Sur la personne, avantage Sarkozy, sur les orientations, avantage Royal

Publié le par Aurélie Seigne - palestine-solidarite.org


Pour le directeur de l'institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, les Français ont intégré les nouvelles contraintes de la politique étrangère.


On dit : on ne gagne pas une élection sur la politique étrangère, mais on peut la perdre sur cette question. Les orientations de politique étrangère des différents candidats peuvent-elles avoir une incidence sur le cours de l'élection ?

Il est vrai que la politique internationale n'est pas l’enjeu électoral primordial, mais demeure important, surtout sur une élection de cette nature, la politique étrangère relevant du "domaine réservé" du Président. Et d'autant plus que les Français restent majoritairement attachés à une politique d'affirmation de l'indépendance et de la puissance française. De plus, l'époque a changé. Les Français ont pris con cience des enjeux de la mondialisation, que ce soit en positif ou en négatif. L'imbrication des enjeux nationaux et internationaux a été pleinement assimilée par nos concitoyens. On l'a vu avec le voyage de Ségolène Royal au Proche-Orient : ses prises de position sur le nucléaire civil iranien ou le Hezbollah sont très suivies en France car ce sont des sujets sensibles au niveau national. Et la situation internationale avive les tensions. Je pense donc que les questions diplomatiques et internationales sont plus présentes aujourd'hui qu'elles ne pouvaient l'être lors de précédentes campagnes présidentielles.

L'aide au développement devant une politique étrangère indépendante… quelles conclusions tirez-vous des réponses des Français à ce que devrait être l'ambition prioritaire du prochain Président en matière de politique extérieure ?

Cela confirme la prise en compte de la mondialisation et de ses effets par les Français qui voient que le sous-développement de certains pays peut être un facteur d'instabilité. Ils font clairement le lien entre des enjeux économiques et des enjeux politiques. C'est une réponse de maturité, puisque les Français considèrent qu'il vaut mieux agir sur les causes que sur les effets. Peut-être l'aide au développ ment des pays pauvres devance-t-elle aussi d'autant plus facilement la question d'une politique étrangère indépe dante que les Français ont le sentiment que l'indépendance de la France n'est pas menacée.

Et comment interprétez-vous la demande d'affirmer la France comme moteur de l'Union européenne ?

C'est un retour à la tradition d'une France longtemps vue comme le moteur de l'Union européenne, qui a peut-être été cassée par le débat sur le traité constitutionnel. On a le sentiment que peuvent se réunir les partisans du "oui" et ceux du "non", c'est-à-dire à la fois ceux qui ont voté "oui" pour promouvoir une Europe politique qui aille de l'avant et ceux qui ont voté "non" par crainte d'une Europe qui rédu se à néant les États-nations. Or c'est une vision un peu nosta gique, car il est bien évident que la France ne peut plus être e pilote dans une Union à 27.

Quel bilan dressez-vous de la politique étrangère de Jacques Chirac ? Quelles seront les contraintes du futur président de la République ?

Les contraintes sont celles de tout chef de l'État. C'est-à-dire que les marges de manœuvre ne sont pas considérables – aucun Président, pas même celui des États-Unis, ne peut aujourd'hui définir sa politique étrangère sans tenir compte du reste du monde –, mais cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer à tout ambition en la matière pour autant. Les Français restent attachés à une France active et ambitieuse en matière de politique étrangère. À ce titre, si je devais résumer la politique de Jacques Chirac, ce serait à la fois l'opposition à la guerre en Irak, qui lui a valu une vague de sympathie pas seulement dans les pays arabes, mais à tr vers le monde entier, et a été assimilée à un certain courage de s'opposer ainsi à la politique américaine, et à l'opp sé, l'échec du référendum sur le traité constitutionnel.

Que penser de l'anti-américanisme de l'opinion française ?

L'attitude par rapport aux États-Unis est effectivement essentielle. Seuls 3% des Français souhaitent une politique très proche de celle menée aux Etats-Unis ; ils sont 10 fois plus à souhaiter une politique très éloignée. Et il est int ressant de noter que les jeunes, dont on pourrait penser qu'ils sont plus ouverts à la culture et au mode de vie américains, ont une proximité aux États-Unis moins grande que les plus de 65 ans. De même, moins le niveau de diplôme est élevé, plus cette proximité est grande.Dans cette élection, la nature de la relation aux États-Unis risque donc d'être déterminante.

Justement, n'y a-t-il pas un paradoxe à refuser une politique pro-américaine, mais à plébisciter un candidat proche des États-Unis ? Est-ce à dire que le voyage de Ségolène Royal au Proche-Orient a été un échec ?

Ce qui joue pour l'instant en la faveur de Nicolas Sarkozy, c'est sa stature ministérielle, en particulier sur des sujets régaliens qui lui confèrent une image crédible de chef d' tat. Cela se joue donc sur l'image Quant à Ségolène Royal, on ne peut changer son image en un seul voyage. Sur l'image internationale, Nicolas Sarkozy a donc une longueur d'ava ce. Reste à voir la capacité de Ségolène Royal à rattraper ce retard, notamment en portant une voix différente sur des sujets d'importance. Ce qu'elle a commencé à faire lors de son voyage au Proche-Orient. Je dirais donc sur la personne, avantage Sarkozy, sur les orientations, avantage Royal.

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS va publier aux éditions Armand Colin « Lettre ouverte au futur(e) Président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde ».

Publié dans Divers

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