La Chine, "nouvelle frontière" de la diplomatie Royal

Publié le par Laure Bretton - Reuters

A l'orée de l'année qui la verra peut-être accéder à l'Elysée, Ségolène Royal a habilement slalomé entre les écueils diplomatiques chinois lors d'une visite de quatre jours à haute teneur visuelle.

Grande muraille, Cité interdite : celle que la télévision publique CCTV a rebaptisé la "Rose de France" a sacrifié à tous les rites du néo-touriste en Chine, avant de partager une tasse de thé avec une famille locale triée sur le volet.

Son voyage, dans les pas de François Mitterrand, venu en Chine quelques mois avant son élection, lui a permis d'occuper l'espace médiatique alors qu'à 9.000 kilomètres, Jacques Chirac, féru de culture asiatique, bouclait les derniers voeux de son quinquennat.

"Chaque époque a besoin d'être réinventée. Les choses bougent très vite", a-t-elle répondu à un journaliste qui lui demandait si elle poursuivrait la politique du chef de l'Etat une fois au pouvoir.

La droite s'est emparée des images de la candidate socialiste, enveloppée dans un manteau blanc et se prêtant avec bonne grâce au jeu des photographes, pour dénoncer des "vacances" indignes de la fonction présidentielle.

Des critiques qu'elle a balayées d'un revers de la main au terme d'une "visite très réussie", selon ses mots. "Je crois que tout est bon pour faire de la polémique", a-t-elle estimé, démentant tout voyage "utilitariste" à des fins nationales.

Etre à l'étranger, "c'est une façon pour moi de travailler et d'être prête le moment venu si les Français font ce choix", a-t-elle néanmoins souligné.

Au total, de déjeuners en dîners et en entretiens formels, Ségolène Royal a enchaîné "plus de dix heures d'entretiens politiques de haut niveau", s'est justifié le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, membre de la délégation officielle.

"On a fait, et la dimension 'découverte du personnage', et les entretiens à un haut niveau", se félicite-t-on dans l'entourage de la candidate, dont c'était le deuxième voyage à l'étranger depuis son investiture, après le Proche-Orient.

AU-DELÀ DES FORMULES ?

Côté discours, la candidate a surtout parlé d'environnement dans la capitale du premier pays émetteur de gaz à effet de serre. Mille nouveaux véhicules circulent chaque jour dans les rues de Pékin.

Elle a également enjoint les Français à ne pas avoir "peur" du développement de la Chine, qui vient de boucler une quatrième année successive de croissance à deux chiffres.

"C'est une nouvelle frontière pour nous, la Chine, et nous devons regarder cette nouvelle frontière avec beaucoup d'esprit de conquête", a-t-elle lancé.

La candidate a cependant peiné à définir les moyens pour lutter contre les délocalisations - "qui ont été insuffisamment préparées" en France et en Europe - ou esquisser une alternative aux transferts de technologie.

Avec ses proches, notamment l'avocat Jean-Pierre Mignard, elle a tenté une "nouvelle méthode" sur les droits de l'homme, principale pomme de discorde entre Pékin et les pays occidentaux.

"Contrairement à ce qui a été dit, je ne mets pas de côté les droits humains", a-t-elle fait valoir après le dépôt de deux lettres réclamant des informations sur trois journalistes et deux avocats emprisonnés.

Elle a défendu cette "démarche opérationnelle et utile qui va au-delà des formules", évoquant tout au long de sa visite les "droits humains", dans lesquels elle englobe les droits de l'homme "au sens 1789 du terme" et les droits sociaux, environnementaux ou syndicaux sans faire de hiérarchie.

PROCHAIN "ECHELON", L'ELYSEE

Mardi matin, elle a appelé Pékin à ratifier "rapidement" le pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, un des engagements pris par Pékin en échange de son entrée dans l'OMC.

Elle a alterné rencontres avec la société civile et entretiens officiels - ce qui est devenu sa marque de fabrique à l'étranger - sans toutefois rencontrer le président Hu Jintao.

L'impétrante présidentielle n'a pas semblé s'offusquer de ne pas pouvoir rencontrer le numéro un chinois, qui avait offert ce privilège en 2004 à Nicolas Sarkozy, reçu à Pékin en tant ministre de l'Intérieur.

"Il faut garder un échelon pour la suite", a-t-elle commenté dans un sourire à quatre mois du premier tour.

Côté décorum, la visite avait tous les atours d'une visite présidentielle, limousine sombre et portions d'autoroute coupées pour faciliter la progression du cortège dans les rues embouteillées de Pékin.

Sur les terres de Lao-Tseu, elle a ponctué ses apparitions de maximes chinoises, créant même pour l'occasion un nouveau mot, la "bravitude", que l'on gagne en gravissant la Grande muraille.

Des proverbes sélectionnés dans un petit "livre bleu" - dictionnaire de locutions - ou distillés par les spécialistes de la Chine l'accompagnant. De la sagesse asiatique participative.

Publié dans Divers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article