Au coeur de la machine Ségo / La campagne de Ségolène vue des coulisses de son QG parisien

Publié le par François Bazin / Elise Karlin

Au coeur de la machine Ségo



Boulevard Saint-Germain, à Paris, le cabinet de la candidate entretient la flamme du ségolénisme réel. Visite guidée...


Il y a ceux qui y vivent et ceux qui n'y font que passer. Ceux qui aimeraient y être plus souvent invités et ceux qui font semblant de croire qu'il ne s'y passe rien d'important. Hollande résume tout ça d'une formule lapidaire : «C'est son chez soi.» 282 boulevard Saint-Germain, à Paris. Un appartement de 380 m2 au troisième étage d'un immeuble bourgeois. En bas, des limousines qui indiquent la présence d'un visiteur de marque et des gardes du corps qui trompent le temps en grillant une cigarette. En haut, Ségolène et les siens.

Son cabinet, officiellement. En fait, une équipe d'une quarantaine de personnes si l'on tient compte des petits jeunes de la blogosphère, entassés dans le back-office. Les lignes téléphoniques sont gardées secrètes. Les visiteurs sont filtrés. La presse tenue à l'écart. Circulez ! Le siège de la campagne - l'officiel ! - se trouve quelques centaines de mètres plus loin, rue de Solférino, dans les locaux du PS, relookés pour l'occasion.


La géographie, c'est de la politique. La géographie des locaux de campagne, ça l'est encore davantage. Mitterrand en 1988 avait l'avenue Franco-Russe où l'on s'agitait tout en sachant bien que l'essentiel était à l'Elysée. En 2002, Jospin avait son Atelier, sorte de grand barnum où la bureaucratie prit vite le pas sur l'organisation. Le « 2-8-2 » - comme disent les ségolénistes -, c'est à la fois plus simple et indéfinissable. Il y a là comme un révélateur de la campagne que la candidate aurait aimé mener. Si tout s'était passé comme prévu. Si les premiers pas avaient été mieux maîtrisés...


Un rêve. Un rêve de pureté. Un rêve d'innocence. Ceux que Ségolène Royal a installés autour d'elle, boulevard Saint-Germain, sont ses « compagnons de la Libération ». Ils n'étaient pas nombreux quand tout a commencé. Sophie-Bouchet Petersen, pourles idées. Natalie Rastoin, pour la com. Christophe Chantepie, pour la machinerie. Thierry Lajoie, pour la logistique. Dans cette équipe de base - celle qui a élaboré avec maestria le grand hold-up de la désignation interne -, seul Patrick Mennucci a été envoyé en terra incognita, rue de Solférino. Julien Dray reste un électron libre. Les directeurs de campagne - Jean-Louis Bianco et François Rebsamen - ne sont pas logés àdemeure. Ils naviguent entre le PS et l'Assemblée nationale. Au « 2-8-2 », ils passent mais ne restent pas.


C'est l'esprit de la précampagne que l'on veut ici préserver à tout prix : Ségolène est ailleurs ; Ségolène est différente, et son image, sa relation avec les Français, sa méthode participative sont plus importantes que le détail de son programme. Autour d'elle, dans le premier cercle de ses conseillers, on trouve beaucoup de jeunes, des femmes aussi, sans passé militant et en tout cas sans grade dans l'appareil socialiste, venus de tous les horizons politiques et donc ne dépendant que de la candidate. Camille Putois, sa chef de cabinet, est une figure de cette promotion Royal (voir encadré). Aurélie Filippetti, ex-espoir des Verts qui fait désormais bureau commun avec Bruno Rebelle, s'inscrit dans une veine comparable.


Il y a eux et les autres. Ceux de la maison Hollande et des petites boutiques partisanes qui ont rallié l'aventure. Les réunions d'arbitrage ou de coordination ne se déroulent pas au « 2-8-2 ». Avec ceux d'en face, on ne parle d'ailleurs pas tout a fait le même langage. Les argumentaires sont des «éléments de langage» et les experts, des «personnes ressources». Les comptes rendus des débat participatifs sont bourrés de« pépites ». Et puis, par-delà la forme et le vocabulaire, ce sont deux mondes qui ont mis du temps à se connaître et surtout à se reconnaître. Hollande devant les siens : «Mais vous ne savez pas comment elle fonctionne...» Royal, devant ses conseillers : «Les éléphants comprennent lentement la nouveauté...»


C'était avant la bourrasque de ces quinze derniers jours. A Saint-Germain, on râlait ferme contre l'indécrottable conservatisme de Solférino. De la hantise de la mise sous tutelle, on était passé insensiblement à la la crainte du complot. Sophie Bouchet-Petersen avait trouvé le coupable : Stéphane Le Foll, le directeur de cabinet de François Hollande, pourvoyeur en chef de la machine à rumeurs. Pendant ce temps-là, Julien Dray animait ses visites vespérales au « 2-8-2 » avec d'étonnantes descriptions des mille et uns arcanes d'un supposé complot jospiniste. Pour calmer les esprits et les angoisses par la même occasion, il n'y avait que les amis de passage, ceux qui ne vivent pas dans le bocal et qui, du coup, savent garder la tête froide. La publicitaire Natalie Rastoin et l'avocat Jean-Pierre Mignard. Deux relations aussi anciennes que personnelles de la candidate.


Le « 2-8-2 », après l'orage ? Témoignage d'un optimiste : « J'ai vu Hollande, Rebsamen, Dray, Chantepie et Mignard lancer la contre-attaque, mercredi dernier, après lesrévélation du «Canard» sur le rôle des RG. C'était des chefs de guerre désormais soudés. Ça se passait au PS mais les chambellans de Ségo étaient à l'unisson». Analyse d'un sceptique : «Le système Ségo lui ressemble. On ne le changera pas. Jusqu'au bout, il y aura une tension entre le lieu de ses rêves - Saint-Germain - et le siège de la réalité - Solférino.» Et si, plus que celle du couple, c'était la vraie métaphore de la campagne baroque de Ségolène Royal. Chez elle. Chez lui. Chez eux ?



Céleste, forcément Céleste

Longtemps, elle fut « Céleste». C'était son nom de code. Le jour, Camille Putois dirigeait le bureau des élections au ministère de l'Intérieur, à quelques encablures du bureau de Sarkozy. Le soir, avecson ami Christophe Chantepie, elle animait les « Google groupes » des experts ségolénistes. Une femme de 37 ans, énarque et normalienne, sans passé militant, dotée d'un beau carnet d'adresses au Conseil d'Etat, bonne connaisseuse des « territoires » - comme dit sa patronne. Dans la famille Royal, celle qui fait désormais office de chef de cabinet a quelque chose de chimiquement pur. Presque un archétype. Lorsqu'elle fut présentée, la première fois, rue de Solférino, François Hollande, rigolard, lui a demandé si elle était membre du parti. «- Non, j'appartiens à une autre organisation. - Laquelle? - Désirs d'avenir. - Tu sais, il y a chez nous des cartes à20 euros. - Je sais mais ce n'est pas un problème financier.»
Un ange a passé... Quelques semaines plus tard, Camille Putois a confié à quelques proches qu'elle n'avait jamais mis les pieds dans un meeting électoral. Commentaire d'un éléphant du PS : «Elle vient de loin, mais elle apprend vite.»

 

François Bazin
Le Nouvel Observateur






La campagne de Ségolène
vue des coulisses de son QG parisien



Aurélie Filippetti, ex-membre des Verts, est chargée de mission dans son équipe. Elle raconte...


        

Vous travaillez depuis deux mois avec Ségolène Royal : est-ce simple ?

- Très simple ! C'est quelqu'un d'accessible, même si elle n'a jamais beaucoup de temps - je peux lui parler de tout, il suffit d'être concise ! J'avais entendu dire qu'elle était sèche et autoritaire, je la trouve plutôt bienveillante, un peu maternelle même, parfois. Contrairement à d'autres femmes politiques, elle travaille avec des femmes sans instaurer de rapport de rivalité, et c'est très agréable.

Vous a-t-elle surprise ?

- Son sens de l'humour, l'autodérision avec laquelle elle se met en scène m'ont surprise. Elle parodie ses propres discours, s'amuse de certaines de ses expressions - je vous assure qu'on rigole bien !

Selon vous, quel est son atout principal ?

- Son humanité. Elle a un parcours personnel où tout ne lui a pas été donné, ce qui l'a sensibilisée aux réalités de la vie. Elle est à l'écoute, capable de sentir en temps réel les mouvements dans la société. Du coup, elle est souvent en avance sur ses collaborateurs pour réagir.

Vu du QG de campagne, quels sont les rapports entre la candidate et le Parti socialiste ?

- Elle nous a demandé à plusieurs reprises de ne jamais critiquer le PS. Ségolène Royal m'a toujours semblé loyale à l'égard de la Rue de Solferino: chaque fois qu'un collaborateur propose une idée, elle le renvoie sur la personnalité chargée de cette question au parti, demandant qu'on se mette en contact avec elle, afin que personne ne se sente exclu.

Avez-vous ressenti, boulevard Saint-Germain, le moment difficile que traverse la campagne ?

- Bien sûr, tout le monde est un peu plus tendu! En même temps, je trouve qu'il faut traiter les événements à leur juste valeur: consacrer une matinée pour savoir comment réagir au piège téléphonique de Gérald Dahan, honnêtement, c'est du temps perdu.

Ségolène Royal doit-elle changer de campagne ?

- Non, elle a raison de s'en tenir à ce à quoi elle croit. Elle va, maintenant, aller à la rencontre de ceux qui n'ont pas participé aux débats, dans les usines ou ailleurs. Et sans doute faut-il que, de notre côté, nous mettions mieux en valeur toutes les propositions qu'elle a déjà faites. J'entends souvent qu'elle ne dit rien: c'est faux ! Il faut que nous soyons plus efficaces pour réagir aux attaques de la droite.

Propos recueillis par Elise Karlin

Publié dans Divers

Commenter cet article