Shinzo Abe en visite de reconnaissance à Paris

Publié le par ALAIN BARLUET - Le Figaro.fr

Le chef du gouvernement nippon achève sa première tournée européenne à Paris, où il doit rencontrer Jacques Chirac, mais aussi Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.


Après Londres, Berlin et Bruxelles, Shinzo Abe arrive cet après-midi à Paris pour une visite officielle de moins de vingt-quatre heures au cours de laquelle il s'entretiendra avec Jacques Chirac, aujourd'hui, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, demain. À moins de cent jours de la présidentielle, le chef du gouvernement nippon tenait à faire connaissance avec les deux principaux candidats qui, l'un et l'autre, ignorent tout, ou presque, du Japon. La première revient de Chine qu'elle a qualifié de « nouvelle frontière » pour l'économie française. Le second s'était illustré, naguère, en raillant le sumo et la prédilection de Jacques Chirac pour ce sport traditionnel japonais. « L'un ou l'autre représentera probablement la France au prochain G 8, en Allemagne, en juillet prochain, c'est mieux de s'être déjà rencontrés avant le sommet », avance-t-on, côté japonais, pour justifier ces entretiens.
 
À l'Élysée, où il dînera ce soir, Shinzo Abe aura, en revanche, un interlocuteur passionné qui n'ignore rien du Japon. À tel point d'ailleurs que les échéances à venir suscitent quelque appréhension, d'un côté comme de l'autre. « Le départ de Jacques Chirac sera une grande perte », glisse un diplomate nippon. Certes, les liens diplomatiques, qui remontent à 1858, sont placés sous le sceau de la continuité. Mais au Gaimusho, le Quai d'Orsay de Tokyo, on ne peut que se féliciter d'avoir « un ambassadeur à l'Élysée », comme le dit un diplomate nippon en faisant allusion à Maurice Gourdault-Montagne, conseiller diplomatique du chef de l'État et ex-représentant de la France dans l'Archipel (1998-2002). Un haut responsable français : « Le problème avec le Japon, c'est qu'il n'y a pas de problèmes... »
 
Shinzo Abe souhaite donner une nouvelle impulsion à ces relations réglées comme une montre à quartz. Pragmatique, il souhaite aussi que le renforcement du partenariat franco-japonais contribue à l'objectif principal qu'il s'est assigné : favoriser l'essor de Tokyo sur la scène internationale. Souvent décrit comme un « faucon conservateur », le premier chef du gouvernement nippon à n'avoir pas connu la Seconde Guerre mondiale (il est né en 1954) a surtout fait preuve de réalisme depuis son arrivée au pouvoir, en septembre dernier. Quelques jours plus tard, il s'envolait pour la Chine et la Corée du Sud afin de faire retomber la tension avec ces voisins. Pour apaiser leur ire, il s'est abstenu de visiter le sanctuaire de Yasukuni, haut lieu du nationalisme nippon. Après l'Asie, il a choisi l'Europe, plutôt que les États-Unis comme ses prédécesseurs. Ainsi que le soulignait mercredi le quotidien Asahi Shimbun, « il est naturel que le Japon tente de renforcer ses liens avec l'Europe (...) au moment où l'Administration américaine conduite par George W. Bush voit son leadership s'éroder avec la victoire des démocrates aux élections du mid-term et reste entravée par l'enlisement en Irak ».
 
Le nucléaire d'abord
 
Cette semaine, Shinzo Abe a répété son credo : compte tenu de son poids économique et politique, le Japon doit assumer davantage de responsabilités mondiales. Il le soulignera ce matin encore au siège de l'Otan, avec laquelle Tokyo veut coopérer plus étroitement.
 
Ces ambitions diplomatiques ne sont pas neuves. Mais M. Abe espère enfin les concrétiser dans un cadre multilatéral, insiste-t-il, en s'appuyant sur « les pays qui partagent les mêmes valeurs que le Japon ». La France se trouve en bonne place sur cet échiquier. Il compte notamment la sensibiliser à l'entêtant dossier nord-coréen, le nucléaire d'abord mais aussi les Japonais enlevés par Pyongyang (lire ci-dessous). Le Japon est en quête de soutien pour une résolution de l'ONU mentionnant ces enlèvements.

Publié dans Divers

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