Aux armes, internautes, la gauche présidente !

Publié le par Bernard Dugué - www.agoravox.fr


Cas de conscience politique


J’avoue m’être intéressé à ces élections présidentielles comme jamais auparavant. Le fait d’écrire des billets a renforcé cette passion. J’ai bien dû en publier une trentaine sur Agoravox. Pas envie de recompter. Aujourd’hui, je ressens une légère atmosphère de lendemain de fête ou de match, peu importe. Le sentiment qu’une page est tournée. On ne revient plus en arrière. Le choix s’est rétréci. Ce sera Royal ou Sarkozy. Après avoir voté Bayrou, j’irai voter sans hésitation Royal, en tant que citoyen de gauche et individu responsable, à concurrence d’un suffrage, de la politique qui sera menée et du devenir de la France ces prochaines années. Je ne me vois pas dans une position de coquetterie à flagorner autour d’un vote blanc même si la candidate socialiste me déplaît. Ayant voté Chirac au second tour de 2002, je me dois de voter Royal pour faire barrage à un Sarkozy qui, s’il n’est pas aussi dangereux que Le Pen, peut faire à mon avis du mal à ce pays. Les mots ne sont pas prononcés à la légère. L’idée de la société que défend Sarkozy ne me convient pas. Pas plus qu’elle ne satisfait d’autres concitoyens, et pas uniquement ces « chiens de gauchistes » anti-libéro, anti-facho etc. Le dossier le plus anti-Sarko a été le fait du journal Marianne, censé incarner le centre de progrès (voire révolutionnaire dixit JFK ?)


Si les tendances se poursuivent, la France risque de prolonger sa situation de crise. Comment gérer cette crise, comment en sortir, qui peut gérer, qui peut trouver un chemin ? Voilà des questions que l’on se pose sur les deux candidats. Je crois aussi qu’on devrait prendre en compte les Français car ce serait chose bien infantile et imprudente que de croire qu’une fois les élections passées et le gouvernement constitué, l’avenir de la France ne dépend plus que d’eux et non pas des citoyens. D’où une question corollaire. De Royal ou de Sarkozy, qui sera le plus apte à susciter en nous un désir de citoyenneté qui passe par l’intérêt de la chose publique et de la situation des plus mal lotis ?


La question que je me pose. Vais-je lorgner d’un œil vagabond la suite de la campagne et maintenant passer à autre chose vu que mon choix est définitif, à gauche ? Mais cette élection, eu égard à l’enjeu proposé, ne mérite-t-elle pas une douzaine de jours de bataille et, en l’occurrence, sur le Net ?

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Au fait, quel intérêt, le Net, dans cette campagne ? Certains observateurs très attentifs n’ont pas manqué de comparer 2007 à 2005 où, justement, les internautes ont trouvé sur la Toile des renseignements précis sur le contenu du traité constitutionnel européen. Ce qui a fait notamment la notoriété d’un Français anonyme devenu héros du Web, Etienne Chouard. En effet, les citoyens se sont procurés des informations dont ils étaient privés par les médias. Pour cette élection de 2007, ces observateurs ont noté l’absence de « conjoncture Chouard », autrement dit, les informations produites par les écrivains et autres intellectuels de la Toile n’ont pas représenté une offre différente de celle proposée par les médias. Certes, le Web permet d’écrire dans un langage moins policé, plus personnel, moins professionnel, plus agité et irrespectueux parfois, mais de là à imaginer une offre différente... C’est d’ailleurs le journal papier Marianne qui a été le plus audacieux dans sa critique contre le candidat Sarkozy, se permettant de dire des choses politiquement incorrectes mais que tout internaute farouchement anti-Sarko sait entendre et même écrire. Le résultat : plus de 30 points pour l’UMP. Le constat est assez clair. La Toile n’a pas véritablement influé sur l’opinion. Elle n’a fait que relayer les déclarations partisanes, offrant aux militants un outil de propagande. Mais on n’a pas vu de scoop dans le domaine de la critique politique. Sans doute ne fallait-il rien espérer puisque la situation de l’opinion et de la pensée politique reste tributaire des faiblesses accumulées depuis au moins quinze ans.


Que tenter lorsqu’on est citoyen de gauche, viscéralement opposé aux idées propagées par la droite et sa politique qui, sous couvert de vouloir défendre l’emploi et le travail, la récompense et le mérite, est menée contre les principe de l’équité, favorisant les nantis, les parvenus, les rentiers, les riches ?


Il faut reconnaître une chose. Sarkozy est, dans le domaine de la communication politique, le meilleur, et de loin. Son score de 31 points, il le doit à cette facilité de parler, son verbe populaire, cette aisance face aux caméras. Tous les entrepreneurs rêvent d’un "dircom" de cette compétence mais peu le mettraient à la direction de leur entreprise.


Il y a une question fondamentale, qui doit être posée avant le 6 mai, et qui n’a pas trop cours dans les médias. En choisissant Royal ou Sarkozy, devons-nous réfléchir à la personnalité, aux compétences, aux facultés de gouverner, de régner, de ces deux candidats ; ou alors de trancher en fonction du contenu, des idées qu’incarnent ces deux personnages ? Selon la conception que l’on se fait de la citoyenneté et de la politique, on se porte sur une option. En mettant l’accent sur le candidat, on se place dans la situation d’un membre des actionnaires de la maison France, disposant d’une voix, prêt à élire l’administrateur en chef et, ensuite, de le révoquer dans cinq ans si les résultats ne sont pas jugés corrects. Auquel cas, nul besoin d’un investissement spécial. On vante dans les discussions de café, auprès des proches, ou bien sur les forums et autres plates-formes du Web, les mérites de l’une ou de l’autre qualifié(e) pour le scrutin du 6 mai... mais...


Dans le cas de la seconde option, alors on convient que les idées incarnées sont plus essentielles. Là, nous sommes concernés en tant que porteur de principes et d’idéaux, en tant que citoyen partageant des contenus essentiels et de cette consubstantialité des esprits politiques, nous décidons que nous sommes partie prenante du résultat. Nous avons signé un pacte bien plus qu’un contrat de gouvernance, comme dans l’option précédente.


Alors si telle est l’option, décidons, ensemble, entre citoyen de gauche, par-delà les divisions partisanes, de nous entendre pour réaliser un hold-up électoral, prendre notre bien idéologique, dont nous avons été dépouillé par certaine orientation de la presse. Décidons à travers le bulletin Royal de nous réapproprier le sens de l’Histoire, de réveiller les consciences, de décider que la France doit incarner les valeurs de gauche, de ne pas nous fourvoyer, de dire avec nos amis américains, suite aux turpitudes consécutives à la victoire de Bush et la défaire de Kerry, nous sommes tous démocrates !


Eh, les filles, les gars, réveillez-vous, c’est le printemps, faites un rêve ! Ecrivez, diffusez, pensez, réfléchissez, débattez, non, pas possible, la France ne mérite pas un cauchemar, pour le 6 mai, se sentir heureux, faire la fête, être fier, un seul slogan, une seule voie, le hold-up électoral, diffusez ce texte, écrivez-en, propagez notre devise !


La gauche présidente !

Publié dans Divers

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