Pourquoi les enseignants ont défilé jeudi à Paris

Publié le par Reuters

Instituteurs, professeurs de sport, directrices d'écoles... Ils étaient nombreux à être sortis de leurs salles de classe jeudi pour descendre dans la rue crier leur mécontentement.

Sept enseignantes qui ont manifesté à Paris expliquent les raisons de leur colère.

Aline, institutrice de maternelle à Paris dans le 15e arrondissement. Elle exerce depuis plus de 12 ans et gagne 1.650 euros net par mois.

"Je suis clairement là pour le pouvoir d'achat. Tout augmente sauf mon salaire. Mon loyer mensuel augmente de 15 euros environ par an et mon salaire de 7 euros. Si ça continue, je vais devoir quitter Paris."

Evelyne, directrice d'école dans le 4e arrondissement à Paris. Après 35 ans de carrière, elle touche 2.400 euros nets par mois, indemnités de direction comprises.

"Je m'inquiète surtout des projets du gouvernement concernant l'enseignement primaire. Les écoles vont être refondues en Etablissement public d'enseignement primaire (EPEP). On va se retrouver au sein de conseils d'administration avec une majorité d'élus et de parents. Il y a danger de mise à la botte de l'école par rapport aux politiques ou aux parents.

"Je m'inquiète aussi de la dégradation des conditions de travail. Il nous faudrait des instit' supplémentaires pour dédoubler les cours et prendre des gamins en rupture scolaire."

Monique, professeur d'allemand au lycée Marcelin-Berthelot à Pantin.

"Nous avons toujours plus de classes, toujours plus d'effectifs. Je travaille deux fois plus qu'en 1971. Toutes nos réunions se font sur le temps libre et avec cela, pas d'augmentations de salaires et suppression des heures de première chaire (heure de décharge ou payée en supplément pour certains professeurs qui préparent des élèves au baccalauréat et qui doivent être supprimées par un décret qui pourrait paraître vendredi, ndlr).

"Les mois qui viennent vont être chauds".

Christine, 55 ans, agrégée, professeur de mathématiques en classes préparatoires au lycée Gustave-Eiffel à Cachan. Elle dit toucher entre 4.000 et 5.000 euros par mois.

"Je m'inquiète pour le statut des enseignants. Il faut le dépoussiérer, mais pas comme c'est proposé. Il y a une dégradation extrêmement importante des conditions de travail.

"Il faudrait s'interroger sur ce que c'est vraiment le temps de travail des enseignants. Je travaille plus de 40 heures par semaine entre les heures de cours, la préparation des copies, les heures de réunion de concertation parce que la situation des élèves devient plus difficile, sur le plan scolaire et personnel. Ce n'est pas facile quand on veut amener plus de 80% d'une classe d'âge au bac."

"Il y a un ras-le-bol sérieux. Trop, c'est trop."

Solange, professeur d'histoire-géographie en 6e, 5e, seconde et première au lycée privé Fénelon-Sainte-Marie à Paris.

"Je ne suis pas touchée financièrement mais je fais grève parce que je sais que les prochains concernés par les réformes, c'est nous (les professeurs d'histoire-géographie).

"J'ai des classes en demi-groupes. On va les supprimer. Les TPE, travaux personnels encadrés en demi-groupe pour la rédaction de mémoires pour les élèves de première, cela va être supprimé. C'est dans l'air du temps. Ce qu'ils veulent, c'est 35 élèves par heure devant chaque professeur.

"Avec Sarkozy, on en est sûr. Et Ségolène Royal a dit qu'elle voulait que les professeurs passent 35 heures dans l'établissement."

Christelle et Brigitte, professeurs de sport au lycée Fragonard de l'Isle Adam.

"On veut nous supprimer les trois heures de sport du mercredi dans le cadre de l'UNSS (Union nationale du sport scolaire). Les enfants les plus favorisés pourront aller faire du sport ailleurs, ce qui ne sera pas le cas des moins favorisés."

"En outre, les salaires stagnent depuis des années par rapport à l'inflation.

"Dans notre établissement, ils prévoient 130 heures en moins pour la prochaine rentrée scolaire. Pendant ce temps, on a toujours 35 élèves par classe."

Publié dans Divers

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