Revue d'articles citoyens (6)

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Heures supplémentaires défiscalisées : quels risques ?

par Aimé FAY


Avec sa mesure sur les heures supplémentaires défiscalisées le futur gouvernement risque d’être confronté à plusieurs écueils de taille. D’une part, favoriser l’emploi dans les pays étrangers et d’autre part, déclencher une baisse de la production en France, avec toutes ses conséquences négatives sur l’emploi et les revenus. Exactement l’effet contraire à celui recherché!

 

Mais tout d’abord, il convient de dire que ce n’est pas la loi qui crée les heures supplémentaires. Pour une entreprise, les heures supplémentaires n’ont rien d’un phénomène de génération spontanée comme le laisse croire depuis quelques mois le projet du Président Sarkozy.

 

En effet, c’est l’augmentation de la demande, c’est-à-dire la croissance, anticipée ou non, du chiffre d’affaires des entreprises qui crée un besoin d’heures supplémentaires. Et, surtout pas l’inverse ! Pas non plus, naturellement, la volonté du salarié de travailler en heures sup sans l’accord express de son entreprise.

 

Le modèle du Président nouvellement élu, s’inspire, on le sait, d’un modèle libéral. Celui-ci énonce en l’espèce que :

 

Production = Revenu

 

Dans cette équation, il est supposé que l’équilibre "production-revenu" est réalisé a priori et que les revenus vont développer la production et donc l’emploi. En fait, ce modèle libéral édicté par Adam Smith au 18ème siècle - c’est quand même assez loin - est purement théorique. Dans la réalité économique, si l’équilibre est réalisé, celui-ci l’est a postériori et non surtout pas a priori !

 

Le futur gouvernement a établi ses prévisions sur le fait que les nouveaux revenus créés par les heures supplémentaires vont engendrer une croissance de la production et alimenter ainsi le triptyque vertueux "revenu-production-emploi". Cela suppose au moins deux choses ; que les nouveaux revenus ne soient pas épargnés et surtout que ces revenus aillent alimenter la demande de consommation de produits fabriqués par les industries implantées sur notre territoire. Dans le cas contraire, cela serait catastrophique. Les deux risques suivants sont explicites :

 

1er risque

 

C’est celui de voir ce surcroît de revenus favoriser non pas les productions françaises mais celles importées de pays étrangers, car utilisé pour acheter des produits fabriqués à l’extérieur du territoire tels que : les écrans plats, les chaîne hi-fi, les équipements vidéos, les téléphones portables et autres vêtements et chaussures de basse et de moyenne gamme. Sans parler d’achats de voitures à bas prix fabriquées dans les pays de l’Est européen. Dans ce cas, l’argent du contribuable - par cadeau fiscal interposé fait aux salariés comme aux entreprises - serait utilisé pour favoriser la croissance de l’emploi dans d’autres pays. C’est sûrement bien pour eux, notamment pour les nouveaux pays de l’Union européenne, mais catastrophique pour l’économie de la France et tout à fait contraire à l’effet, sincèrement recherché, par le Président de la République !

 

2ème risque

 

Toujours à supposer que les revenus des nouvelles heures supplémentaires soient fournis sans qu’il y ait au préalable une demande, c’est-à-dire une réelle augmentation du chiffre d’affaires des entreprises françaises, le deuxième risque encouru est d’affaiblir notre croissance. En effet, quand une entreprise demande à ses collaborateurs de travailler en heures supplémentaires c’est qu’elle va, de façon mécanique, mettre plus de produits sur le marché. Hors, si ses produits ne sont pas achetés, car le consommateur porte sa demande plutôt sur des produits importés, l’entreprise va réagir de deux façons : soit baisser sa production et écouler ses stocks, soit diminuer ses prix. Dans les deux cas, il y a un risque probable de réajustement plus ou moins brutal de la masse salariale. Voire de licenciements !

 

Par ailleurs, dans les risques énumérés ci-dessus, nous n’avons pas non plus tenu compte que l’Etat serait aussi perdant en termes de rentrées fiscales puisque que ces fameuses heures supplémentaires seront exonérées tant pour l’entreprise que pour le salarié. Nous n’avons pas non plus évoqué le fait qu’une entreprise aura désormais intérêt à remplacer toute augmentation de salaire par une enveloppe d’heures supplémentaires, totalement défiscalisées.

 

Voilà peut-être une nouvelle niche fiscale qui apparaît. Favorable tant aux entreprises qu’aux salariés, mais dont les effets sur la croissance et la création d’emplois risquent d’être déplorables.

 

Le projet du Président doit donc être rapidement repensé sous peine d’un éventuel échec. Confronté à la réalité de gouverner, il n’est pas impensable de revenir sur une mesure prise en période d’élection. Période durant laquelle les électrices et les électeurs veulent entendre des promesses, tout en sachant quelles ne doivent pas obligatoirement être mises en œuvre ... comme le passé l’a toujours démontré.




Le nouvel ordre de Malte

par lilian massoulier


C’est sur un yacht de 60 mètres que Nicolas Sarkozy est parti «habiter la fonction présidentielle». Son «ouverture à gauche» à lui, à 173 000 euros la semaine. Ce qui reste de la gauche fait mine de s’indigner, mais Johnny, lui, annonce son retour.

Loin des râleurs casseurs condamnés à des peines exemplaires pour les légers troubles commis lors de la soirée qui a suivi son élection, dimanche dernier, loin des paparazzi agaçants qui tentent de lire sur les lèvres de Cécilia si oui ou non elle aménagera à l’Elysée, loin du Centre qui se sépare à nouveau pour se recomposer, loin des Verts qui ne sont déjà pas d’accord sur les propositions roses, notre nouveau président de la République, définitivement adoubé le 16 mai, prend quelques couleurs sur le bateau d’un ami, Vincent Bolloré.

Bolloré, seulement 451e au classement du magazine Forbes des plus grandes fortunes du monde, pas de quoi désespérer Bill Gates, mais suffisant quand même pour posséder un modeste raffiot, dénommé « Paloma », qui répond à de généreuses mensurations, selon Le Nouvel observateur : « Le "Paloma", le yacht de luxe sur lequel Nicolas Sarkozy passe quelques jours de repos au large de Malte avec sa famille depuis lundi 7 mai, est un navire de 60 mètres disponible à la location pour 173 000 euros par semaine -en basse saison-, selon deux sites de location de yachts de luxe. Selon le site en ligne du magazine Capital, ce yacht construit en 1965 par un chantier naval japonais appartient à l’homme d’affaires Vincent Bolloré, qui l’a racheté et rénové en 2003. Ce bateau comprend sept cabines, et peut accueillir 12 personnes, en plus des 16 hommes d’équipage. Son pont supérieur possède un jacuzzi et le grand salon est équipé d’écrans plasma géants. » Après le Fouquet’s le soir du sacre, encore un signe fort vers cette France qui souffre, cette France des malheureux, cette France des laissés-pour-compte qui rêvent sans doute de Malte et de ses croix.

Le grandi Nicolas (il n’est plus petit, il est président), après avoir enterré la gauche caviar, entreprend donc d’emblée de créer la droite nabab, que n’aurait pas rejetée Laurent Fabius ni Jack Lang. Le champagne s’apprécie frais et en maillot de bain, et les petits fours sur un ponton au large de Malte, c’est bien meilleur. Evidemment, certains jaloux s’offusquent, parlent d’indécence. Comment ce président qui prétend s’adresser à tous les Français et surtout aux plus démunis dans ses discours, ose-t-il ainsi afficher un signe aussi ostentatoire de richesse ? Seul François Hollande, à gauche, décidément très en division actuellement, trouve cela normal, que Sarko prenne un peu de repos, après une campagne « longue et difficile ». Il s’affirme, Hollande, depuis dimanche, comme un des grands « zizanistes » à venir.

Le « Paloma » en tout cas, n’a pas passé son temps au large de Malte, la Sarkozy family s’étant rendu en Sicile et à Syracuse. Par amitié pour son soutien Salvador, sans doute. Un autre chanteur, puisqu’on y est, lui aussi grand amateur de yacht, Johnny Hallyday, qui n’en peut plus de féliciter son ami pour sa victoire, a annoncé son futur « retour en France », avec Laeticia. Nouvelle qui devrait à n’en pas douter combler d’aise François Bayrou, qui commence lui à entendre une tout autre chanson, un autre air, venu des ralliés UDF à Sarko, l’air du « nous allons créer notre propre parti » qu’il redoutait tant.

Mais revenons-en à notre président : qu’allait-il donc faire sur ce yacht-là ? Pêcher ? Oui, en quelques sortes, pêcher la liste de son futur gouvernement, très attendu, qui devrait comporter nombre de femmes, d’hommes, d’UMP, d’UDF et peut-être même de gauche, le tout avec uniquement 15 noms promis, pas un de plus, pas un de moins, c’est beaucoup de composantes à faire entrer dans peu de contenant. On attend cela avec impatience. Mais ce n’est pas la seule raison de la présence de Nicolas Sarkozy dans les eaux maltaises : en fait, il venait aussi « réparer une gaffe », ou plutôt une omission. Dans son programme en effet, il avait émis le souhait de renforcer le « front méditerranéen », mais en oubliant de citer Malte, ce que l’ambassadeur maltais à Paris avait relevé, selon Le Nouvel observateur. Du coup, Sarko, au dernier moment, a changé de cap, à la Jack Sparrow, pour mouiller en ces eaux qu’il aime, évidemment, et qu’il entend, bien sûr, considérer à leur juste valeur (du CAC 40 ?). Enfin, troisième objectif du capitaine du paquebot France, entre deux tartines de crème à bronzer : finaliser les derniers points de son « ordre juste » à lui, apporter les dernières touches à la politique qu’il entend faire mener à son gouvernement, dont Fillon, sauf surprise devrait être le chef de cabine.

Il y a certes quelques vaguelettes d’arrogance à passer ainsi du pacte présidentiel au yacht présidentiel, de tendre la main à ceux qui souffrent, ceux qui, faute d’argent, ne peuvent pas profiter de leurs journées RTT, pour ensuite partir se faire dorer la pilule comme le premier footballeur venu. Mais le pont du Paloma est d’abord là pour rappeler qu’une page a bel et bien été tournée. Aucune posture gaullienne, rien de giscardien, de mitterrandien ni de chiraquien dans ce mouillage-là : c’est pas sur une barque à fond plat qu’on pêche le thon. Qui est donné.




Sarkozy, un canular sain

par Noël BASILE

 

_violences_urbaines_Ah, l’euphorie de la victoire. Les grands du monde qui téléphonent à Nicolas Sarkozy les uns après les autres pour lui tirer leur chapeau. Un moment d’inattention parmi le staff du nouveau chef de l’État, noyés entre bulles de champagne et torrent de félicitations, et voilà que des joyeux drilles ont réussi à se glisser dans le flot des appelants le soir de la consécration, dimanche 6 mai.

Les deux humoristes québécois de l’équipe des « Justiciers masqués », Marc-Antoine Audette et Sébastien Trudel, se sont d’abord présentés aux assistants de Nicolas Sarkozy sous des noms très populaires au Canada et aussi farfelus que si quelqu’un nous passait une communication à Paris de la part de Jean-Marie Bigard et Justin Bridou. Le canular a marché et celui qui a imité par la suite la voix du premier ministre canadien, Stephen Harper, a pu arracher à l’heureux élu, dont il écorche allégrement le nom lui donnant du « Monsieur Sarkozny » en veux-tu en voilà, trois précieuses minutes de discussion au téléphone avant que le président de la République ne lui raccroche au nez.

Exercice sain du bouffon qui rappelle au souverain la célèbre phrase de Montaigne pour qui « aussi haut que l’on soit arrivé... », on n’est jamais à l’abri d’une blague de potaches.



Sarkozy : canular radio du Canada
envoyé par basileblog



Orson Welles et Buster Keaton ?

par morice


Oui, les français ont le droit de savoir. Oh, pas que des chômeurs resquillent, comme une émission récente de télévision diffusé la veille du scrutin le disait. Non, les français on le droit de savoir à quel point on se moque d’eux. Un président qui vantait les mérites de ceux qui se levaient tôt il n’y a pas si longtemps, c’est levé fort tard le lendemain pour aller prendre des vacances. Grand bien lui fasse, tant il avait paru passablement énervé durant cette campagne. Le problème, c’est ce qui se cache derrière ses vacances, à savoir encore une foi la mise en marche d’un réseau d’influence, et de cadeaux qui ressemblent fort à des échanges de mauvais procédés. "Echange marchandises" disent les africains de ses pratiques de dessous de table. Monsieur Sarkozy, qui, lors d’un récent débat avait toutes les allure d’un VRP, le stylo et les attitudes, et non d’un président, vient de se transformer à nouveau en VRP qui vient toucher sa prime, à savoir quelques jours de villégiature payés par ...l’industriel Vincent Bolloré.


Le président, après avoir passé la nuit dans l’un des hôtels les plus chers de Paris, apartenant à un autre de ses amis proches, s’est en effet envolé à bord d’un avion direction Malte. L’avion est connu : immatriculé F-HBOL, c’est un Falcon 900 EX appartenant à l’industriel Vincent Bolloré. L’appareil coûte 31,2 Millions de dollars, pas moins, et est fabriqué par un autre grand ami, Serge Dassault.

Le bateau sur lequel il s’est embarqué est La Paloma, racheté en 2003 par... Vincent Boloré pour à la famille grecque Goulandris, un véritable clan. Qu vit...en suisse. Le bateau, construit au japon, (http://www.yachtchartersdeluxe.com/paloma.htm) est loué en croisière entre 173 693 euros et 193 431 euros la semaine. Il fait 60,25 m de long. Il a deux sisterships similaires, le Anemos et le Beluga. A son bord, 16 hommes d’équipage, et deux moteurs Carterpillar de 1000 cv. Pour le coût d’entretien annuel, désolé on a pas les chiffres.

Le gag de ce bateau, c’est qu’il a été construit il y a 40 ans. Oui, vous me suivez bien, un peu comme le Clemenceau ou le Foch. A savoir qu’il était rempli d’amiante (http://www.the-triton.com/megayachtnews/index.php ?news=86). A Malte, il ne semble pas qu’on ait les mêmes lois qu’en France : une société maltaise, la Malta Super Yacht Services (MSYS) s’est chargée du désamiantage pour le groupe Bolloré, via son représentant, Noel Gatt, un chantier...mené en 2004, au grand air. Noel Gatt était aussi le représentant de Malte aux jeux olympiques, pour l’équipe de hockey, et représentant du Malta Labour Party de la ville de Naxxar (Malte). Le groupe Bolloré est à Malte, il gère en effet Bezzina Yachts, le chantier naval maltais, spécialisé dans la réparation navale (http://www.bezzinagroup.com/). Réaparations et d’autres petites choses. Il a par exemple fabriqué le sous-marin du film U-571 !

Qu’est ce qui peu bien valoir un cadeau pareil ? Quelle échange marchandise se cache derrière ces vacances gratuites ? En réalité, l’histoire est simple. Bolloré, classé 451e fortune mondiale, à d’énormes appétits, comme notre président actuel a pu en avoir et en aura encore. Bolloré, l’industriel héritier du groupe familial issu des papeteries lui, désire s’insérer aujourd’hui dans le jeu difficile du journal gratuit. la SFP, en média ne suffit pas. oui, les studios de la SFP où a eu lieu le débat Sarkozy-Royal.

Direct 8 non plus, la chaîne palichonne de la TNT. Pas plus que Vallourec en industrie ou Gaumont dans le cinéma. Et aussi Havas, ne l’oublions pas, tous appartenant à l’héritoer d’origine bretonne. Dans le gratuit, les places sont chères, très chères : 20 Minutes est déjà bien installé, et son rédacteur en chef est un ancien de Libération : autrement dit il n’est pas particulièrement de droite, donc. D’où l’idée de mettre sur le marché un journal du soir.. (Direct Soir, au contenu assez vide, et jusqu’ici exclusivement "people") qui ne se porte pas bien, ayant déjà deux fois de look avec un succès... mitigé. Etant donné les scores de dsitribution, voisins de ceux des Verts à l’élection 2007, un autre projet avait germé avec le journal Le Monde, réputé plus...sérieux. Au départ, le Monde et Bolloré devaient s’associer à 50/50 pour le lancement d’un « quotidien d’informations générales très ancré dans la région Ile-de-France ». Le responsable du projet, François Bonnet a en fait claqué la porte en novembre dernier, trouvant le projet de plus en plus Bolloré et de moins en moins Le Monde. Autrement dit, un autre magazine people. A l’autre bout du projet, on retrouve aussi un publicitaire... qui n’est pas un inconnu : c’est Jacques Seguela, de Havas, appartenant à... Bolloré. Lui est plutôt favorable à un gratuit du dimanche, selon les Echos. Et lui aussi subitement devenu supporter de l’homme au yacht maltais. Etrange coïncidence, dirons-nous.

Car au de cette bataille, qui s’annonce rude, il y a les soutiens politiques nécessaires. Et Bolloré, pour y parvenir, emploie les grands moyens. Comme par exemple de sortir pendant la campagne présidentielle Matin Plus, l’édition revue du gratuit de la PQR, et toutes ses éditions régionales. Bolloré voulait qu’il sorte le 6 février et pas un autre jour : c’est le lendemain de la prestation de Sarkozy sur les ondes de TF1... Et c’est exactement ce qu’il fit. Ou de préparer ce fameux gratuit du Dimanche avec Seguela, dans lequel on pourrait, par exemple et en exclusivité parler d’un croisière à Malte en pages people. Maintenant, on n’en sait peut être un peu plus sur ce cadeau d’entrepreneur à un président, qui a eu tort de l’accepter, compromettant une fois de plus la probité affichée extérieurement. Jet privé, yacht prêté, qu’attend donc Bolloré en retour ? Les deux appétits sont les même, à part qu’il y en a un des deux qui est déjà arrivé au sommet (http://www.acrimed.org/article1823.html). C’est l’Express, une fois n’est pas coutume qui avait trouvé le bon titre en février dernier avec "Citizen Bolloré" (http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/presse/dossier.asp). D’un côté Orson Welles, de l’autre...Buster Keaton (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=1498.html). L’un est déjà arrivé, l’autre voudrait bien être aussi sur le podium. Rien de tel que des petits cadeaux pour entretenir l’amitié. N’oublions pas qu’il y a une chaîne publique ou deux à être privatisées à plus ou moins longue échéance, malgré les dénégations officielles actuelles. Prix de FR3 ou France 2 : un vol en Falcon 900 et un séjour sur un Yacht de 60 m ?




Nicolas Sarkozy et la concurrence des mémoires

par Pinkydoky


Je suis atterrée par le discours de Nicolas Sarkozy, au soir de sa victoire. Une phrase, en particulier a attiré mon attention: «Je veux en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires, qui nourrit la haine des autres». Cette phrase assénée de manière péremptoire, n’est suivie d’aucun argument. Elle mérite qu’on s’y attarde.


Aux yeux de notre Président la repentance serait donc révélatrice d’un profond dégoût de soi même. Dans le dictionnaire le terme repentance a, à l’origine, une acception religieuse : « regret douloureux que l’on a de ses péchés », par extension se repentir devient « éprouver un regret sincère, regretter ce qu’on a fait à cause de conséquences fâcheuses ». Dès lors pourquoi Nicolas Sarkozy considère la repentance comme intrinsèquement mauvaise.

 

Cette idée n’est pas récente chez lui. Il s’était déjà livré à plusieurs variations sur le même thème durant la campagne : « La France n’a pas inventé la solution finale », « La France n’a jamais exterminé un peuple », « La France n’a pas commis de génocide ».

 

Par cette phrase Sarkozy marque une rupture avec son prédécesseur, Jacques Chirac, qui a pour la première fois reconnu publiquement la responsabilité de l’Etat dans la déportation des Juifs de France, promulgué les lois Taubira qui reconnaissent la traite négrière comme étant un crime contre l’humanité, reconnu le génocide arménien. La rupture est franche, on passe d’un président adepte du « tourner la page sans oublier », à un autre qui veut fermer le livre et passer à autre chose.

 

Le message est limpide, et ceux qui attendaient encore que la France reconnaisse ses exactions en Algérie et ailleurs, peuvent faire une croix dessus. Non Messieurs dames, nous n’allons pas tomber pas dans la haine de nous-mêmes, tout de même.

 

Je ne suis pas adepte des lois mémorielles, l’histoire ne se fait ni dans les prétoires ni dans l’hémicycle. Cependant, un pays a besoin de mémoire et de souvenirs. La commémoration n’est pas la flagellation. Il s’agit plutôt d’une étape nécessaire dans l’histoire d’une nation. Ce serait tout à l’honneur de la France que d’être capable d’assumer publiquement ses errements pour continuer à avancer avec une mémoire pacifiée.

 

Choisir un président de la République qui considère, que reconnaître ses erreurs, relève du déni de soi, est passablement inquiétant. Cela en dit long, non seulement sur ses valeurs, mais aussi sur son rapport à l’histoire.

 

La deuxième partie de sa phrase est tout aussi dangereuse : « la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ». Dans cette vision, se souvenir du génocide arménien relèverait de la haine du peuple turc, commémorer la Shoah, vomir les Allemands et réhabiliter les Harkis, mettre en accusation les Pieds noirs.

 

Cette pensée manichéenne et dualiste est absurde. Sarkozy se montre incapable de concevoir le Vivre Ensemble, sans opposer les communautés. Au lieu d’acculturer, de dialoguer, d’assimiler, il préfère la fuite en avant. Rien de plus facile sur l’instant de balayer le passé d’un revers de la main. Seulement les frustrations de l’histoire et les besoins de reconnaissance demeurent même si on ferme les yeux sur eux. Ils ressurgissent et on en connaît les dangers.

 

Par ailleurs, si la « concurrence des mémoires » est aussi abjecte à ses yeux, le « monopole de la mémoire » est-il sa solution ? Dans ce cas, qui en aura le monopole ? Là aussi on voit très nettement les dangers poindre.

 

Sarkozy veut rendre aux Français la fierté de la France. Cependant, il oublie que cette fierté n’est pas inconditionnelle. Je ne suis pas fière de mon pays lorsqu’il décerne la légion d’honneur à Vladimir Poutine, lorsqu’il ferme les yeux sur le Rwanda, lorsqu’il oublie ceux qui ont combattu pour ses couleurs.

 

Rousseau écrit dans ses Confessions : « Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon généreux et sublime quand je l’ai été. » Ce qui est vrai pour ce précurseur des Lumières devrait l’être aussi pour notre pays. La France doit se monter comme elle est et reconnaître ce qu’elle a été.




Connaissez-vous M. Bolloré ?

Par Raphaël Anglade


M. Sarkozy, prochain président de la République française, se repose donc sur le Yatch de M. Bolloré.

Voilà une belle manière de réduire le train de vie de l’Etat. Le sponsoring. Comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

Mais qui est exactement M. Boloré ?

Une recherche Internet rapide vous apprendra les informations suivantes :

- INDUSTRIES TECHNIQUES. Associé à Euro Média dont il est devenu actionnaire à hauteur de 23,6 %, le Groupe détient 30 % de la Société Française de Production (SFP). Le groupe Euro Média-SFP a acquis en 2003 la société VCF, acteur majeur de la prestation technique audiovisuelle, premier diffuseur de chaînes thématiques en France et se situant parmi les premiers groupes européens de la logistique pour le cinéma et la télévision. Le groupe Bolloré a également acquis, en 2001, 75 % de la société Streampower, leader français de la diffusion audio et vidéo sur Internet.

- CINÉMA. Parallèlement au financement de quelques films et à l’exploitation de la salle de cinéma mythique du Mac-Mahon à Paris, classée en catégorie Art et Essai, le groupe Bolloré détient 10 % de Gaumont, qui est l’un des premiers acteurs français de ce secteur, possédant un tiers du grand réseau de salles Europalaces et exploitant un important catalogue de longs métrages.

- PUBLICITÉ. Avec un peu plus de 20 % de son capital, le groupe Bolloré est devenu, de très loin, le premier actionnaire connu d’Havas, sixième groupe mondial de publicité.

Il y avait en France trois grands patrons de médias sarkozystes : M. Lagardère, M. Bouygues et M. Dassault. Il y en aura visiblement bientôt un quatrième...

M. Bolloré n’est pas patron d’un grand média ? Nous ne donnons pas encore deux ans avant qu’il ne mette la main sur France 2 ou Canal +.




Le sarkozysme est un anti-humanisme

Pierre Cornu et Jean-Luc Mayaud


Et pourtant, un mal le ronge qui ne quitte pas ses pensées, habite ses mots et corrompt ses actes : la certitude de son illégitimité. Une illégitimité non pas fondée sur sa personnalité, son passé ou ses compétences présentes, mais sur les forces sous-jacentes à son projet lui-même. Que l’on lise ses écrits, que l’on écoute ses discours ; qu’on les prenne au sérieux, c’est-à-dire au premier degré – références à l’histoire, à la science, à la morale comprises –, et l’on comprendra, au-delà de tout psychologisme, ce qui se joue à travers le destin de cet homme, et sous les apparences d’une énième redéfinition de l’identité de la droite française.

Nicolas Sarkozy n’est pas un cynique. Joueur, hâbleur, menteur peut-être, c’est pourtant un convaincu – d’autant plus efficace et dangereux. Formé au combat politique dans les années de décadence et de décomposition fratricide du gaullisme, il a appris l’écart de l’idéal à la pratique, des apparences au réel, des faits à leur mise en représentation médiatique. Grandi dans l’ombre de Jacques Chirac, il en a médité la seule leçon – que le pouvoir contient sa propre justification. Héros négatif et naïf de l’élection présidentielle de 1995, il a compris à ses dépens que la morale – en l’occurrence, celle de la « fidélité » – était l’arme suprême de l’immoralité, c’est-à-dire de la raison d’État.

Mais il y a plus important dans l’héritage de cette période mortifère, pour Nicolas Sarkozy et sa génération de la droite républicaine : l’émergence d’une insatisfaction, d’une soif que plus aucun discours, aucune figure ou aucun programme ne pouvait étancher. Gaullisme, christianisme social, humanisme libéral même, avaient épuisé leurs sucs. Même rajeunis par le marketing politique, ils faisaient pâle figure dans le contexte de la mondialisation économique et culturelle, du réveil des États-Unis et de l’émergence de véritables capitales mondiales. Un nouvel ordre, une nouvelle civilisation peut-être naissaient dans les lieux de pouvoir et de créativité de la planète. Et la France semblait se complaire dans sa propre singularité immobile, symbolisée par un président sans autre ligne de conduite, de salon de l’agriculture en palabres européennes, que sa propre pérennisation. Pourtant, le monde était aussi agité de nouvelles menaces, à l’étroit dans son espace. Les attentats du 11 septembre 2001, en produisant le nouvel ennemi du « monde libre », le terrorisme théocratique islamique, et l’émergence d’un nouvel outil de contrôle social, la « sécurité », parachevaient le constat d’obsolescence du paternalisme gaulliste. Jacques Chirac, pour ceux qui prenaient conscience de cette nouvelle donne, ne pouvait pas avoir d’héritier. Et au-delà, c’était la transcription institutionnelle du compromis entre les Lumières et l’ordre social, mille fois ravaudée – en 1848, en 1875, en 1945-1946 pour la dernière fois – qui se trouvait, cette fois, radicalement remise en cause.

C’est dans ce contexte d’incertitude et d’anxiété générales que surgit le nouveau Nicolas Sarkozy, « born again ». À l’occasion de l’élection présidentielle de 2002, et dans les suites du premier tour dramatique que l’on sait. Un Nicolas Sarkozy certes rallié au vieux président, converti au compromis et à la patience, mais désormais habité par une cause. Plus qu’une cause, un évangile. Lequel ? Sans doute ne le sait-il toujours pas lui-même. Car il y a là, par-delà le positionnement tactique et l’intuition d’un ambitieux, un révisionnisme, un reniement mémoriel que même la tradition nationale des anti-Lumières d’extrême droite n’a jamais pensé dans cette radicalité. Ce n’est plus la querelle des Anciens et des Modernes, de l’Ordre contre le Mouvement, de la verticale du pouvoir contre la fraternité sociale : c’est la conversion intégrale, au sens religieux du terme ; la page blanche d’une mémoire falsifiée et d’une disponibilité totale aux idoles surhumaines de la compétition généralisée. Car il est bien là, l’idéal du post-humanisme dont Nicolas Sarkozy n’est qu’un zélateur confus : consumer toutes les valeurs anciennes dans un même creuset – d’où les références obsessionnelles du candidat à « l’histoire », aux « grands hommes » et aux « spiritualités » –, pour en purifier l’or de toutes les imperfections humaines, et fonder sur ce capital un pouvoir sans partage et sans pitié : « efficace ».

Ce que Nicolas Sarkozy pressent toutefois, c’est que cet évangile fait de lui un étranger dans son propre pays. Étranger à sa culture politique, à ses formes de régulation sociale, aux idéaux qui structurent ses institutions. Pitoyablement contraint à citer jour après jour tous les noms glorieux du panthéon national, fussent-ils liés à la gauche la plus révolutionnaire, pour persuader et se persuader lui-même de la légitimité « historique » et « nationale » de son projet ; et en même temps exalté par l’horizon mystique de ce dernier, jusqu’à le rendre, à la manière d’un télévangéliste appelant à la repentance et à la mortification, extraordinairement haineux contre tout ce qui symbolise le vieux monde de l’humanisme et de « l’exception française ». Mai 68 en apparence, son esprit de jouissance et de liberté ; 1936 et le Front populaire, malgré les citations provocatrices de Léon Blum ; 1789 plus sûrement, fondement du contrat social moderne.

Ainsi, Nicolas Sarkozy ne saurait être dupe de l’enthousiasme de ses dévots : ce qu’ils attendent de lui, ou plutôt de l’icône martiale et inquisitoriale qu’il est devenu, c’est encore et toujours une trahison. Trahison non plus d’un homme, mais d’une idée de l’homme – et avec elle, de l’enfant rebelle, du « sans-papiers », du malade mental… Elle est bien là, dans la crise de l’universalisme et de la démocratie représentative hérités des Lumières du 18e siècle, la demande adressée à l’homme providentiel : qu’il prenne le pouvoir, tout le pouvoir, pour en assumer seul les brutalités inévitables – tant la culture politique française est habitée par l’angoisse de la responsabilité collective face à l’histoire. Un jour sans-culotte, l’autre boutiquier. Voici donc le peuple souverain, le peuple héritier de la Révolution, déboussolé par une propagande débilitante, conduit à comploter contre lui-même, pour sa propre aliénation. À l’heure de la lutte globalisée, du Nord contre le Sud et de « nous » contre « eux tous », la société française si profondément attachée à la solidarité sociale, est tragiquement conduite à se demander si, pour en sauver l’idée, elle ne doit pas se replier dans la seule arche de la nation. Et, pour en défendre l’accès au reste de l’humanité, s’en remettre à un tyran shakespearien…

Ministre de l’Intérieur, puis candidat en campagne, Nicolas Sarkozy a pu vérifier et valider ses propres intuitions sur la révolution morale en cours dans le corps social : une énergie historique phénoménale s’est accumulée dans la crise de la société industrielle, pour l’heure pétrie de souffrance sociale et d’humiliation morale stériles, mais potentiellement transformable en vague irrésistible – sur le point de déferler, malgré les digues du « droit-de-l’hommisme » dont il n’a cessé de moquer les idéaux… Une énergie dont le principe ne s’expliquerait plus par la dynamique sociale et les enjeux du partage de la valeur ajoutée de l’économie – ce qui disqualifie à ses yeux la gauche toute entière, restée attachée au rationalisme des Lumières et de la critique marxiste du capitalisme. Une énergie dont l’essence serait à la fois biologique et morale, insurrection légitime du corps social contre la « pensée unique » des valeurs universelles et du modèle de l’État-providence, dont seuls « l’élite » d’une part, et les « parasites » de l’autre, tireraient profit… appelant donc, venu de l’élite mais rallié à la cause des « gens « , un homme providentiel, capable d’en incarner le « rêve » et d’en « libérer les énergies ». Formidable subterfuge, par lequel une déqualification morale des élites et de l’État sert à les renforcer tous deux et à en diminuer les devoirs moraux vis-à-vis de la société.

De fait, la dissolution des formes anciennes de solidarité par l’avènement du paradigme libéral dans sa forme mondialisée (et non pas de l’utopie socialiste ou de l’hédonisme, comme Nicolas Sarkozy, toujours prompt à occulter dans le moralisme les effets bien réels du capitalisme, feint de le croire) a en effet atteint l’ordre social jusque dans ses structures anthropologiques élémentaires. L’expérience collective du travail, le couple, la transmission intergénérationnelle, et jusqu’à l’identité sociale des individus se sont trouvés menacés par la réduction de la vie sociale à une compétition permanente. Or, cette remise en cause des fondements ontologiques des systèmes sociaux a eu pour effet de générer des mécanismes psychologiques et sociaux de défense identitaire et symbolique, invisibles sans doute à leurs propres acteurs, mais terriblement efficaces pour qui se révélerait capable d’en canaliser l’énergie morale négative. Cela a commencé, dès les années 1980, par l’orientation d’une xénophobie diffuse et d’une intolérance croissante vis-à-vis des « incivilités » vers un discours et des pratiques directement racistes, avec l’action de Jean-Marie Le Pen, mais également, plus subtilement, vers la justification d’un raidissement des normes sociales et d’une criminalisation de la « misère », comme la droite a commencé à l’expérimenter dès la première cohabitation en 1986, initiant un cycle de renforcement sans précédent de l’appareil répressif. Et c’est bien, dans une logique malthusienne et irrationaliste, une nouvelle distribution des statuts sociaux et de la valeur morale attachée aux êtres et aux choses qui se dessine sous nos yeux depuis une vingtaine d’années : régression évidente aux yeux des humanistes, mais légitimée, à partir du foyer nord-américain, par une droite néo-conservatrice conquérante, qui attend de la science qu’elle en justifie la rationalité et la nécessité, des religions qu’elles en sacralisent les principes, et du politique qu’il en assume la violence. Comme un retour fantasmé à la vérité biologique de l’espèce, secouant les artifices de l’intellectualité.

Par-delà la dénonciation des « parasites » et des « voyous » et l’exaltation d’une « France éternelle » qui, elle, « ne brûle pas les voitures », c’est donc la conception universaliste de la dignité sociale et des droits de l’individu qui se trouve ainsi remise en cause, au profit d’une nouvelle segmentation des identités, bâtissant par des actes de violence, à la fois physique et symbolique, des barrières ontologiques irréversibles entre les groupes sociaux. Forme de communautarisme évidemment social, mais habillé de justifications culturelles, séparant d’un côté ceux qui, par leur soumission ou leur adéquation à la normalisation en cours, auront droit de cité et de « protection », et de l’autre tous ceux que leur origine, leurs tares innées ou leur immoralité acquise disqualifie pour cette « dignité » et rejette dans le non-droit.

L’obsession de notre époque pour la délinquance, en association avec l’origine ethnique et les formes de sexualité (voir les fantasmes sur la polygamie au moment des émeutes de 2005), est emblématique de cette recomposition, morale et biologique à la fois, du sens des affrontements sociaux. D’un côté, Ben Laden comme nouvelle figure d’une altérité menaçante, faisant métastase dans les « quartiers » et appelant soumission à une figure virile et protectrice du pouvoir ; et de l’autre, le refuge dans des « valeurs » qu’on pourrait tout aussi bien appeler va-leurres, tant elles tiennent de l’illusion collective ou de la tartuferie intéressée – ainsi de la manie de « l’authenticité », de la « tradition », de la généalogie ou encore du ré-enracinement dans une ruralité mythifiée. Le Front national n’a fait que capitaliser un temps cette énergie sociale implosive, qui se nourrit des images de la violence d’un monde réduit à un village par la communication, pour reconstruire dans la sphère locale réelle un ordre ontologique inégalitaire et xénophobe. Il était inévitable qu’il se voie disputer cette source d’énergie morale.

Et l’on ne peut manquer d’être frappé – et effrayé – de la convergence des propos et des textes programmatiques du candidat Nicolas Sarkozy, que ce soit sur « l’inné » et « l’acquis » ou sur la remise en cause du statut pénal des mineurs, avec ce courant souterrain et proprement pathologique de remise en cause radicale du contrat social et du statut de l’Autre. « Dire tout haut ce que les gens pensent tout bas », « parler avec ses tripes » plutôt qu’avec sa raison et sa culture, est-ce autre chose ? D’ores et déjà, c’est bien cette conjonction du travail obscur de la partie malade du corps social et de son instrumentalisation politique qui a conduit à faire des « banlieues » et de leurs habitants, sous le regard obscène et hystérisant des caméras de télévision, et au prix d’un désastre économique et humain, le laboratoire du nouvel ordre sociobiologique et moral. Que l’on y prenne garde : sous des dehors de simple restauration de la « morale civique », de la « valeur travail » et de la « compétitivité » de la nation, c’est une entreprise aveugle de purification qui est en marche. Entreprise dans laquelle le candidat-prêcheur de l’UMP, par ses métaphores hygiénistes, son discours d’intimidation des militants civiques et ses lois répressives, qui transforment les policiers en corps-francs de la normalisation, a déjà profondément engagé l’appareil d’État, initiant un processus dont il est bien incapable de prédire et plus encore de contrôler les aboutissements.

Nicolas Sarkozy serait-il donc un nouvel avatar de la « bête immonde », un fasciste du 21e siècle ? Bien sûr que non. Même de cela, il n’est pas un héritier. Mais un homme déchiré, oui : entre une vague qui le porte et l’exalte, l’aveugle et l’enthousiasme tout à la fois, mais qui lui promet un destin de tyran des faibles et de traître à la devise républicaine ; et une aspiration à la légitimité et à la reconnaissance ordinaires, qui le pousse à invoquer les mânes de Jaurès, de Blum et des héros de la Résistance, mais n’a rien d’autre à lui promettre qu’une carrière banale de politicien opportuniste, à l’aune de ses passages aux ministères du Budget et des Finances, dans une puissance moyenne à l’écart des grands enjeux du siècle. Incarner une contre-révolution ou se résigner au conservatisme, tel est le dilemme qui traverse l’homme, et qui fascine tous ceux qui, à ses côtés, pensent que la trahison est le chemin nécessaire vers une fidélité plus haute.

Au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy, c’est en effet toute la société qui, par médiatisation interposée, et dans l’occultation de ce que la gauche a à proposer, se trouve happée dans cette dramaturgie. Dès lors, on ne s’étonnera pas de voir les passions fuser de toutes parts et emplir l’atmosphère d’une électricité menaçante. C’est ainsi Nicolas Sarkozy lui-même, incapable d’assumer la cohérence de son individualité, de la charge à laquelle il aspire et de la force historique qu’il prétend incarner, qui construit sa propre « diabolisation » et appelle à une confrontation avec les forces déclinantes du mouvement social et les forces inorganisées des exclus de la société post-industrielle, dont naturellement il se croit certain de triompher.

* * *

Si par malheur le peuple souverain, trompé par les clercs et ses propres contradictions, enfermé dans le piège d’institutions de la Cinquième République conçues pour permettre la concentration des pouvoirs et perverties encore par un système médiatique hystérisant, lui confiait dimanche les clés du pouvoir, que Nicolas Sarkozy sache au moins qu’il ne sera pas seul à connaître le secret de son illégitimité : chaque fois qu’il succombera à la tentation d’attaquer les Lumières, ce et ceux qu’elles protègent, des voix s’élèveront, des forces se lèveront pour lui dénier, majorité ou pas, le droit moral d’agir au nom du souverain. Car les Lumières, n’en déplaise aux apôtres du post-humanisme, ont peut-être épuisé une forme historique de leur incarnation, elles demeurent au fondement même de l’aspiration humaine au bonheur, à la connaissance et au partage, et n’ont rien perdu de leur légitimité morale non plus que de leur puissance de subversion.


Lyon, le 1er mai 2007

Pierre Cornu et Jean-Luc Mayaud,

enseignants d’histoire contemporaine des Universités

Le texte suivant n’engage que ses auteurs, et non les institutions auxquelles ils appartiennent. Le monde de la recherche, et spécifiquement les sciences sociales, ne peuvent toutefois rester muets face à la remise en cause des règles les plus élémentaires de la vie en démocratie. On ne peut accepter que la rationalité, les faits ou l’acquis de la recherche, tant en histoire qu’en sociologie, psychologie ou biologie, soient balayés par la démagogie d’un candidat et la lâcheté ou l’ignorance des principaux médias, privant les citoyens des éléments indispensables à l’éclairage de leur vote.

Les signataires de ce texte appellent tous ceux qui, comme eux, sont attachés aux héritages des Lumières et croient toujours à leur validité scientifique, éthique et politique, à rejeter solennellement, avant le 6 mai et après s’il le faut, le droit de Nicolas Sarkozy, coupable de tromperie et d’abus de pouvoir caractérisés au cours de sa campagne, à parler jamais au nom de la République française. L’utilitarisme post-humaniste a trouvé son acteur, nous ne serons pas ses clercs.




Le Président Sarkozy aurait menti lors de sa campagne sur son grand-père ?

par aurelien


Nicolas Sarkozy aurait menti pendant sa campagne présidentielle sur son grand-père, alors qu’il était en posture délicate avec Jean-Marie Le Pen et en cherchant à s’approprier les électeurs du Front National?


Pris à partie par monsieur Jean-Marie Le Pen sur ses origines hongroises, Nicolas Sarkozy a affirmé le 10 avril, à Tours, dans son meeting d’avant premier tour :

 

"Oui, je suis un enfant d’immigré, fils d’un Hongrois, petit-fils d’un Grec né à Salonique, qui s’est battu pour la France pendant la Première Guerre Mondiale."

A Montpellier, le 3 mai, dans la campagne d’entre-deux tours, Nicolas Sarkozy réitère :

"J’ai été élevé par mon grand-père, je l’aimais passionnément. Il avait fait la Première Guerre, et il avait eu peur, lui le Juif de Salonique, de la Seconde Guerre Mondiale."

Dans "Sarkozy, une famille française" aux éditions Calmann-Levy, page 64, les journalistes Pascale Nivelle et Elise Karlin démentent ces informations : le grand-père de Nicolas Sarkozy, Benedict Mallah, n’a pas combattu pour la France, mais a échappé à la mobilisation de justesse, en tant que "soutien de famille".

"A douze ans, Benedict est pensionnaire au Lycée Lakanal à Sceaux, dans la région parisienne. Il fait sa médecine en s’occupant de ses frères, qui l’ont rejoint juste avant que débute le premier conflit mondial. Soutien de famille, il échappe de justesse à la mobilisation"

Pascale Nivelle, Elise Karlin, "Sarkozy, une famille française" p.64

Comment expliquer que les médias mainstream n’ont pas relevé cette contradiction, alors qu’Elise Karlin figurait notamment dans un reportage de France 2 du journal de 13 heures du 7 mai, dans lequel se trouvait un extrait du meeting de Montpellier avec la phrase citée plus haut ? Les journalistes mainstream ont-ils réellement informé de manière fiable leurs lecteurs, auditeurs ou télespectateurs ?

Quel est le sens de l’éthique d’un président qui déforme l’histoire de sa propre famille pour gagner des électeurs ? Un tel comportement est-il compatible avec la rigueur, la dignité et l’éthique supposée d’un chef d’Etat, et la République peut-elle le cautionner ?

Le passage de pouvoir entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy s’effectuera le 16 mai prochain. En février, une réforme du statut pénal du Chef de l’Etat a été adoptée par l’Assemblée Nationale (1), réforme qui permet d’instaurer une procédure de destitution <<en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat>>. Ne serait-il pas judicieux de s’interroger sur ces faits, à la lueur de cette procédure, vu la tromperie aux électeurs que représentent ces paroles de Nicolas Sarkozy ?

(1) Loi constitutionnelle n° 2007-238 du 23 février 2007 portant modification du titre IX de la Constitution publiée au Journal Officiel du 24 février 2007.



Publié dans Divers

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