François Bayrou vu du Maroc

Publié le par L’Economiste - www.betapolitique.fr

Le quotidien marocain L’Economiste, qui ne semble pas particulièrement ultra gauchiste, présente ainsi la candidature de François Bayrou...


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Bayrou : Du raisonnable sans imagination

Pas de bilan et peu de programme


De notre correspondant à Paris, Antoine CLAUSE


La spécialité du candidat UDF : Le discours antimédia


François Bayrou aime le poker. Il lui arrive souvent, tard la nuit, avec son vieux copain le député Maurice Leroy, de refaire le monde. Ils ne s’arrêtent pas avant le matin. Bayrou joue l’élection présidentielle comme une partie de poker. Toute la table sait qu’il n’a pas de jeu, mais il a tellement l’air d’y croire qu’on le suit, sans trop oser le relancer. On le regarde grimper dans les sondages et les Français le croient presque quand il affirme tranquillement qu’il sera président de la République, quel que soit le candidat au second tour contre lui ! C’est en tout cas du jamais-vu : les Français pourraient éventuellement envoyer à l’Elysée le seul homme politique dont ils sont sûrs qu’il n’aura jamais aucune majorité politique pour gouverner. François Bayrou a beau dire que Dominique Strauss-Kahn ou Jean Louis Borloo seraient de parfaits Premiers ministres, ça ne lui fera pas une majorité à l’Assemblée nationale. Sauf, bien sûr, en cas de raz de marée UDF législatives, ce qui est aussi probable qu’un titre de champion de France pour le PSG cette année.


Si François Bayrou est élu, c’est donc la crise politique. Seulement voilà : avec une modeste paire en mains, le Béarnais s’est emballé, il a renchéri et il ne peut plus s’arrêter. Sa survie politique ne tient plus qu’à une seule chose : être présent au second tour. S’il n’y est pas, son groupe politique sera laminé aux élections législatives qui suivront : Nicolas Sarkozy, qui lui a déjà volé bon nombre de ses élus (Robien, Santini, Blanc), prendra un plaisir immense à achever l’UDF en mettant des candidats partout contre elle, quitte à faire élire des socialistes. Mais il y a encore plus surprenant dans l’envolée actuelle de François Bayrou : il n’a ni bilan, ni programme original. Un exemple pour le bilan ? En 2002, François Bayrou faisait campagne en se déplaçant dans un bus roulant au colza.


Personnage un peu fade


A l’intérieur, son staff de campagne, qui avait le temps de s’ennuyer, a, pendant des semaines, essayé de faire des fiches sur le bilan du candidat. Ils ont finalement jeté l’éponge, leur candidat n’ayant jamais rien fait, ni au ministère ni au Conseil général. C’en est même extraordinaire : alors que tout homme politique rêve d’une réforme qui porte son nom, Bayrou a passé 4 ans à l’Education nationale sans laisser un seul texte ! Depuis 2002, le bilan ne s’est pas enrichi : pendant 5 ans il a critiqué tous les gouvernements et a voté, avec 10 autres députés UDF, les motions de censure de la gauche. Il n’a, bien sûr, pas eu le temps de proposer une seule loi. Gilles de Robien, l’actuel ministre UDF de l’Education nationale, va publier le mois prochain un livre dans lequel il explique jusqu’à quel point son ami François Bayrou est un destructeur, pas un constructeur.


Vendredi dernier il a présenté un programme économique et social encore moins excitant que celui de Raymond Barre en 1976. Du raisonnable sans imagination. En revanche, depuis des mois, François Bayrou s’est fait une spécialité : le discours anti-média. Il veut moraliser les médias français. Là aussi le coup de poker est fabuleux. A l’origine, lors de l’université d’été de l’UDF, il avait juste voulu se venger, en direct, dans le 20 heures de Claire Chazal, du peu de cas dans lequel le tenait TF1. Il s’en est donc pris aux grands patrons de l’industrie qui mettent journaux et télévisions à leur botte. Chazal, surprise, a perdu pied devant l’attaque. Enorme succès médiatique ! Et personnel. François Bayrou qui n’a jamais aimé la caméra, qui a souvent du mal à s’exprimer surtout quand il s’énerve (il a été bègue très longtemps), s’est enfin retrouvé là dans un rôle à sa mesure : il peut mordre sans vraiment être dangereux et donner de l’épaisseur à son personnage un peu fade. Et ce qui n’était qu’une idée d’un samedi soir d’été, est devenu, depuis l’automne 2006, le leitmotiv de sa campagne. Inlassablement il martèle son intention de déposer une loi « interdisant à toute entreprise ayant des commandes de l’Etat de détenir un groupe de presse ». Non seulement le PS et le PCF au temps du programme commun n’avaient pas osé aller aussi loin, mais c’est surtout totalement irréaliste et inadapté au mal qu’il veut soigner. Irréaliste car n’importe quelle PME française a eu, au moins une fois dans son existence, un contrat avec l’Etat ou une collectivité publique ; cela ne peut donc être discriminant. De temps en temps, Bayrou essaie de préciser sa pensée en évoquant uniquement les groupes « vivant des commandes de l’Etat ». Mais là aussi, c’est à côté de la plaque : ni Lagardère, ni Bouygues, ni Dassault, ni Pinault, ni Arnaut, ni Bolloré ne sont dans ce cas-là. Ces groupes qui contrôlent les médias français vivent essentiellement des commandes privées et de l’exportation. François Bayrou peut continuer à exposer sa loi sur TF1, tout le monde sourit en coulisses, Martin Bouygues en premier.


Une paire de deux en mains


CE qui plaît actuellement chez le spadassin béarnais : son côté bravache, doucement rêveur, un peu décalé dans la vie politique. Et il progresse, non pas sur les voix du centre qui n’existent plus depuis longtemps en France (le dernier centriste élu, Valéry Giscard d’Estaing, l’a été grâce aux gaullistes de Jacques Chirac), mais sur celles, d’électeurs socialistes pas enthousiasmés par Ségolène et de « gaullistes » effarouchés par le libéralisme de Sarkozy. Mais tout le monde va réintégrer son camp à l’approche de l’élection, les socialistes comme les gaullistes, comme à chaque élection. Bayrou va donc faire tapis pour le 1er tour avec une paire de deux en mains.

 

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