Ségolène Royal : "Il faut tenir"

Publié le par Isabelle Mandraud - Le Monde.fr

Mardi 16 janvier, comme toutes les semaines depuis l'investiture de sa candidate, Ségolène Royal, le bureau national du Parti socialiste (PS), transformé en conseil d'orientation politique élargi aux représentants des partis alliés, le Mouvement des républicains de Jean-Pierre Chevènement (MRC) et le Parti radical de gauche (PRG), est réuni à huis clos. Et, comme à l'accoutumée, François Hollande introduit la discussion.

Mais, aujourd'hui, le silence des uns est pesant, l'agacement des autres manifeste. Le premier secrétaire tente une nouvelle fois de clore la polémique fiscale et de concentrer ses attaques sur Nicolas Sarkozy. Le Monde a pu écouter l'intégralité de ces débats par l'intermédiaire d'un membre du bureau national qui a spontanément appelé et laissé son téléphone portable ouvert pendant toute la réunion.

"BESOIN DE DISCOURS POLITIQUES"

François Rebsamen, numéro deux du parti et codirecteur de la campagne de Mme Royal, promet un "grand rassemblement des élus et des territoires" le 18mars, pour rassurer ceux que la conduite de la campagne inquiète. Un nouveau sondage pronostique une victoire de Nicolas Sarkozy. Alors, le doute s'exprime. Les reproches aussi. Personne ne songe à commenter la mise en disponibilité du parti de Georges Frêche.

"Il faut à nouveau réunir le parti pour travailler très collectivement, sinon on risque d'avoir des déconvenues", prévient le député européen Vincent Peillon. Les débats "participatifs" imposés par Mme Royal suscitent des réserves. "On a besoin de discours politiques", assure Alain Bergounioux.

Manuel Valls, maire d'Evry et député de l'Essonne, jette un froid en rappelant le poids des "médias et de l'actualité, ce qu'on a subi en 2002". "On doit être capables d'imposer nos idées", insiste l'ancien porte-parole de Lionel Jospin. "Je ne sens pas de flottement encore, s'empresse-t-il d'ajouter. Les gens sont un peu assommés par le discours sarkozien. Mais à un moment la différence va se faire sur des propositions concrètes. Je plaide pour qu'on ne tarde pas trop." David Assouline, sénateur de Paris, hasarde : "Ségolène est dynamique quand, sur des sujets de droite, on porte nos valeurs de gauche." D'autres, à sa suite, insistent sur la nécessité de "préempter les sujets", et surtout "le calendrier".

Au nom du MRC, Georges Sarre y va de son conseil : "Le rassemblement pour Sarkozy est meilleur que ce qu'il pouvait craindre, mais beaucoup de gens ont retenu les millions d'euros dépensés. On aurait eu intérêt à insister dessus." Le plus optimiste paraît être Jean-Michel Baylet. Des difficultés? "Mieux vaut que cela se passe maintenant, tranche le président du PRG. Restons vigilants, mais je voudrais dire que je suis très heureusement surpris par le succès des débats participatifs, ça marche très bien." Arrivée en retard, Ségolène Royal n'a pas entendu la plupart des interventions, mais elle sent bien qu'il lui faut défendre sa démarche. "Il faut tenir!, lance-t-elle d'emblée. Il y a peut-être des choses moins visibles, moins coûteuses mais c'est ce qui va donner de la crédibilité, de la force à la plate-forme présidentielle. Cette montée en puissance est très importante. Ces débats, pour la plupart, ont été filmés. Ils vont nous permettre de mettre en valeur une campagne décentralisée, à l'écoute des Français comme nous l'avions dit, et les valeurs qui vont émerger."

"LA QUESTION DU TRAVAIL"

Cette phase, poursuit-elle, s'achèvera comme prévu le 11 février avec, entre temps, l'inauguration, le 22 janvier, du siège de campagne, au PS, et quelques meetings dont l'un se tiendra à Paris le 6 février. "Dans les trois semaines qui nous séparent du 11 février, il est très important qu'il y ait une mise en mouvement qui s'accentue", affirme la candidate. Elle exhorte les socialistes à convier dans les débats participatifs la presse quotidienne régionale et les télévisions locales pour leur donner un maximum de "visibilité". Elle en est convaincue : "C'est ça qui va faire la différence et c'est pour ça qu'il faut absolument tenir le rythme. Ensuite il y aura une phase de rédaction et de décantation avec une dizaine de grands meetings dans des salles Zénith. Puis, on arrêtera la plate-forme présidentielle. Mais je souhaite quelque chose d'assez court qui puisse donner nos valeurs et de la cohérence avec quelques mesures phares que nous mettrons en place immédiatement quand nous serons élus. Il n'est pas question de faire un catalogue." "C'est une conception du pouvoir", dira-t-elle, quelques instants plus tard.

Après la méthode, le fond. "La principale bataille se fera sur la question du travail, souligne Ségolène Royal. Il ne faut pas laisser la droite se réapproprier cette question. La revendication de la valeur travail, c'est la principale bataille idéologique : elle est au cœur des valeurs qu'il faut développer pour la plate-forme présidentielle. Et puis il y aura la question de l'efficacité économique, et il faudra reprendre les trois piliers : la réconciliation des Français avec l'entreprise, la valeur ajoutée sociale et la valeur ajoutée environnementale, qui sont indissociables." Si, en public, la candidate socialiste s'interdit de critiquer son adversaire Nicolas Sarkozy, devant ses pairs, elle pilonne son discours d'investiture "qu'il va falloir décortiquer".

"Il n'y a pas eu un mot sur l'environnement, s'indigne Ségolène Royal. Quand aux inégalités faites aux femmes, elles ne l'ont été que sous l'angle de la polygamie !" "Mélanger l'Ancien Régime et la Révolution, poursuit-elle, c'est déjà assez curieux mais quand on abandonne la rupture pour la synthèse, il y a quand même tromperie sur la marchandise ! C'est étrange, avec la droite, tout semble être venu comme par enchantement. Il n'y a jamais un mot sur les
conquêtes sociales." Pour elle,"il y a là un champ idéologique bien identifié".

Autre priorité, les jeunes, et le droit d'accès au premier emploi qu'elle désigne comme l'une des "actions phares de la plate-forme présidentielle". Et puis les personnes âgées, "un sujet sur lequel nous sommes assez faibles". Sitôt le 11 février passé, Ségolène Royal recommande une "semaine d'action" et presse les socialistes d'"accélérer le travail" sur cette question au carrefour de beaucoup d'autres : "La famille, les angoisses liées à la sécurité, l'isolement, la santé, la dépendance, la difficulté de trouver des établissements…" Ségolène Royal conclut en appelant à la mobilisation. "Puisque vous êtes des décideurs politiques, il faudra que vous vous déplaciez sur tout le territoire et que le mouvement pour les législatives se déclenche. Il faut s'en saisir pleinement." Ses derniers mots résonnent comme un avertissement : "Il ne faudrait pas qu'on ait une cohabitation, si vous voyez ce que je veux dire…"
 

Publié dans Divers

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