La querelle champêtre

Publié le par Nicolas Domenach - marianne2007.info

« Quelle revanche tout de même ». Nicolas Sarkozy pouvait à juste titre hier reprendre la phrase rituelle qui ponctue chacune de ses avancées vers son destin. Lui le pelé, le galeux, le traître de 1995, le banni par le Président de la République en personne qui voulait marcher dessus par ce que ça porte bonheur, le petit Satan a été plébiscité par le parti chiraquien et a prononcé un de ces grands discours comme Chirac n'en a jamais fait, qui fait pleurer, vibrer, et rêver ceux qui veulent bien y croire. Incontestablement, Sarkozy est prêt, affûté, il porte son discours qui n'est plus libéral ni communautariste mais républicain social de droite et qui n'est plus atlantiste mais chiraco-indépendantiste. Bref Sarkozy a changé et pas seulement de costume qu'il prend plus épaulé ni le ton de voix qu'il veut plus apaisé, plus rassurant car, comme on le sait, il fiche la trouille à plus de 50 % des Français. Ceux-ci discernent encore les oreilles et les dents du loup derrière le costume de père Grand.

Parmi ces signes de changement, il en est un qui a été peu relevé, c'est son affiche de campagne, ce qui est le cas de le dire. Le candidat de l'UMP s'est posé sur un fond de verdure particulièrement verdoyante et vallonnée avec quelques arbres et un ciel bleu traversé de nuages et d'oiseaux blancs du genre colombe de la paix évidemment. Il s'agit bien sûr pour Sarkozy de montrer qu'il n'est pas que le candidat des villes mais aussi des champs. Un présidentiable ne saurait être dans l'agitation urbaine, il est et il se doit d'être de France, ce vieux pays rural qui, s'il ne compte plus qu'une infime minorité de paysans a gardé la terre dans la tête et son cœur. Et l'enfant qui a toujours vécu à Paris puis à Neuilly veut montrer aussi face à l'élue de province, Ségolène Royal, qu'il est le candidat de tout l'hexagone et de tous les Français et que lui aussi plonge ses racines dans cette terre qu'il a labourée pendant des années et des années de militantisme. C'est la querelle champêtre.

 Celui qui tiendra la campagne gagnera la campagne. Mitterrand l'avait compris en 1981 après s'être trompé lourdement en 1965. En 1965, Mitterrand avait voulu faire le candidat d'avant-garde face à l'archaïque de Gaulle en s'affichant devant un paysage industrieux avec des cheminées d'usines qui fument et des poteaux électriques du genre le socialo-communisme c'est les soviets plus l'électricité. « Un Président jeune pour une France moderne », proclamait-il. Un slogan pour mettre en ballottage de Gaulle mais pas pour gagner. Pour l'emporter, il faudra attendre 1981 et la fameuse affiche de la « Force tranquille » où Mitterrand pose devant l'église d'un petit village de la Nièvre. « Ca fait un peu calotin », avait dit le futur Président, avant d'appuyer à fond Jacques Séguela qui avait conçu sa « pub ». Le PS lui trouvait l'ensemble beaucoup trop réac. France profonde. Cette affiche pour la droite permettra à la gauche de l'emporter. Et c'est bien elle que Sarkozy a en tête. Car Mitterrand est une de ses références rituelles, il connaît tout de ses méthodes de prise de pouvoir. Et notamment cette exigence première: ne pas être hors sol.

Il faut être de France même si on est aussi de droite. Surtout face à Ségolène Royal qui avait choisi justement de faire campagne à la campagne, le jour de l'intronisation parisienne de son grand rival. Ségolène à la ferme et « respirante » aura pris soin de soulever un agneau dans ses bras, dans un de ses gestes christiques qui lui sont quasi naturels. C'est sa culture, elle est d'éducation catholique poussée, alors que Sarkozy chahutait au catéchisme et s'est même fait virer d'une retraite. Peut-être est-ce pour ça qu'il n'a pas jugé utile dans une France déchristianisée de faire figurer une église sur son affiche.

Publié dans Divers

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