord entre les sociétés de secours permettant de faciliter la circulation des ambulances palestiniennes dans les territoires occupés, notamment aux checkpoints, ainsi que leur stationnement à Jérusalem-Est. «Ce rare succès diplomatique a montré que, au Proche-Orient, l'espoir est encore possible», se souvient-elle.

Active sur plusieurs fronts, y compris dans le conflit colombien, «Mme la Présidente» plaide également pour l'indépendance du Kosovo ou encore pour la candidature de la Suisse à un fauteuil de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais, surtout, Micheline Calmy-Rey souhaiterait changer l'image de son pays, qui passe souvent pour égoïste et replié sur lui-même. «Cette réputation ne correspond pas à la réalité, insiste-t-elle. La Suisse est très ouverte sur l'Europe. Les trois récents référendums victorieux sur des questions européennes en sont la preuve: adhésion à l'espace Schengen, libre circulation en Suisse des personnes issues des nouveaux pays membres et aide financière à ces derniers pays.» Le secret bancaire? «Si nous étions des profiteurs, nous ne prélèverions pas d'impôts sur l'épargne privée placée par les Européens en Suisse, afin d'en rétrocéder une partie à chaque pays d'origine.» L'exil de Johnny Hallyday à Gstaad? No comment.


Micheline Calmy-Rey le sait d'expérience: changer l'image de son pays est un travail de longue haleine. Lors d'une cérémonie officielle, en octobre dernier, à Pékin, son homologue chinois, un peu confus, la prend en aparté. Et lui demande, sur le ton de la boutade: «Mais, dites-moi, c'est la Suisse qui a piqué le logo de la Croix-Rouge pour en faire son drapeau, ou bien est-ce le contraire?»

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