Le pacte secret que François Bayrou a refusé

Publié le par Rodolphe Wartel - www.sudouest.com

« On ne peut pas rencontrer plus différents que Nicolas Sarkozy et moi ». C'était le 16 mars dernier dans les locaux de « Sud Ouest ». François Bayrou répondait aux questions de notre rédaction. Dans un moment de vérité, le leader de l'UDF a subitement avoué la fracture que les observateurs avaient décelée, sans en connaître la raison intime. « Je n'ai pas parlé avec Nicolas Sarkozy depuis trois ans. Il y a trois ans, c'est pas pour le raconter forcément, mais je vous le raconte , Nicolas Sarkozy est élu à la tête de l'UMP. Le dimanche suivant, il me fait inviter par Jacques Chancel (NDLR : journaliste et homme de télévision) pour venir passer une après-midi avec lui. Donc, je prends ma voiture et je vais chez Jacques Chancel. Là, Sarkozy me dit : "Je te propose une alliance contre Chirac. On va faire les jeunes et on va le démoder, lui qui est vieux. On va lui faire la guerre et, au bout du compte, on fait une alliance contre Chirac." Je lui dis : « Ca ne m'intéresse pas. Je ne veux pas faire d'alliance avec toi. Je ne veux pas faire une alliance contre Chirac sur le critère de l'âge. Cela ne me ressemble pas. Alors, tu fais ce que tu veux, mais moi, je ne le ferai pas." Depuis, en effet, il y a comme un froid entre nous... »

« Discussion amicale ». Jacques Chancel, contacté lundi par « Sud Ouest », confirme : « C'était en février 2004, dans ma maison d'Adast, en dessous de Cauterets. Nicolas était à la maison pour quelques jours, avec toute la famille, Cécilia et les enfants. Après le café, je les ai installés dans notre bibliothèque. Nicolas souhaitait que je reste. J'ai refusé. Après deux heures de discussion, ils se sont quittés. » Des tensions auraient-elles émaillé cette rencontre ? « On avait l'impression que la discussion avait été de bonne qualité et amicale, s'étonne Jacques Chancel. Nicolas, qui est resté huit jours à la maison, ne m'a pas du tout parlé de ça... »

Propos publics. Ces propos, François Bayrou les a tenus devant une assemblée d'une quinzaine de personnes : cinq lecteurs, cinq journalistes, quelques observateurs invités. La veille de la publication de l'interview, vers 19 heures, François Bayrou a expressément demandé qu'ils ne soient pas utilisés, qu'il s'agissait selon lui de « propos off ». Nous avons choisi, ce jour-là, la voie de la conciliation.
Aujourd'hui, ces confidences prennent tout leur sens. Elles éclairent, avec intensité, le fossé qui sépare les deux hommes. « Il faut mettre l'Etat à l'abri des connivences », écrit François Bayrou dans son livre programme « Projet d'espoir ». Ses propos tenus à « Sud Ouest » le 16 mars nous offrent aujourd'hui un décryptage inédit.


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