Rencontre avec l'Union nationale pour l'insertion sociale du déficient auditif

Publié le par Desirs d'avenir.org


Ségolène Royal a avancé plusieurs propositions pour favoriser l’accessibilité et l’universalité réelle des droits.



"La société bouge peu à peu. En matière de handicap, je voudrais la faire avancer à grands pas, tant nous avons de retard. C’est pourquoi il était de première importance pour moi de venir vous assurer de mon soutien, de ma mobilisation sans faille.

Votre engagement, votre courage, vos combats pour l’accessibilité de la société sont des combats universels, car il n’est pas de société juste sans égalité réelle entre chacun de ses membres.

Lorsque l’on sait que 5 millions de personnes en France souffrent, de manière plus ou moins prononcée, de déficience auditive, comment considérer la question de l’accessibilité comme une revendication anecdotique d’une minorité ? On peut mesurer les progrès d’une société à l’aune de l’accessibilité et de l’universalité réelle des droits, de même que l’on peut mesurer l’avancement d’une société à l’état des relations entre les hommes et les femmes, et, vous le savez, ce n’est pas une question annexe pour moi.

Aujourd’hui, pendant la campagne participative que j’ai choisi de mettre en place, je veux que chacun puisse s’exprimer et que chacun puisse confronter ses idées avec celles d’autrui.

Le site Internet de Désirs d’Avenir propose l’intégralité de mes discours par écrit, mais je vous annonce que désormais mes messages vidéos sur Internet, ceux que je lancerai, seront sous-titrés. Ainsi j’ai exigé que mes vœux de bonne année soient sous-titrés. De même, les forums participatifs auxquels je participerai seront traduits en langue des signes Française, comme chacun de mes meetings. C’est un enjeu de citoyenneté fondamental. La République du Respect que j’appelle de mes vœux trouve ici une mise en application très claire : nous devons pouvoir communiquer les uns avec les autres, refuser toutes les ségrégations.

Tout déficient auditif s’inscrivant dans un forum participatif dans le pays bénéficiera par ailleurs, quel que soit le mode de communication qu’il a choisie, de l’accessibilité de la réunion à laquelle il souhaite assister. Des boucles magnétiques seront installées au plus vite dans les salles de réunions, comme cela a été fait à Paris à la Mairie du 10e arrondissement par exemple.

Nous sommes à l’ère de la communication. Notre monde est rythmé désormais par internet et par le téléphone portable. Ce ne sont plus des gadgets, mais des outils indispensables à la vie personnelle, professionnelle et sociale. Je m’engage donc, si je suis élue, à créer des centre-relais téléphoniques permettant à toute personne, quel que soit son degré de surdité, d’appeler n’importe qui en bénéficiant de l’aide d’un interprète ou de la transcription écrite. Cela existe aux Etats Unis, nous le ferons en France, avec des financements adéquats. Les profits des opérateurs téléphoniques leur donnent la possibilité de participer au financement de ces structures et d’offrir des tarifs préférentiels aux personnes sourdes et malentendantes sur ces communications.

Le sous-titrage des programmes télévisuels, prévu pour 2010, est évidemment une excellente chose, mais, comme beaucoup de dispositions de la dernière loi handicap, il n’existe pas encore de budget pour le réaliser : nous ne connaissons toujours pas le contenu du contrat d’objectif entre l’Etat et les chaînes publiques pour définir leur financement. Je m’engage à faire du budget de sous-titrage une priorité. Aux Etats-Unis, cela passe par une taxe sur la publicité : cela doit être étudié très vite.

Nous devons utiliser les avancées technologiques pour anticiper les besoins, et non pas pour courir derrière eux en cherchant à ce que les malentendants "rattrapent" les niveaux de confort auxquels sont parvenus les entendants.

Personne ne doit être contraint de s’appareiller, mais, pour ceux qui le souhaitent, cet appareillage doit être gratuit. La compensation financière actuellement prévue est insuffisante.

Il faut penser à l’accompagnement des parents, des familles, au moment où elles découvrent l’univers de la surdité. Il faut les accompagner dans leur choix, quel que soit le niveau de surdité : il n’y a pas de fatalité si la solidarité collective est là.

Chaque enfant, chaque adulte déficient auditif a le droit de vivre selon ses choix, a le droit de pouvoir communiquer librement avec ses proches, en bénéficiant des supports de traduction que notre modernité peut lui offrir.

Je ne me résous pas à ce que seule une infime minorité de jeunes sourds puissent accéder aux études supérieures, ou même au baccalauréat : c’est de notre responsabilité collective de leur donner les moyens de cette forme d’émancipation intellectuelle que représente l’accès à l’Université. La France est un pays riche qui a les moyens d’offrir à chacun de ses enfants l’accès à l’information, à la culture, à la communication et à l’éducation.

C’est pourquoi je propose la création de bourses d’études spécifiques et automatiques pour les jeunes étudiants sourds : les aides à l’accessibilité des études sont insuffisantes, trop longues à se mettre en place. Nous devons nous fixer des obligations de résultats en matière d’accessibilité aux études : j’en ferai une priorité budgétaire et nous y travaillerons ensemble, si vous en êtes d’accords, dans la concertation".

Signature Ségolène Royal 


Publié dans Divers

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