Les " candidats naturels " du Cameroun: Apprendre de l'exemple ROYAL

Publié le par Pauline BIYONG - icicemac.com

SI COMPARAISON ETAIT RAISON : L'EXEMPLE QUI NOUS VIENT DU PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS

La désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti socialiste français pour la présidentielle de l'an prochain constitue une merveilleuse leçon de démocratie pour les Camerounais.

C'est connu, Ségolène Royal, ex-Ministre, Député et Présidente d'une Région de Fran-ce, le Poitou-Charentes, a remporté haut la main, les primaires au sein du parti socialiste français. Fait plus spectaculaire, encore, elle a battu un ancien Premier Ministre, Laurent Fabius, et un autre grand nom du parti socialiste, Dominique Strauss Kahn, ancien Ministre des Finances. Et enfin, elle est la première dame, de toute l'histoire de France, à se trouver en position d'être élue à la Présidence de la République. De tout ceci, les Camerounais devraient tirer plusieurs enseignements.

PAS DE "CANDIDAT NATUREL "AU PARTI SOCIALISTE.

Le tout premier des enseignements à tirer de ce qui vient de se produire en France, est que, la démocratie commence à l'intérieur d'un parti politique qui aspire au pouvoir. Le Parti Socialiste Français est bel et bien doté d'un leader, en l'occurrence le Premier Secrétaire, comme les partis politiques camerounais sont dotés de Présidents Nationaux. Mais, il n'est aucunement question de faire de ce dernier le candidat d'office, duparti, à l'élection présidentielle, ainsi qu'il est de règle dans la quasi-totalité des partis politiques camerounais, à commencer par le parti gouvernemental, le RDPC, qui est doté d'un candidat “naturel” en la personne de son Président National

Et pourtant, ce ne sont pas les atoutsqui ont fait défaut à François Hollande pour se prévaloir d'un titre aussi extravagant. Bien au contraire, il aurait été aussi un excellent candidat pour le Parti Socialiste, lui qui dirige cette formation politique bourrée de sommités politiques et intellectuelles. Mais, tel n'a pas été le cas. Bien mieux, il a été laissé la possibilité à tout militant qui désirait se porter candidat à la candidature de le faire. Au finish, trois d'entre eux se sont portés candidats. Puis, il a été demandé aux militants de trancher, à partir de trois débats au cours desquels chacun des postulants a eu le loisir de développer ses idées, sa vision de la France. La suite, on la connaît, Ségolène Royal est arrivéeen tête du scrutin, avec un peu plus de 60% des voix. A ce jour, elle porte les couleurs du Parti Socialiste pour la présidentielle de l'an prochain, avec le consentement des militants.

Que voit-on plutôt, au Cameroun ? Paul Biya s'est tout bonnement porté candidat à sa réélection en 2004, à l'insu de quelle que instance que ce soit du RDPC. Tout s'est réglé à deux, Owona Grégoire, et lui. Il a chargé ce fidèle des fidèles? baron du régime devant Dieu ? de déposer son dossier de candidature au MINATD, pratiquement en catimini, on dirait presqu'à la sauvette. Ce n'est que par la voie des ondes que l'ensemble des militants du RDPC a appris que leur parti disposait déjà d'un candidat. Pourquoi ces cachotteries? Qui pourrait garantir qu'au sein du RDPC, il n'existait pas d'autres personnes désireuses de se porter candidates à la candidature de ce parti politique ?

Pourquoi fuir toute compétition électorale, à l'intérieur du parti, à ce niveau, alors que celleci se produit, depuis déjà longtemps, pour la désignation des candidats aux élections législatives et municipales ? En d'autres termes, pour quelle raison la démocratie qui se pratique à la base du RDPC, ne se poursuit-elle pas au sommet de celui-ci ? Existerait-il des militants au-dessus des autres dans ce parti politique ?

De même, au sein du SDF, del'UNDP, de l'UDC, de l'UPC, de l'ADD, etc, les candidats de ces différentes formations politiques ontaffronté quels concurrents pour bénéficier de leurs investitures lors des dernières présidentielles ? Ne sont-elles pas, toutes, dotées, à l'instar du RDPC, de " candidats naturels " ? Garga Haman Adji, Adamou Ndam Njoya, John Fru Ndi, tous champions toutes catégories de la démocratie, sur les ondes des radios camerounaises, ne sont-ils pas, tous, les " candidats naturels " de ces partis politiques qu'ils gèrent comme des propriétés privées depuis 15 ans? Combien de militants du RDPC, de l'UNDP, de l'ADD, de l'UDC ou du SDF, ont-ils été simplement au courant du montant de l'enveloppe budgétaire allouée par le gouvernement aux candidats de leurs partis politiques? Ont-ils au moins été informés du jour où ces fonds ont été débloqués? La gestion transparente qu'ils exigent du Gouvernement qu'ils exécrent, la pratiquent-ils déjà, à leur niveau ? Combien ont-ils touché lors de la consultation pour la CENI chez le Premier ministre en Novembre 2006 ?

LES VAINCUS SE SONT RANGES DERRIERE LE VAINQUEUR.

Sur ce point, également, les Français viennent d'administrer, aux Camerounais, une merveilleuse leçon de démocratie. Laurent Fabius et Lionel Jospin, anciens Premiers ministres, Dominique Strauss Kahn, ancien Ministre des Finances, baron des barons du Parti Socialiste, se sont, immédiatement leur défaite connue, rangés derrière Ségolène Royal. Imagine-t-on au Cameroun, un tel comportement ?

Combien d'anciens ministres du RDPC sesont-ils rangés derrière Paul Biya, après que celui-ci eut été désigné, président de la République par Ahmadou Ahidjo, en 1982 ? N'a-t-on pas vu un grand nombre d'entre eux démissionner du RDPC, dès lors que cela leur était devenu possible, c'est à- dire dès le mois de Janvier 1991 ? N'est-ce pas ainsi que se sont comportés Bello Bouba Maïgari, Adamou Ndam Njoya, pour ne citer que ceux-là ? Que dire de John Ngu Foncha, de Tandeng Muna, tous grands barons du RDPC ? Actuellement, ce ne sont pas les créatures politiques de Paul Biya qui multiplient les intrigues par journaux interposés et autres actions pour le chasser bientôt du pouvoir ?

SEGOLENE ROYAL N'EST PAS UNE APARATCHICK.

Autre enseignement essentiel à tirer des primaires au sein du Parti Socialiste, c'est que l'heureuse élue, tout comme les battus, sont toutes des personnalités dotées de mandats électifs, à des degrés divers : Maires, Députés, Conseillers Généraux, etc. Elles ne sont pas de simples fonctionnaires, pupilles de la Nation, quiont, de nomination en nomination, gravi les marches conduisant ausommet de l'Etat. Et lorsque l'on parle de mandats électifs, en France, rien à voir avec les combines qui ont cours au sein du RDPC, ou tout se règle entre le Comité Central et le bourrage des urnes, spécialité des Sous-préfets, à travers le territoire national. Ségolène Royal - il est important de le rappeler - pour se faire élire député, consacrait trois jours par semaine, à sillonner sa circonscription électorale.

Elle a véritablement véritablement" mouillé le maillot ", comme on dit au Cameroun, pour se retrouver à l'Assemblée Nationale.Rien à voir avec nos députés Camerounais qui, très souvent, se font élire sans jamais avoir effectué la moindre descente ne serait-ce qu’au centre commercial de leur chef-lieu de département, pour serrer la main aux bayam sellam, aux boutiquiers, aux sauveteurs, etc. Nombreux sont ceux qui estiment même que les villageois sentent mauvais…

Voici une cuvée qui finit ses 5 ans et qui est incapable de montrer ce que les électeurs peuvent retenir de leur passage à l'Assemblée Nationale ou dans les Mairies. Tout se passe, dans la pénombre, c'est-à dire à travers des tractations sordides entre les " élites " de la République, bien loin du peuple, à l'écart de ce dernier. Résultat, on se retrouve au Cameroun avec des candidats à l'élection présidentielle qui ne sont même pas de simples Conseillers Municipaux, nulle part, y compris dans leurs propres communes natales. Ils touchent les 15 millions de francs CFA du contribuable sous forme d'enveloppe de campagne et disparaissent, une aberration.

Les femmes arrivent en force dans le monde entier pour l’exercice du pouvoir suprême. Allemagne, Chili, Liberia, Etats-Unis, Finlande, France, etc. Notre pays restera t-il en marge de cette évolution porteuse d'espoir ? Non, nous en sommes convaincues.


© 2007 Journal La Cité N°74

Publié dans Divers

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