"Sur Internet, on peut se poser des questions que la TV ne se pose pas"

Publié le par Nicolas Rauline - metrofrance.com

Interview de John-Paul Lepers, ancien journaliste sur Canal Plus,

qui vient de lancer son nouveau site, Latelelibre.fr, et projette son dernier film sur Bernadette Chirac, Madâme, dans une salle parisienne.

 


Vous venez de lancer Latelelibre.fr, un site Internet sur la politique, l’élection présidentielle et les sujets de société. Comment vous est venue l’idée ?

C’est un projet que moi et mon équipe avons eu il y a deux ans. Nous voulions inventer un nouveau média, pour montrer l’actualité telle que nous souhaitions la montrer. J’avais proposé l’idée à Canal Plus, qui n’avait pas été intéressé à l’époque. Là, plusieurs choses se sont combinées : mon départ de Canal Plus, le fait que mon film, Madâme, ne soit pas distribué, la proximité de l’élection présidentielle et le fait que les médias couvrent la campagne sans grande indépendance.

Pourquoi Internet ?
C’est d’abord un média nouveau, libre d’accès, avec un public de plus en plus important. J’ai lancé mon blog il y a un an et il fonctionne plutôt bien, avec 50.000 visiteurs par mois. Il est réglièrement placé parmi les blogs politiques qui comptent. Ce blog, les reportages et les films que l’on a pu faire, nous ont permis de nous forger une petite notoriété auprès d’un public assez jeune, un public qui va sur le Web.

Ce projet n’aurait pu voir le jour que sur le Web ?
A la télévision, nous n’aurions sans doute pas eu la même liberté. Ce média permet d’avoir le choix. On a le choix des durées, des sujets, on peut se poser des questions que la télévision ne se pose pas. Si, par exemple, on ne fait rien un jour parce qu’on n’a pas réussi à avoir d’info, on n’est pas obligés de remplir. Le site continue d’exister, on n’est pas sous pression. A la télévision, cette démarche est impossible.

Que peut-on trouver sur Latelelibre.fr ?

On trouve de l’actualité, des reportages. Il faut savoir que l’on tourne des sujets depuis huit mois et que nous avons donc emmagasiné beaucoup d’images. Nous avons réalisé une série d’interviews de la plupart des candidats à la présidentielle : Buffet, Besancenot, Royal, Laguiller, Voynet, Dupont-Aignan, Villepin. Tous les principaux, sauf Sarkozy qui a refusé, en fait. Ce sont des interviews plutôt personnelles, où les candidats parlent de leur jeunesse, de leur parcours politique.  Celles de Bayrou et de Le Pen sont déjà en ligne. Les autres suivront dans les prochaines semaines. Nous suivons aussi plusieurs dossiers, comme le logement, ou encore des « collectors », des images d’archives, comme lorsque Chirac apprend sa victoire en mai 2002.

Comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?

Nous ne cherchons pas une liberté de parole, mais une liberté de choix. Le choix des sujets, des formats. Nous ne sommes pas un média d’opinion. Mon équipe et moi travaillons ensemble depuis longtemps. Nous nous inscrivons dans une démarche globale, dans la lignée de mes deux films et de mon livre sur Bernadette Chirac, des reportages que l’on a pu réaliser. Il n’y a pas de caméra cachée, toutes les personnes interviewées le savent.

Le site propose aux internautes d’envoyer leurs vidéos. Comment gérez-vous cela ?

Ce n’est pas complètement ouvert. En fait, les internautes peuvent nous suggérer leurs images, mais nous les validons. En plus, nous choisissons des correspondants, des contacts préivilégiés. Ils sont pour l’instant une quizaine. Un exemple : Philippe Maréchal, qui nous envoie des chroniques de son village de 1.000 habitants dans les Cévennes. Il a trouvé des habitants représentant tout l’échiquier politique. C’est formidable !

L’interactivité, c’est un point clé ?
Oui, à partir du moment où l’on contrôle. On ne publie pas tout, on n’est pas libre de tout balancer. On teste toutefois les « wiki-enquêtes » en partenariat avec Agoravox. Ce sont des portraits des candidats, pour l’instant Royal, Sarkozy, Bayrou et Le Pen, auxquels tous les internautes peuvent participer. Ils sont modérés a posteriori. Je pense que l’on a intérêt d’explorer ce genre de choses.

Pour la mise en ligne du site, vous avez eu des images exclusives d’un entretien entre Nicolas Hulot et Ségolène Royal, la veille de l’annonce du retrait de Nicolas Hulot. Comment cela s’est-il passé ?
Un peu par hasard. Cela s'est passé dans un hôtel près du siège du PSG. Ils ont accepté la caméra pendant 30 secondes. A la fin, Nicolas Hulot m’a avoué que c’est la raison qui l’avait fait prendre sa décision. On pouvait donc deviner son retrait. Pour le moment, nous ne mettons aucun commentaire sur les sujets, ce ne sont que les images mais ce n’est pas brut,  il y a dans les sujets mêmes un questionnement, un montage, qui expliquent.

Le site est aujourd’hui gratuit, mais il est prévu de le basculer en mode payant. Pourquoi ?
Aujourd’hui, nous devons faire nos preuves, montrer qui on est, ce que l’on fait. On souhaite faire un média complètement indépendant, on a donc exclu la publicité. Nous allons faire appel à des souscriptions, notamment pour financer la matériel. Par la suite, nous proposerons une formule d’abonnement, à 4 ou 5 euros par mois. Tout le monde nous dit que ça ne marchera jamais, mais c’est pour nous le prix de l’indépendance. Si cela ne marche pas, on arrêtera.

Vous continuez vos autres activités ?
Oui, l’un de mes documentaires, un 90 minutes, sera diffusé prochainement sur Canal Plus. Je continue de présenter « Abstention zéro », une émission sur La Chaîne Parlementaire. Enfin, je publie le 15 février un livre co-écrit avec Thomas Bauder, « Putain, votons ». Un livre très pédagogique pour donner aux gens envie de voter. On y trouvera des fiches techniques sur le socialisme, le fascisme, le poujadisme, les différents partis, etc. Le tout pour 10 euros, aux éditions Privé.

Votre dernier film sur Bernadette Chirac, Madâme, est diffusé dans une seule salle, à Paris, L’Entrepôt (XIVe arrondissement). Avez-vous des pistes pour le projeter ailleurs ?
Nous n’avons pas trouvé de distributeur, en effet. Il est donc projeté dans une salle pour l’instant. Ça marche plutôt bien ! Nous sommes en négociations assez avancées pour sa sortie en DVD. Par ailleurs, le film sera bientôt proposé en VOD sur Latelelibre.fr.



Outre John-Paul Lepers, directeur de la publication, l'équipe de Latelelibre.fr est composée d'un rédacteur en chef (Allan Rothschild), d'un directeur artistique et technique (Jean-Sébastien Desbordes), de deux JRI (Henry Marquis et Jérôme Mignard) et trois ingénieurs du son. Travaillent également à la rédaction quatre stagiaires et une quinzaine de correspondants.


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