L'"avocat aux pieds nus", Chen Guangcheng, perd son dernier procès en appel

Publié le par Brice Pedroletti - Le Monde.fr

Chen Guangcheng, le militant des droits de l'homme condamné en août 2006 à quatre ans et trois mois de prison par les autorités du Shandong, pour avoir dénoncé leur politique de stérilisation forcée, a vu, vendredi 12 janvier, sa sentence reconfirmée pour la seconde fois après avoir épuisé toutes les voies d'appel.


Le juriste autodidacte, aveugle depuis l'enfance, est accusé de "destruction de propriété publique" et "d'organisation de malfaiteurs en vue de perturber la circulation". Selon ses avocats, la police avait organisé elle-même les faits qui lui sont reprochés. La décision finale du tribunal intermédiaire de la ville de Linyi est un recul pour les défenseurs des droits de l'homme, dans la mesure où ce même tribunal avait d'abord renvoyé l'affaire, en novembre, devant la cour locale qui l'avait jugée initialement, suscitant l'espoir que la justice fonctionne en Chine.

Ce procès est emblématique du combat des "avocats aux pieds nus" qui veulent s'en tenir aux voies légales pour faire avancer la cause des libertés. "On ne pouvait pas craindre pire résultat. Désormais, nous allons plaider pour que la sentence soit exécutée hors de prison, à domicile. Nous déposerons un recours administratif auprès de la cour supérieure de la province du Shandong. Surtout, nous allons continuer à exposer les pratiques illégales auxquelles a recouru le gouvernement local (lors du procès)", a déclaré au Monde au téléphone Hu Jia, militant des droits de l'homme qui tient la chronique du procès. Lui-même a été empêché par la police secrète de quitter son domicile pékinois depuis 183 jours.


COUP MONTÉ


Chinese Human Rights Defenders (CRD), une ONG chinoise clandestine des droits de l'homme, dénonce sur son site Internet ce procès "mascarade" et la décision "grossièrement injuste" du juge. CRD a exposé lors des quatre procès qui se sont tenus depuis août les agissements de la police locale. Les avocats ont été accusés de vol et placés en garde à vue pendant le premier procès. Ensuite, des témoins de la défense ont été intimidés, certains ont disparu. L'épouse de Chen Guangcheng fut malmenée et détenue.


Fin décembre, ses deux avocats ont été victimes d'un coup monté : la contrôleuse du bus qu'ils avaient emprunté pour se rendre de Pékin à Linyi les a accusés de l'avoir sexuellement agressée en pleine nuit. Après quoi un commando d'hommes de main a fait arrêter le bus et a tabassé les avocats.


Chen Guangcheng fait partie des cinq personnes dont la candidate socialiste, Ségolène Royal, a demandé la libération lors de sa visite en Chine.

Publié dans Divers

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