Le "pacte présidentiel" présenté par Ségolène Royal

Publié le par Isabelle Mandraud - lemonde.fr

C'est une centaine de mesures - qui ne sont pas sans rappeler les 110 propositions de François Mitterrand en 1981 - que Ségolène Royal devait présenter dimanche 11 février à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Des engagements à forte connotation sociale : hausse de 5 % et mensualisation des retraites dès 2007, création de trois indices des prix par grands niveaux de revenus, contrôle de la tarification bancaire, allocation pour les jeunes accessible aux classes moyennes, jurys de citoyens tirés au sort pour évaluer les lois et l'action des élus, création d'emplois-parents, à l'image des emplois-jeunes dans les quartiers...

Dans un hall du Parc des Expositions décoré par l'architecte Patrick Bouchain, scénographe des meetings de François Mitterrand en 1988, la candidate socialiste présentera son discours-programme comme un "pacte présidentiel" - une idée lancée par Dominique Strauss-Kahn pendant la primaire socialiste. "C'est un contrat que je veux passer avec les Français", explique-t-elle au Monde. Un contrat fondé sur "des droits et des devoirs".

Huit mille personnes étaient attendues, militants, dirigeants du Parti socialiste et personnalités - comme Charles Berling, Daniel Mesguish ou l'écrivain Philippe Besson -, et 600 journalistes français et étrangers se sont fait accréditer pour ce rendez-vous très attendu. A 14 h 30, après la réunion de tous les secrétaires de section et l'intervention du premier secrétaire, François Hollande, Mme Royal commencera son discours, prévu pour durer 1 h 30, par dresser "l'inventaire de l'ensemble des désordres" d'une France "tirée vers le bas", en proie au "déscenseur social", et sur la façon dont elle compte "remettre les choses en place". Elle parlera de ce que "les Français ne veulent pas et de ce qu'ils veulent pour la France" en s'appuyant sur les quelque 6 000 débats participatifs organisés sur tout le territoire, selon la méthode qu'elle a imposée au PS depuis son investiture, en novembre 2006.

Cet état des lieux sur les finances publiques lui permettra de commencer par un premier thème, la réforme de l'Etat. Fidèle à sa ligne de conduite et forte de l'expérience italienne et espagnole, Mme Royal compte transférer aux régions de nombreuses compétences (construction des universités, aides aux entreprises...), convaincue qu'une "meilleure répartition des responsabilités entraînera des économies".

"Il faut savoir de quelles marges de manoeuvre on peut disposer, estime-t-elle. Les gens ont peur et ne sont pas prêts à croire n'importe quelle promesse." Tout au long de son discours, la candidate socialiste se référera à cette parole des Français recueillie au cours des débats et consignée dans un document intitulé "Les Cahiers de l'espérance".

A partir de ces témoignages, Mme Royal a retenu plusieurs enseignements, à commencer par l'acceptation de contreparties : la hausse des bas salaires en échange d'un effort sur la formation professionnelle, l'allocation pour les jeunes, - fixée selon un barème assez élevé de ressources pour la rendre accessible aux classes moyennes -, et le droit au premier emploi en échange de soutien scolaire et de tutorat... Le même principe sera appliqué aux entreprises bénéficiaires d'exonérations sociales moyennant des contreparties en terme d'emplois ou de salaires. "C'est une vision de la société où l'on n'oppose pas les uns aux autres", affirme Mme Royal qui dit avoir trouvé "une grande maturité, même des plus démunis".

Plusieurs propositions, comme la mensualisation des retraites, sont directement inspirées des débats participatifs. La création d'emplois-parents dans les quartiers est, elle, issue des revendications émises par le collectif AC le feu qui s'était constitué après la révolte des banlieues de novembre 2005.

Mme Royal déclinera tous les thèmes en "combats" : "mon combat contre la vie chère", "contre toutes les formes de violence", la discrimination, pour l'éducation, l'emploi, ou en faveur de "l'efficacité économique".

Sa relance reposera sur trois "piliers" : développement économique, efficacité sociale et efficacité environnementale.

Sa méthode lui a en effet permis de tester ses idées. Les jurys de citoyens, mais aussi les tuteurs référents et les solutions alternatives à la prison, notamment l'encadrement militaire, ont été, selon la candidate qui les inclura dans son programme, "plébiscites". Sur le plan de la sécurité, la police de proximité, mise en place sous le gouvernement Jospin puis supprimée, sera rétablie sous le nom de "police de quartier". Sur l'immigration, Mme Royal, en réponse à l'association France Terre d'asile, se prononce pour une régularisation sélective des sans-papiers basée sur des critères (durée de présence en France, scolarisation des enfants, possession ou promesse d'un contrat de travail), et prône le réexamen des dossiers des personnes "ni expulsables ni régularisables" déboutées du droit d'asile.

Beaucoup de ses propositions, qui figureront dans un document annexé à son discours, relèvent des mesures de "vie quotidienne" et reprennent les pistes qu'elle avait déjà avancées en matière d'environnement, de logement, ou sur le plan social (Le Monde du 3 février). Ces dernières en restent parfois à l'esquisse pour laisser la place à la concertation avec les partenaires sociaux dans le cadre d'une conférence nationale sur l'emploi, les revenus et les salaires. C'est le cas, notamment, pour les 35 heures.

Mme Royal devrait achever son intervention par la partie Europe et international, les rapports Nord-Sud, la "sauvegarde de la planète" et le "maintien de la paix" dans le monde, au terme d'un discours alimenté par de nombreuses contributions : "la plume des Français", dit-elle, celles des socialistes, mais aussi d'intellectuels comme Yves Michaud, ou Edgar Morin.

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