Mots croisés : quand l’hallali est sonné !

Publié le par Marie-Line Dennemont - clicanoo.com

Depuis un certain voyage en Chine et un certain néologisme, les utilisateurs du langage pur et dur se gaussent de la dérivation empruntée par “Ségo” à la langue française Néologisme signifiant “mot ou expression de création ou d’emprunt récents... Acception nouvelle d’un mot ou d’une expression existant déjà dans la langue”. Bravoure devenant bravitude, comme abracadabrant est devenu abracadabrantesque dans la bouche de Jacques Chirac, qui en son temps, a lui aussi subi les sarcasmes des bien-pensants qui ne font, eux, jamais de fautes de vocabulaire ou de style. Dans l’émission Mots croisés, nous avons pu entendre Madame Marine Le Pen critiquer le terme “bravitude” lui adjoignant une “lâchitude” de bon aloi, pour ainsi tourner en dérision Madame Royal. Et dans la même phrase, Madame Le Pen nous parle “d’amoralisation” de la société... J’ai cherché dans les dictionnaires de la langue française, et nulle part je n’ai trouvé “amoralisation”. Monsieur Besancenot fait quant à lui force utilisation des “Faut qu’on comprenne...”, “c’est pas qu’on le dise...”, ... Hélas, les personnages politiques du cru sont aussi coutumiers du fait et les exemples ne manquent pas pour l’illustrer :


-  “Il y en a 7 familles qui veulent partir...”
-  “La discussion est en train d’avoir lieu...”
-  “Je m’engage de le faire...”
-  “Des Réyonnais ont été témoins...”
-  “L’Etat assume leur responsabilité...”
-  “A l’heure dont je m’exprime...”
-  “Je peux vous dire les bras me sont tombés...” (moi, idem). Le même élu nous assure qu’il “travaille au jour au jour...”. Par charité chrétienne, je n’ai pas nommé ces élus, mais je tiens leurs noms à votre disposition. Ces élus enseignants s’exprimant à la télé en rajoutant : “Ségolène Royal ne connaît pas tous les tenants et les aboutissements de la Réunion...”.


Les journalistes de notre île ne sont pas en reste, eux qui persiflent, jetant sur le papier des “cafouillitudes” et des “consternitudes”, il leur faudrait d’abord balayer devant leurs portes. Les divers journaux écrits et télévisés n’étant pas des modèles du genre en matière de langage d’une correction extrême. Bourdes et coquilles à répétition y sont légion ! L’année 2006 a été un bon cru *, voici quelques exemples de “confusion de langage” retenus dans les journaux télévisés de nos deux chaînes :
-  “L’irruption cutanée...” JT du 23 février (soir)
-  “Le groupe de fidèles sont de retour au temple...” JT du 3 mars (soir)
-  “Les musiques de toute l’océan Indien...” JT du 25 juin (soir)
-  “Ce sont une réédition...” JT du 13 juillet (midi)
-  “La farniente...” JT du 31 juillet
-  “Saint-Luis (Saint-Louis)” JT du 13 août
-  “Ui (oui)”
-  “Uikend (week-end)”
-  “Houit” (huit)
-  “Le roquin...”
-  “Cette nouvelle attaque s’est produit...” JT du 27 août (soir)
-  “L’identité rayonnaise (Réunionnaise) porsuit (poursuit)...” JT du 1 septembre
-  “Celle qui veut que c’est le moustique le vecteur...” JT du 3 septembre
-  “Aucun travaux ne peut être effectué...” JT du 25 octobre
-  “Je crois que c’est un sujet on aura l’occasion d’en reparler (à propos du Sida)...” Ne citons pas les journaleux incriminés ici... Souhaitons-nous pour 2007 des recrues, dignes de ce nom, à la hauteur d’un Harry Roselmack. De grâce, Mesdames et Messieurs, vous qui vous exprimez à la radio, à la télé, ou qui écrivez dans les journaux, pensez à nos enfants qui vous écoutent ou qui vous lisent, faites un effort...


La langue française est fabuleuse et extrêmement riche, elle mérite mieux que l’usage que vous en faites. Que des politiques, pour des raisons politiciennes, fassent une affaire d’Etat d’un simple néologisme, je peux le comprendre, même si je l’admets difficilement car je pense qu’ils auraient mieux à faire à s’occuper des vrais problèmes des français (chômage, éducation, logement..). Que des politiques puissent commettre autant de fautes de français, je peux aussi le comprendre... Mais que des journalistes fassent autant de fautes de français, cela est inadmissible... Que des enseignants puissent s’exprimer avec difficulté dans la langue de Voltaire, je peux (difficilement) le comprendre, mais lorsque c’est le cas, s’il vous plaît, évitez de vous exprimer à la télévision, vous jetez le discrédit sur tous vos autres collègues.


A défaut de langage châtié, puisse 2007 vous épargner les écarts langagiers, les propos outranciers, les formules contrefaites, le lyrisme verbal des débuts d’une campagne présidentielle qui s’annonce sous de bons auspices oratoires. Puisse 2007 nous offrir des élus... et des journalistes compétents... pour le bien-être et le plaisir de nos concitoyens...


Marie-Line Dennemont (Saint-Paul)
* Ndlr : c’est sans doute par pure distraction que notre lectrice parle de “cru 2006” puisque, comme elle le sait sans doute, un cru désigne un terroir. Elle aurait donc dû parler du “millésime 2006”, ce mot désignant l’année. Mais, selon la formule consacrée, que celui qui n’a jamais péché, etc.

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