François Hollande : "Il faut séparer la sphère privée de la sphère politique"

Publié le par Raphaëlle Bacqué, Thomas Hugues et Stéphane Paoli


Vous êtes le premier secrétaire du PS, Ségolène Royal est la candidate socialiste et vous êtes un couple. Or, depuis plusieurs semaines, on s'interroge sur le sens de plusieurs cafouillages. Est-ce le signe d'un désaccord politique, y a-t-il un conflit privé, une rivalité d'ambition entre vous ?


D'abord, il faut séparer la sphère privée de la sphère politique. Restons donc sur le domaine qui est le nôtre. Je suis premier secrétaire du Parti socialiste. Ségolène Royal est la candidate de tous les socialistes. Mon premier devoir, c'est de mettre le Parti socialiste en soutien, en mobilisation derrière Ségolène Royal. Ensuite, c'est de faire en sorte que la candidate puisse pouvoir en liberté disposer du temps nécessaire pour mener comme il convient les débats qu'elle veut lancer dans le pays, qu'elle appelle la démocratie participative.


Une partie du PS ne reste-t-il pas sceptique sur la démocratie participative ?


Ce que le parti aime faire, ce sont les meetings, la distribution de tracts. Nous en faisons. C'est vrai que les citoyens attendent peut-être autre chose. Pas simplement qu'on les convainque. Pendant un temps limité, qu'elle a elle-même fixé jusqu'au 11 février, il doit y avoir échange, dialogue, pour que l'on puisse s'approprier ensemble les mêmes propositions.


Les Français s'inquiètent parfois : "Elle ne dit rien"...


Il y a une pression parce que c'est nouveau. Cela ne respecte pas les codes établis. Sur des grands sujets, comme le logement, elle a évoqué un certain nombre de thèmes et d'orientation, elle va continuer sur l'environnement et l'éducation, sur la jeunesse.


Dominique Strauss-Kahn, que Ségolène Royal a désigné pour une mission sur la fiscalité, ne paraît pas être sur votre ligne...


Le projet socialiste, là-dessus, a fait ses choix. On remettra en cause les baisses d'impôt qui sont accordées en 2007. Les classes moyennes reçoivent peu, très peu. Il n'y a aucune raison de mettre en cause ces baisses d'impôt pour ces catégories. En revanche, des catégories très favorisées reçoivent beaucoup. Et là, on verra à partir de quel seuil. Ségolène Royal a demandé à une équipe, avec Dominique Strauss-Kahn, de définir ce que doit être une politique de redistribution.


Est-ce vous qui avez demandé la suspension d'Arnaud Montebourg après qu'il vous eut mis en cause ?


C'est Ségolène Royal, elle-même, qui a décidé. Et Arnaud Montebourg sera de toute façon dans l'équipe de campagne. Comme premier secrétaire du Parti socialiste, je veille, quelles que soient les positions personnelles, les oppositions que nous avons pu avoir, à ce que tout le monde soit là. Y compris ceux qui ont été des candidats malheureux face à Ségolène Royal en interne.


Etes-vous cependant tous deux en accord sur la stratégie ?


Il y a toujours un moment où il faut caler les positions. C'est ce qui s'est produit depuis plusieurs semaines. Ségolène Royal doit avoir son équipe, le Parti socialiste doit continuer à vivre et à travailler auprès des Français sur la base de son projet. Toutes ces questions ont été réglées. Aujourd'hui, nous sommes dans un dispositif cohérent.


Etes-vous partisan, comme Ségolène Royal, de l'exclusion de Georges Frêche ?


Il a tenu des propos qui, s'ils sont avérés, sont extrêmement choquants. Nous avons une procédure, au Parti socialiste, qui est de convoquer une commission nationale des conflits. Elle se réunit le 27 janvier et elle aura à trancher. (...) Si les déclarations sont confirmées, il sera exclu.


Nicolas Sarkozy affirme, dans Le Monde, sa méthode pour permettre à chacun, dit-il, "de travailler plus pour gagner plus".


La majorité actuelle, à travers notamment deux lois Fillon, a brisé la règle des 35 heures. Aujourd'hui, si le patron veut utiliser les heures supplémentaires, il peut le faire jusqu'à un contingent de 220 heures. Laisser entendre que des Français voudraient travailler mais ne le pourraient pas est un mensonge. L'idée, c'est de supprimer les cotisations sociales et les impôts sur ces heures supplémentaires. (...) La proposition de Nicolas Sarkozy aboutit non pas à faire travailler plus, mais à faire travailler moins de Français. A ce que le chômage de masse que nous connaissons se perpétue.


Il propose aussi de baisser le bouclier fiscal de 60 % à 50 % des revenus.


Le bouclier fiscal à 60 % touche à peu près 90 000 personnes. 15 000 personnes obtiennent l'essentiel des profits du bouclier fiscal et gagnent ainsi une baisse d'impôts de 20 000 euros. Descendre encore le bouclier fiscal à 50 % coûtera à peu près 1 à 2 milliards d'euros. C'est un nouveau cadeau, non pas aux plus modestes, mais aux plus fortunés. C'est quand même un curieux projet qui revient à donner de l'argent à ceux qui en ont déjà.


Nicolas Hulot a renoncé à se présenter. Est-ce une bonne nouvelle pour la candidate du PS ou pas ?


Il a obligé l'ensemble des candidats, de bonne ou de mauvaise foi, à se positionner, à se déterminer, notamment sur le réchauffement climatique. Sa place n'était pas dans l'élection présidentielle mais sa vigilance sera nécessaire.


Article paru dans l'édition du 24.01.07. Offre Elections 2007 : Le Monde à -50%

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