L'absence de définition de la « classe moyenne » facilite les polémiques

Publié le par VÉRONIQUE LE BILLON - Les Echos.fr

S'il est facile de dire en France - au moins statistiquement - qui est pauvre, il est bien plus difficile de dire où commencent les hauts revenus, a fortiori la classe moyenne. Alors que le taux de pauvreté monétaire se définit comme la part des personnes ayant un niveau de vie inférieur à 50 % ou 60 % du revenu médian (qui partage la population en deux parts égales), le seuil à partir duquel une personne est réputée aisée ne répond à aucune convention. Au mieux, la position des plus riches est examinée en termes d'inégalité. Ainsi, l'un des indicateurs couramment observé rapporte les 10 % des ménages les plus riches aux 10 % les plus pauvres. Les premiers gagnent 3,2 fois plus que les seconds, un ratio en baisse (4,8 en 1970). Ces chiffres sont d'autant plus difficiles à décrypter que la notion de niveau de vie ne correspond pas au seul salaire, qui reste pourtant la référence lorsque les Français se comparent. Plus proche de la réalité vécue, le niveau de vie intègre tous les revenus fiscaux et corrige les situations en fonction de la composition des ménages.


Une notion fluctuante

Quant à la notion de classe moyenne, sa définition est plus sociologique que statistique. Dans le rapport annuel sur la société française qu'il vient de transmettre au Premier ministre, le Centre d'analyse stratégique rappelle, d'après une étude de 1999, que « près des deux tiers des Français se classent spontanément parmi les classes moyennes », elles-mêmes réparties, presque à parité, entre classes moyennes supérieures et classes moyennes inférieures. Au-delà, 6 % des personnes se rangent parmi les « privilégiés » et 4 % parmi les « aisés ». Cette absence de norme autour de concepts populaires entretient l'instrumentation politique des chiffres, comme le montre le débat actuel entre l'opposition et le gouvernement. A l'occasion de la réforme fiscale votée dans la loi de Finances 2006, le ministre délégué au Budget, Jean-François Copé, assurait ainsi que les trois-quarts de la baisse d'impôt bénéficiait aux « bas et moyens revenus ». Une catégorie qui rassemblait tout de même, selon ses simulations... 97 % des ménages ! Pour accéder au million de foyers fiscaux ayant les plus hauts revenus, et n'ayant donc plus le statut de classe moyenne, il faut déclarer un revenu fiscal de plus de 42.000 euros par personne, soit 3.500 euros de revenus nets mensuels pour un célibataire et le double pour un couple. Un chiffre qui montre, au passage, que la notion de classe moyenne est aussi fluctuante pour Jean-François Copé lui-même, puisqu'il estime aujourd'hui qu'un salarié gagnant 4.000 euros nets par mois se situe encore dans la classe moyenne...

Publié dans Divers

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